La Covid de Jean Castex va-t-elle (presque) tout changer ?

Paris, le mardi 23 novembre 2021 – Après avoir été trois fois cas contact, le Premier ministre, Jean Castex n’a finalement pas pu y échapper : il a été infecté par SARS-CoV-2 comme l’a révélé un test qu’il a réalisé après avoir appris que sa fille de 11 ans était contaminée.

Immédiatement, il a indiqué que son agenda allait être aménagé afin de lui permettre de poursuivre son activité tout en demeurant isolé.

Deuxième dose il y a cinq mois

L’annonce de la contamination du Premier ministre a rapidement été l’occasion de rediffuser les images du chef du gouvernement professant au mois de juillet : « La vaccination, ça marche. On a constaté que les personnes qui ont deux doses, jusqu'alors, lorsqu'elles croisaient une personne qui était contaminée, devaient être cas contact et donc s'isoler. Les analyses faites sur ces personnes montrent qu'elles n'ont plus de chances d'attraper la maladie ». Déjà à l’époque, les données n’étaient cependant pas tout à fait unanimes. Mais aujourd’hui plus encore, on sait d’une part que l’efficacité des vaccins pour éviter la transmission et l’infection est moins importante qu’espérée et surtout que l’immunité apportée par les vaccins diminue avec le temps. Or, Jean Castex, âgé de 56 ans, a reçu sa deuxième dose de vaccin AstraZeneca le 19 juin dernier (soit il y a cinq mois).

Un déclic probable pour la population

Bien que l’état de santé de Jean Castex, qui a pu hier depuis Matignon tenir un discours sur la situation en Guadeloupe, n’infirme pas l’efficacité des vaccins pour éviter les formes graves, son cas est un signal symbolique fort. Que ce personnage public, dont le schéma vaccinal était complet, soit contaminé constitue en effet probablement une alerte pour une grande partie de la population qui pouvait continuer à être encore convaincue de la protection absolue conférée par deux doses de vaccin. Par ailleurs, sa contamination fait écho aux déclarations récentes du président de la CME de l’AP-HP, le Pr Rémi Salomon ou du patron des établissements franciliens Martin Hirsch signalant que les personnes vaccinées admises en réanimation tendent à devenir majoritaires.

Intégrer la troisième dose au passe dès 50 ans

Ainsi, associée à la situation hospitalière (+ 33 % d’admissions en soins critiques en une semaine), l’infection de Jean Castex est en soi un plaidoyer pour la troisième dose. Avant même l’annonce de la contamination du Premier ministre, elle devait déjà d’ailleurs être au centre du Conseil de défense de demain. Depuis, un nouvel avis du Conseil scientifique a été publié sur le sujet qui se « prononce sans attendre en faveur de l’abaissement de l’âge d’éligibilité au rappel à 50 ans, en conservant un intervalle de 6 mois après la primo-vaccination. (…) Une généralisation du rappel chez les plus de 50 ans est susceptible de réduire de l’ordre de 40 à 50 % le nombre d’hospitalisations et d’admissions en soins critiques » écrit le Conseil. Pour inciter les personnes concernées à répondre à cet élargissement de la campagne de rappel, les membres du Conseil suggèrent par ailleurs de « l’intégrer dans le passe sanitaire selon les mêmes modalités que pour les personnes de plus de 65 ans, avec une temporalité adaptée ». Enfin, le Conseil relève que « les données de la modélisation de l’épidémie incitent à envisager la vaccination de l’ensemble de la population adulte 6 mois après la primo-vaccination afin de freiner l’épidémie et réduire le nombre de formes graves ». Ces modélisations ici évoquées signalent « que l’impact sur le système de soins va être de nouveau marqué à partir de décembre 2021 pour une période dont la durée est difficile à prévoir ».

Remettre le dépistage au centre de la lutte contre l’épidémie

Cependant, cette priorité claire donnée à la troisième dose n’est sans doute pas la seule piste à suivre. L’exemple de Jean Castex, à nouveau, met en effet en évidence que les actions de dépistage et traçage doivent être renforcées et que les vaccinées doivent probablement être soumis aux mêmes règles de distanciation que les autres. Au-delà, pour remettre le dépistage au centre de la surveillance et de la lutte contre l’épidémie, plusieurs responsables politiques considèrent que la fin de la gratuité des tests doit être repensée. Une semaine après que Jean-Luc Mélenchon (France Insoumise) a été le premier à mettre cette question en débat, Marine Le Pen (Rassemblement National) et Michel Barnier (Les Républicains) ont à leur tour insisté sur ce point. « On ne lutte pas contre une pandémie en empêchant une partie de la population de pouvoir se tester faute de moyen » a ainsi remarqué ce dernier, tandis que la présidente du Rassemblent national a commenté : « Castex positif au Covid prouve que vacciner ne règle pas tout. Besoin de rétablir la gratuité des tests, comme pour lui ». D’ailleurs, sans émettre une préconisation claire, le Conseil scientifique note l’importance de « renforcer l’utilisation des tests de diagnostic le plus rapidement possible dès l’apparition de symptômes et cela même chez les sujets vaccinés ».

Quand le gouvernement donne le mauvais exemple

Enfin, la situation de Jean Castex a été décryptée par beaucoup de médias comme une illustration du relâchement des mesures barrières. Le Premier Ministre a en effet été vu à plusieurs reprises ces derniers jours sans masque dans des lieux clos et ne se privant pas de serrer les mains de ses interlocuteurs (d’ailleurs Clément Beaune, secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes a essayé de supprimer une photo où on le voit sans masque avec Jean Castex !). « On ne peut pas à la fois s’étonner publiquement de la "fulgurance de la cinquième vague" et en même temps s’afficher sans masque. Il y a une incohérence qui ne prête pas à la confiance et au respect des consignes sanitaires » constate dans les colonnes de 20 minutes le chercheur en santé publique Mickaël Ehrminger. Sur ce point aussi, le Conseil scientifique insiste, ainsi que sur l’élargissement du télétravail.

Choisir son vaccin ?

Aujourd’hui, le gouvernement est confronté dans certains territoires à une crise sanitaire qui se double d’une crise politique et sociale. Les troubles en Guadeloupe alertent en effet et nul ne sait si l’annonce hier soir par le Premier ministre, depuis son isolement, de la création d’une instance de dialogue et de la possibilité pour les soignants d’avoir accès à des vaccins sans ARNm seront suffisants (et ne déclencheront pas une cascade de revendications d’une partie des « anti-ARNm » souhaitant également bénéficier d’autres vaccins)…

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Ecoutez J. Campbell

    Le 24 novembre 2021

    John CAMPBELL nous explique le miracle japonais sur la COVID par l'ivermectine. Spectaculaire !

    Mais aussi la possibilité que le SARS 2 disparaisse comme ce fut le cas du SARS 1 par des défenses naturelles.

    https://www.youtube.com/watch?v=E1GF0H9V_1g

    Dr J.D.

Réagir à cet article