Hospitalisations pour ou avec la Covid : so what ?

Paris, le jeudi 13 janvier 2022 – Parmi les « rumeurs » qui circulent dans les sphères « complotistes » qui remettent en cause la réalité de l’épidémie de Covid-19 revient fréquemment l’idée que l’engorgement des hôpitaux est exagéré par les médias, en particulier parce que sont comptabilisés comme des patients atteints de la maladie des personnes hospitalisées pour d’autres raisons, mais dont on a découvert qu’elles étaient par ailleurs infectées par SARS-CoV-2. Dans le même ordre d’idée, il est également fréquemment soupçonné que les décès considérés comme liés à la Covid cachent des morts de personnes atteintes d’autres maladies et contaminées incidemment par le coronavirus.

Un tiers des patients anglais « Covid » sont des patients « avec »

Même s’il est peut-être vain d’espérer que la « transparence » permette de calmer les complotistes en tous genres, certains pays ont fait le choix de donner des informations claires sur le sujet. Ainsi, concernant la Grande-Bretagne, il est possible quasiment quotidiennement de pouvoir établir la distinction : actuellement 31 % des personnes hospitalisées n’ont pas été initialement admises pour Covid mais se sont révélées infectées par SARS-CoV-2.

De la Suisse à l’Ontario

Peu à peu, d’autres pays font le choix de se convertir à cette pratique de données plus détaillées. L’Ontario vient ainsi d’annoncer qu’il allait désormais présenter quotidiennement des statistiques dans ce sens. Les autorités québécoises ont récemment proposé des données en la matière, tandis que l’Office fédéral de la santé publique en Suisse a jugé qu’il était temps de se montrer plus précis. Les Centres de contrôle des maladies (CDC) aux Etats-Unis proposent également pour leur part ponctuellement des éclairages : concernant par exemple les enfants, ils ont signalé que 16 % de ceux hospitalisés pour Covid présentaient une co-infection virale (majoritairement liée au VRS).

Les hospitalisations pour Covid (et non avec) très majoritaires en soins intensifs

Les chiffres des pays étrangers permettent de dessiner plusieurs tendances. D’abord, la part de patients infectés hospitalisés « pour » Covid demeure le plus souvent majoritaire (sauf chez les enfants). En outre, elle est plus importante (voire presque totale) quand on s’intéresse uniquement aux soins critiques. Ainsi, en Ontario, sur 3 448 personnes hospitalisées signalées comme atteintes de Covid, 54 % ont été admises en raison de cette pathologie, tandis que 46 % l’ont été pour d’autres raisons. On notera encore que dans un article de décryptage publié aujourd’hui sur l’épidémie au Danemark, l’un des plus grands journaux danois avance que dans 27 % des hospitalisations liées au Covid, l’infection par SARS-CoV-2 était en réalité secondaire. Cependant, en soins intensifs la proportion de malades admis en raison de la Covid atteint 83 %. Au Québec où les données ne sont pas encore parfaitement consolidées, le CISSS de Laval juge que 50 % des patients « testés positifs » sont hospitalisés en raison de la Covid. Cependant, « Pour les soins intensifs, c’est 100 % », précise citée par Le Devoir la porte-parole du CISSS, Judith Goudreau. Mais la donne est différente dans les hôpitaux pédiatriques : « Aujourd’hui [mercredi], sur nos 20 patients infectés, il y en a peut-être trois ou quatre qui sont malades de la COVID-19. Les 16 autres, ils ont une autre affection. Ils sont hospitalisés parce qu’ils ont une appendicite, parce qu’ils ont un mal de ventre, une maladie chronique » note par exemple le Dr Marc Girard, directeur des services professionnels au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine. En Grande-Bretagne, la moitié des enfants contaminés hospitalisés ne le sont pas à cause de leur infection par SARS-CoV-2.

