Hôpital : Agnès Buzyn pressée d’agir

Paris, le mardi 16 janvier 2018 – L’année 2017 a été marquée par un nombre rarement atteint de mouvements de protestation dans les hôpitaux publics, allant des tracts pétitionnaires aux grèves de longue durée en passant par les débrayages de quelques heures. Outre leur nombre, ces turbulences se caractérisent par leur unanimité : toutes les professions sont concernées, tous les types de structures sont mobilisés. « Ce qui est nouveau, comme on le voit par exemple dans les mouvements des hôpitaux à Marseille, ce ne sont pas les vieux mandarins qui montent au créneau, mais toute une génération de médecins et de cadres de santé : la génération T2A. Celle-ci dit qu’elle n’en peut plus » constate un ancien chef de service de chirurgie cité par Libération. De fait, la tarification à l’activité (T2A) et la rigueur budgétaire qui l’accompagne orchestrées toutes deux par une logique managériale entrepreneuriale cristallisent toutes les colères et toutes les inquiétudes.

Un travail titanesque et délicat

Le ministre de la Santé, Agnès Buzyn, semble parfaitement consciente de ce sentiment d’épuisement et de la nécessité d’une véritable refonte du système. A plusieurs reprises ces derniers mois, elle s’est en effet exprimée dans ce sens. « Il faut arrêter d’obliger les hôpitaux à penser comme une entreprise qui doit faire du chiffre » lançait-elle fin octobre invitée de l’émission le Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro. La semaine dernière sur Europe 1, elle se montrait plus précise (sans cependant pouvoir l’être suffisamment). Elle soulignait ainsi l’urgence « d’inventer un nouveau modèle de financement de l’hôpital » afin qu’il ne s’agisse plus « uniquement » d’un « financement qui pousse à une activité démesurée (…). Il faut qu’on valorise la compétence particulière des hôpitaux, l’enseignement, la recherche, la capacité à faire de la bonne médecine, la qualité des soins » insistait celle dont une grande partie de la carrière s’est déroulée à l’hôpital public. Néanmoins, le ministre invitait à comprendre qu’il s’agit d’une réforme technique très complexe. Mais, pour l’heure, les pistes sont restreintes. « Quand je suis arrivé dans mon ministère, aucun modèle alternatif n’avait été travaillé » a-t-elle en effet fait valoir. « Or le système de financement actuel a été construit sur plusieurs années, vous imaginez donc l’ampleur de la tâche ». Parmi les écueils à éviter, le retour au système précédent est inenvisageable. De l’aveu même de ceux qui dénoncent régulièrement les effets pervers et l’absurdité de la T2A, cette dernière a en effet cependant eu le mérite, pour la première fois, « d’introduire de la médecine dans la tarification hospitalière » comme nous le confiait le professeur Alfred Spira (conseiller de Benoît Hamon) pendant la campagne présidentielle. Il serait sans doute dangereux de rompre totalement avec cette philosophie.

Urgence

S’ils ne minimisent pas l’étendue de la mission, les soignants hospitaliers considèrent aujourd’hui que l’état actuel de nombre d’hôpitaux impose des réponses rapides. C’est le sens d’une pétition publiée aujourd’hui par Libération initiée par les professeurs André Grimaldi, Jean-Paul Vernant et le docteur Anne Gervais, déjà signée par plus d’un millier de professionnels de santé qui au-delà des appartenances politiques et syndicales partagent le même constat, la même inquiétude. Le texte dénonce tout d’abord la « nouvelle cure de rigueur budgétaire de 1,6 milliard (…) imposé à l’hôpital ». Un tel contexte contraint les hôpitaux à « augmenter sans cesse leur activité tout en réduisant le nombre de leurs personnels. Ce "toujours plus avec toujours moins" entraîne une dégradation des conditions de travail, provoquant épuisement et démotivation des soignants et en conséquence, une baisse de la qualité des soins » décrivent les signataires. Aussi, ces derniers listent cinq priorités à l’attention du gouvernement. D’abord, restreindre la T2A « aux soins standardisés et programmés ». Puis, « assurer une stabilité des tarifs correspondant aux coûts réels ».

Concernant les soins non programmés, ils devront être financés de manière globale grâce notamment à une « dotation annuelle en fonction de l’activité ». Concernant le nombre de personnels, les auteurs de la tribune invitent à « maintenir dans chaque unité de soin un taux de soignants présents permettant de garantir la sécurité des patients et la qualité des soins. A chaque fois que ces conditions ne sont pas remplies, il faut pouvoir réduire l’activité sans que cela n’entraîne de suppression automatique de personnels ». Enfin, le texte estime que les regroupements doivent répondre avec pertinence aux besoins de santé des territoires concernés.

