La cigarette électronique ne serait pas la porte d’entrée vers le tabagisme si redoutée

Paris, le mardi 10 mai 2016 – Parmi les multiples réticences qui s’expriment au sujet de la cigarette électronique, les préoccupations concernant les jeunes sont marquées. Beaucoup redoutent en effet que cet outil qui pourrait être considéré comme ludique devienne «  une porte d’entrée » vers le tabagisme et favorise un retour en force de cette pratique chez les adolescents, alors que les campagnes de prévention peinent à la faire reculer. Le professeur Bertrand Dautzenberg comptait parmi ceux-là. En 2013, il se montrait très alarmé de la progression de l’utilisation de la cigarette électronique chez les adolescents et présidait de nouvelles addictions à la nicotine par le biais de ce produit. Aujourd’hui, pourtant, sa position a significativement évolué, influencée par des chiffres significatifs. Selon l’enquête de l’association « Paris sans tabac », qu’il préside, le tabagisme est en effet en net recul chez les plus jeunes. Cette étude conduite depuis vingt ans auprès de plus de 3 000 collégiens et lycéens de la capitale a analysé tout au long de ces dernières années les phénomènes semblant avoir une incidence sur la prévalence du tabagisme chez les jeunes parisiens. Or, entre 2013 et 2016, le taux de fumeurs chez les 12/15 ans a diminué de 8,4 % pour atteindre aujourd’hui 7,1%. Même tendance chez les plus âgés : 29 % des 16/19 ans se déclarent fumeurs en 2016,  contre 39,5 % en 2013. Or, cette période a été marquée par la diffusion de la cigarette électronique. « Aucun autre changement important n’explique la cassure du taux de tabagisme chez les jeunes depuis 2012 » remarque, sur le site Pourquoi Docteur, Bertrand Dautzenberg.

Ringardiser le tabac

Parallèlement à cette diminution du tabagisme, la cigarette électronique, si elle suscite un intérêt important, ne tend pas à devenir une aussi mauvaise habitude que les cigarettes classiques. On note ainsi tout d’abord une stabilisation de l’expérimentation de l’e-cigarette entre 2014 et 2016. Par ailleurs, le recours quotidien est rare : « Le taux d’utilisation régulière [de l’e-cigarette] parmi les expérimentateurs de tabac est de 50 %. Le taux d’utilisation régulière de l’e-cigarette parmi les expérimentateurs d’e-cigarette n’est que de 25 % » indique l’étude dévoilée hier, lors d’un premier sommet de la vape organisé à Paris. Enfin, qui dit recours à la cigarette électronique, ne signifie pas forcément exposition à la nicotine. Seuls 36 % de ceux qui ont déjà expérimenté ce dispositif et qui ne sont par ailleurs pas fumeurs ont choisi un e-liquide avec de la nicotine, tandis que chez les fumeurs occasionnels ce taux chute à 19%. Ce sont finalement les fumeurs quotidiens qui choisissent le plus fréquemment des liquides avec nicotine (77 %). « Quand on interroge ces collégiens et lycéens, on s’aperçoit que la cigarette électronique ringardise le tabac. Avant le tabac n’avait pas de concurrent. Il semblerait aussi qu’il y ait moins d’addiction » constate dans les colonnes du Midi Libre le Professeur Bertrand Dautzenberg.

Sommet de la vape

Quelles doivent-être les conséquences de tels résultats sur la politique de santé publique ? Alors que les Etats-Unis viennent de décider l’interdiction de la vente de cigarette électronique au moins de 18 ans, le professeur Bertrand Dautzenberg considère également qu’il s’agit d’une sage position. Néanmoins, il juge que la sévérité ne devrait pas être trop marquée face aux contrevenants, afin de permettre à la cigarette électronique de continuer à produire ses effets sur la prévalence tabagique. On le voit, sa position sur ce dispositif a considérablement évolué ces dernières années, comme en a témoigné sa présence lors du sommet de la vape. Ce dernier n’a, a contrario, pas bénéficié de la présence du ministre de la Santé mais, son directeur général de la Santé, Benoît Vallet, se sera montré attentif aux différentes démonstrations de l’efficacité de ce produit comme substitut nicotinique.

Aurélie Haroche

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