Décochage en France

Et en France ? Les données sont parcellaires. Dans son dernier bulletin hebdomadaire, Santé publique France indique que 84 % des hospitalisations signalées comme « covid » concernaient des admissions pour lesquelles la maladie était la première indication, tandis qu’en soins intensifs la proportion monte jusqu’à 94 %. Cependant, la donnée est sujette à discussion comme le fait remarquer Le Télégramme de Brest, ce qui expliquerait pourquoi entre autres Santé publique France hésite à mettre en avant ce type de statistiques. En effet, lors de l’enregistrement d’un patient infecté par SARS-CoV-2 les équipes doivent déterminer si le patient est admis « pour » Covid ou non : par défaut cette variable est toujours cochée. Il n’est donc pas impossible que certaines attributions relèvent d’une absence de « décochage ». Le témoignage livré hier sur LCI par le Pr Bruno Megabarne (service de réanimation de Lariboisière) signalant que dans son service un tiers des patients infectés n’ont pas été directement hospitalisés en raison de la Covid conforte cette hypothèse. A contrario, on note que chez les enfants, « le décochage » est plus fréquent.

Les hôpitaux sont pleins et la Covid est une pression supplémentaire, le reste n’est que statistiques

La distinction des causes d’hospitalisation agacent un certain nombre de médecins. D’abord, les équipes hospitalières tiennent à rappeler l’importance d’un dépistage systématique des patients, afin de pouvoir isoler les personnes positives pour éviter les infections nosocomiales. Par ailleurs, la détermination de la cause de l’hospitalisation et du rôle que peut jouer l’infection par SARS-CoV-2 est loin d’être toujours évidente. Pour Radio Canada, le Dr Adam Dukelow, vice-président par intérim et directeur médical du Centre des sciences de la santé de London (en Ontario) fait observer : « Si quelqu'un a un diagnostic de diabète et qu'il présente une (…) acidocétose diabétique, nous rechercherons une cause de cette acidocétose diabétique et si la seule cause potentielle que vous trouvez est la COVID, alors de nombreux médecins diront qu'il est à l'hôpital à cause de la COVID, mais d'autres non, donc c’est assez nuancé ». Sur le site l’Actualité.com, le Dr Alain Vadeboncoeur, ancien chef du département de médecine d’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal commente dans le même sens : « Comme la majorité des séjours à l’hôpital concernent des personnes âgées et/ou fragiles (maladie pulmonaire chronique qui empire, condition cardiaque aggravée, chute chez la personne âgée, épisode de confusion, infection urinaire, etc.), je me demande comment on peut s’assurer que l’infection à la COVID ne joue qu’un rôle secondaire ».

Plus prosaïquement, les équipes hospitalières constatent : ces distinctions ne changent en rien les tensions qui existent à l’hôpital et la nécessité donc d’éviter par de nouvelles contaminations (qui entraîneraient des complications nécessitant des admissions hospitalières) des engorgements plus importants.

Des données trop compliquées pour être transmises à tout le monde ?

Ces observations suggèrent qu’une des raisons des réticences des autorités sanitaires (notamment en France) à présenter ce type de données est la crainte qu’elles soient mal interprétées. Il s’agit d’éviter une minimisation de la gravité de l’épidémie (quitte à favoriser suspicions et perte de confiance) et de donner de nouveaux arguments à ceux qui appellent à un relâchement des mesures destinées à lutter contre la circulation du virus.

Ne pas infantiliser la population

Cependant, alors que compte tenu de sa forte contagiosité et de sa très probable moindre gravité Omicron devrait encore faire progresser la part de patients en établissement de soins infectés mais non hospitalisés pour Covid, la demande de transparence ne peut que s’accroître. Elle s’inscrit dans une volonté d’une large part de la population de ne pas être infantilisé, de ne pas recevoir des informations filtrées car considérées comme trop complexes pour être appréhendées dans toute leur subtilité par chacun. Elles s’inscrit surtout dans un désir d’en finir avec des discours trop souvent catastrophistes, guidés par la peur. En la matière, les données que l’on observe concernant les enfants et le fait que lors de leurs hospitalisations, la Covid pourrait être plus fréquemment encore que pour les adultes accessoire, sont révélatrices. C’est en effet en se fondant sur des chiffres où la distinction entre « pour » et « avec » Covid n’existe pas que certains discours alarmistes progressent et confortent les appels à la fermeture des établissements scolaires.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Puit sans fond: SARS-CoV-3