Quasi-unanimité

Si les prescriptions ne sont guère surprenantes, la dynamique de ce mouvement témoigne du point de non-retour atteint aujourd’hui dans les établissements hospitaliers et de la volonté des soignants d’être des acteurs à part entière de la réforme. De fait, beaucoup d’entre eux, comme le signale André Grimaldi peuvent être force de propositions pour faire évoluer la situation. Il faut dire que le diagnostic est quasiment unanime. On le retrouve par exemple ces derniers jours sous la plume du chirurgien Guy Vallancien qui considère à propos de l’activité chirurgicale que « tant que les professionnels et les établissements de soins où ils exercent seront payés à l’acte ou au séjour, l’inflation de prescriptions sans utilité réelle perdurera, voire s’amplifiera ». Quant au point de vue des directeurs hospitaliers, il épouse souvent celui des professionnels de santé. A Lorient, cité, par Ouest-France, le directeur général du Groupe hospitalier Bretagne Sud (GHBS) constate : « Le modèle de financement de l’hôpital est à bout de souffle. Il y a donc urgence à le réformer ». Il remarque encore que la tarification à l’activité n’est pas adaptée « dans sa forme actuelle, à la complexité de l’activité médicale ».

Plus que jamais, le plan d’Agnès Buzyn est espéré.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (3)

  • L'hopital à bout de souffle

    Le 21 janvier 2018

    "Une réforme", ou plutôt une révolution sont attendue,et en effet rien n'est simple! A l’Hôpital Public les jeunes médecins qui ont terminé leur cursus sont sous-payés et peu disposés à rester comme PH à 3.000 E/mois, le personnel réduit drastiquement se met en arrêt maladie, et la CCAM continue à honorer les "actes" sans revalorisation digne de ce nom, obligeant l’hôpital à couvrir les dépenses (des pansements par exemple) et à suivre des protocoles de plus en plus coûteux. Et ce ne sont que les exemples les plus faciles à comprendre, ne parlons pas des pôles, des secrétariats décimés, et de la seule prise en compte de la gestion et... de la Recherche, n'importe laquelle si elle donne des points Sigaps. Mme la Ministre, quel chantier! Personne ne vous envie!

    Dr Astrid Wilk

  • Une entreprise cupide et cynique

    Le 21 janvier 2018

    D’une intendance bienveillante au service des patients et des soignants, la tarification à l’acte a fait de celle-ci une entreprise cupide et cynique et de ceux-ci des clients et des techniciens, simples facteurs financiers.

    Docteur, ce que vous nommiez autrefois hôpital est un EPIC, établissement public industriel et commercial ; alors, produisez ! Qualité des soins, dites-vous ? Allons, cessez cette doléance syndicale déplacée !

    Dr Alain Fourmaintraux

  • T2A : le massacre annoncé des hopitaux publiques !

    Le 22 janvier 2018

    Je trouve indigne, choquant et intolérable de la part de la Ministre de la santé de reconnaitre depuis octobre 2017, que l'hôpital public, ne peut pas être géré comme une entreprise et continuer à fermer les yeux sur "le massacre en cours" dans les hôpitaux publics. Que des suppressions de poste, Que des arrêts maladies, que des Born-out, que de la maltraitance malsaine infligée par des directeurs "financiers" qui ne savent manier que les chiffres et le mépris envers le personnel soignant démuni.

    Voici le discours menaçant récent d'un directeur d'un centre hospitalier souhaitant fermer un service de pédiatrie, dont le seul reproche est de ne pas être rentable! : " je ne fermerai pas les yeux deux fois"!!!

    L'ARS n'est plus l'Agence Régionale de la Santé mais bien l'Agence de la Répression de la santé. La HONTE. Des chiffres, rien que des chiffres toujours des chiffres!

    Dr Djaffar Attou
    Bien entendu, la sécurité des soins n'est plus assuré, bien sûr que le service public n'existe plus sauf dans les discours politiques scandaleux qui n'ont rien avoir avec la réalité. Bien sûr qu'à force de charger la mule du toujours plus, la mule n'arrive plus à se relever!
    La Maltraitance au personnelle hospitaliers est bien palpable et réelle mesurée et révélée à maintes reprises par les enquêtes que les suicides viennent couronner!. Sommes nous dans une démocratie ou dans une société totalitaire?. La colère des personnel hospitalier est à son acmé, mais on abuse de la conscience professionnelle de ces hospitaliers car leur métier est bien particulier. Quant une grève est annoncé dans un hôpital, le fonctionnellement reste tout à fait normal. C'est là le mal français, pour être entendu il faut bloquer la France, chose que n'ose pas faire le personnel hospitalier digne de leur métier.
    On arrive à un paradoxe bien particulier : "ceux qui travaillent n'en peuvent plus et ceux qui sont au chômage n'en peuvent plus!?... Trouvez l'erreur!
    La T2A, Sarkozy l' avait instaurée , M Hollande l'avait aggravé et en constate lamentablement que M Macron ferme les yeux pour la pérenniser....Va-t-on vers la fin des hôpitaux publics?...Il faut alors peut être bien dire la vérité aux Français et d'éviter la perpétuelle hypocrisie!!
    Pour finir, Il est ultra-urgent d'agir pour sauver ce qui peut être récupéré!!
    UN PEDITRE HOSPITALIER au delà de l'écœurement!

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