Hôpital : le nouveau discours d’Agnès Buzyn

Paris, le lundi 9 avril 2018 – Est-ce qu’à l’instar des remontrances qu’elle a probablement essuyées concernant sa position vis-à-vis de la lutte contre la consommation d’alcool, Agnès Buzyn a été également invitée à revoir le ton de son discours concernant l’hôpital ? Depuis son arrivée Avenue de Ségur, le ministre de la Santé a voulu donner à plusieurs reprises au monde hospitalier des gages de sa compréhension du malaise dont souffrent les établissements publics. Dans Libération en décembre dernier, elle affirmait par exemple « Le système est à bout de souffle ». Quelques semaines plus tard, elle assurait aux lanceurs de l’appel des 1 000, qui dénoncent les menaces que font peser les difficultés actuelles des hôpitaux sur la prise en charge des patients que si elle avait été « encore hospitalière, j’aurais probablement signé ».

Tout ne va finalement pas si mal et même très bien en dehors de quelques exceptions

Aujourd’hui, pourtant, le ministre ne semble plus aussi enclin à abonder dans le sens de ceux qui s’inquiètent de la situation alarmante des hôpitaux. Déjà le 5 avril dernier, accompagnant au CHU de Rouen le Président de la République, même si contrairement à ce que certains ont voulu laissé croire elle n’a pas adressé de rictus méprisant aux infirmières présentes (mais a soupiré en entendant affirmer que les banques étaient à l’origine du déficit public, bien plus que les hôpitaux), elle avait rétorqué que l’activité des établissements est en baisse et leur budget en hausse. Aujourd’hui, dans les colonnes de Libération, elle s’insurge : « J’en ai assez du discours catastrophiste sur l’hôpital. Nos hôpitaux publics font un travail remarquable ». Par ailleurs, à l’instar de ce qu’elle avance en ce qui concerne les Établissements hébergeant des personnes âgées dépendantes (EHPAD), elle défend l'idée selon laquelle la crise est loin d’être généralisée et que les dysfonctionnements demeurent ponctuels. « Je vous rappelle que 64 services d’urgences sont en surchauffe sur 650, soit 10 %. C’est beaucoup, mais ce n’est que 10 % » relève-t-elle, même si la pertinence des critères utilisés par le ministère pour déterminer si un hôpital est sous tension ou non a pu être critiquée.

Pas doués pour les épidémies, pas adaptés pour les pathologies chroniques !

Pour le ministre de la Santé, le salut passera par une réorganisation en profondeur. Elle continue ainsi à défendre les mérites de la médecine ambulatoire, en ne répondant pas à ceux qui en dénoncent les limites à l’heure du vieillissement de la population. Elle demeure convaincue que la particulière intensité de l’épidémie de grippe de cet hiver (qui en réalité a été marquée par une mortalité moins élevée que la saison précédente) a pu favoriser les épisodes de surchauffe. A cet égard, considérant les hôpitaux « pas très agiles » face aux épidémies (mais également pas adaptés aux maladies chroniques a-t-elle par ailleurs remarqué dans la Dépêche du midi), elle préconise la mise en place de réponses modulables, comme l’ouverture ponctuelle de lits.

Popularité ?

Ces réponses sont-elles une préparation aux réformes qui seront annoncées en mai ? Risquent-elles d’entamer la popularité dont continue à jouir le ministre auprès des professionnels de santé ? L’exercice de la politique semble en tout cas s’avérer pour le ministre un art presque aussi difficile si ce n’est plus que l’hématologie.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Tout va bien ?

    Le 10 avril 2018

    Ras le bol de ce ministre pour qui tout va bien. Le système de santé s'effondre : malaise des soignants, violence, manque de personnel, conditions de travail catastrophiques, est ce normal que des patients âgés ou non patientent des heures sur des brancards au SAU, que des médecins urgentistes sachent à peine intuber ou refuse de se lever pour voir des patients, que des personnes âgées aient une douche 1 fois par semaine et encore, toilette en 5 mn...qu'on les fasse manger en peu de temps, fermetures de petits hopitaux, de centres 15 et j'en passe. Alors Mme la ministre à part cela tout va bien. Quand on voit votre comportement et ce que vous dites à ces soignantes, vous nous prenez pour qui ? Pour vous l'hôpital va bien...Ces directeurs qui touchent du fric en effectuant des restrictions, est ce normal? Vous êtes un gouvernement pour riches et n'en avez que faire des soignants et des soignés. Tout comme cette IDE ou AS je ne vous aurais certainement pas salué.

    B. une infirmière

  • Mauvais esprit

    Le 12 avril 2018

    Quel mauvais esprit Mme l’infirmiere !
    Etant médecin retraitée,je suis actuellement en hopital de jour dans un grand hôpital parisien.
    Je suis étonnée par l'accueil parfait, les locaux super et le bon déroulement de la journée.
    Les professionnels de santé parfaits.
    Pas la moindre sensation de malaise environnant.

    Dr Marie-Odile Masquin

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