    Le 15 janvier 2022

    Omicron, sa contagiosité accrue et sa virulence moindre, la disparition du repère clinique anosmie-agueusie rouvre en l'acutisant le gouffre de la discussion des mortalités et morbidités "PAR" et "AVEC" Covid : Difficultés et controverses sur les chiffres avant* et à fortiori pendant ou après.
    La " simple " mortalité en Inde vient d'être revisitée d'un facteur 6 ou 7 ... à la hausse , pas de miracle indien**.
    * JIM 22/09/2020 : "Mourir victime de la Covid ou mourir infecté par SARS-CoV-2, telle est la question !"
    **Jha P et coll . COVID mortality in India: National survey data and health facility deaths. Science. 2022 Jan 6:eabm5154. doi: 10.1126/science.abm5154

    Ce gouffre est d'autant plus insondable que l'on s'éloigne des soins critiques et des adultes, la précarité du séquençage national n'est pas facilitante : L'interprétation des chiffres était difficile avant, elle devient aléatoire.

    Le fameux "pic" à venir de contamination pourra être interprétée comme une décroissance vraie ou ... une saturation des moyens de dépistage ou ... de leur abandon institutionnel ou personnel.
    Le pic des hospitalisations sera plus simple à suivre, si on sait y intégrer les déprogrammation.
    Le découplage contaminations - hospitalisations pourra être mis sur le compte de la couverture vaccinale ... ou du changement de climat viral.

    La question de la pertinence du Pass vaccinal en climat épidémiologique Omicron, en climat vaccinal Wuhan mérite d'être posée. La liberté relative laissée aux heureux élus, majoritaires, est aussi ...un facteur potentiel de diffusion.

    La signification d'une gêne respiratoire hivernale chez un nourrisson devient délicate quand la PCR COVID d'admission est positive.

    Une illustration récente des dérives : Expatrié 30ans vacciné complet vivant en Afrique de l'ouest, N accés palustres mentionnés par le patient qui consulte en CHR pour fièvre isolée sans contage COVID connu et un examen clinique normal.
    CAT ? : Un examen unique : PCR COVID : Négative " donc " retour à domicile sans autre forme de procés (pour l'instant).
    Suites : "Conseil de famille" - Goutte épaisse positive - traitement - guérison.

    Dr JP Bonnet

  • C’était comment avant le PCR ?

    Le 18 janvier 2022

    Lorsque mon grand père, ma tante, mon père sont décédés en réanimation, en période hivernale, de « pneumonie », complication de leur état de santé, il n’y avait pas le Covid. Ils étaient âgés, malades, ils ont « encombré » les services de réanimation comme le font les personnes âgées chaque hiver. Ils « encombrent » aussi les urgences en général à partir de minuit, quand ils sont tombés en voulant se lever dans le noir. Ils auront une fracture du col du fémur et feront des complications respiratoires. Ils «encombreront » encore davantage les hôpitaux dans les années qui viennent car ils sont de plus en plus nombreux. Covid ou autre...

    Le rapport annuel de l’ATIH (je me répète...), l’agence technique de l’information médicale, relève que seules 2% des hospitalisations en 2020 étaient des patients Covid, dont 7 % en soins critiques( page 4)... Étonnant non?
    Rapport de l'Agence Technique de l'Information sur l'Hospitalisation pour l'année 2020: https://www.atih.sante.fr/sites/default/files/public/content/4144/aah_2020_analyse_covid.pdf

    Catherine Barrois

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