Je dors, donc j’élimine

Paris, le mercredi 5 octobre 2016 - Exerçant à l’Université de Copenhague (Danemark), deux chercheurs en neurosciences proposent cet été dans Cerveau & Psycho un article sur un sujet rarement évoqué, la physiologie et la pathologie de l’élimination des déchets dans le cerveau. Des travaux récents (menés notamment par les auteurs sur la souris depuis 2012) ont permis de découvrir l’existence d’un « système d’évacuation des déchets propre au cerveau » et de préciser que cette fonction d’« autonettoyage » ou d’« épuration » cérébrale intervient surtout pendant le sommeil. Contrairement à ce qu’on a pensé longtemps, on sait désormais que le cerveau est pourvu lui aussi de son propre système lymphatique, appelé « système glymphatique » car il « rappelle le système lymphatique et s’appuie sur des cellules gliales », en particulier les astrocytes. Les auteurs décrivent ce système comme un « réseau de canaux étroitement lié à la circulation sanguine. » La paroi externe de ces canaux est en lien avec les extensions (ou « pieds astrocytaires ») des astrocytes et des techniques d’imagerie ad hoc (microscopie biphotonique)[1] ont confirmé l’existence d’un système de drainage physiologique du cerveau. La découverte de ce « tout-à-l’égout cérébral » ouvre ainsi des perspectives nouvelles dans la compréhension de certaines affections neurodégénératives (comme la maladie de Parkinson et la maladie d’Alzheimer) où un dysfonctionnement neurologique princeps serait lié à l’accumulation progressive de déchets toxiques (protéines, agrégats) entravant « la transmission des signaux électriques et chimiques » dans le cerveau et contribuant aux processus pathologiques. Comme on constate d’une part que l’évacuation de la protéine β-amyloïde se révèle « deux fois plus efficace » chez les souris endormies que chez les souris éveillées, et que des études épidémiologiques ont montré d’autre part que le risque de déclin cognitif est plus important chez des sujets (humains) ayant eu un sommeil de mauvaise qualité 25 ans auparavant, on peut estimer que les affections à l’origine d’un déclin cognitif (telle la maladie d’Alzheimer) sont vraisemblablement liées à un dysfonctionnement du drainage cérébral, imputable lui-même (au moins en partie) à des perturbations chroniques du sommeil.

[1] http://membres-timc.imag.fr/Yves.Usson/COURS/2-PHOTONS.pdf
[2] http://lecerveau.mcgill.ca/flash/a/a_08/a_08_m/a_08_m_alz/a_08_m_alz.html

Dr Alain Cohen

Références
Nedergaard M et Goldman S : Dans les égouts du cerveau. Cerveau & Psycho, 2016 ; 78 : 14–18.

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