La France (enfin) sur le chemin de l’abolition de la violence éducative ordinaire

Paris, le vendredi 23 décembre 2016 – Plus d’une cinquantaine de pays ont adopté dans le monde des dispositions pour interdire les violences éducatives. Gifles, fessées, humiliations sont bannies dans ces états. La France a longtemps gardé ses distances avec ces débats. Tandis qu’en dépit des nombreuses études consacrées à ce sujet, démontrant la nocivité des châtiments corporels frappant les enfants, certains continuent à minimiser l’impact des rudoiements physiques et psychologiques imposés aux plus jeunes, d’autres se sont concentrés sur les limites juridiques d’une disposition interdisant les violences éducatives. Comment la faire appliquer sans attenter au droit à la vie privée de chacun et au droit des parents de choisir leur mode d’éducation pour leurs enfants ?

Frilosité politique

Les défenseurs d’une interdiction officielle des violences éducatives ordinaires ont donc dû se battre pendant des années contre ces différentes argumentations. Ils ont également dû composer avec les réticences politiques : le gouvernement de Manuel Valls a ainsi été tenté de renoncer à tout sujet risquant de créer un quelconque clivage au sein de la société, après les débordements entraînés par l’adoption de l’accès au mariage par les homosexuels. Cependant, un pas a finalement été franchi en vue d’une abolition de la violence éducative ordinaire.

Gifler, pincer, tirer les oreilles

La loi « Egalité et citoyenneté » définitivement adoptée hier par l’Assemblée nationale modifie l’article 371-1 du Code civil qui précisera dorénavant que l’exercice de l’autorité parentale exclut « tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours aux violences corporelles ». L’Observatoire de la violence éducative ordinaire, Stop VEO Enfance sans violences et la Fondation pour l’enfance se réjouissent de cette avancée. Les trois organisations rappellent dans un communiqué que les violences éducatives ordinaires recouvrent, « les violences verbales et psychologies (crier, injurier, se moquer, humilier, mentir, menacer, culpabiliser, rejeter, chantage affectif) et les violences physiques (gifler, fesser, pincer, tirer les oreilles ou les cheveux, donner des coups de pied, secouer, saisir brutalement, bousculer, pousser, contraindre l’enfant dans une position inconfortable, le priver de nourriture…) ».

Entrée dans une nouvelle ère

La loi n’est pas contraignante : elle n’est assortie d’aucune sanction. Il s’agit, comme le reconnaissent les trois organisations, d’une disposition « symbolique ». Elle n’en revêt cependant pas un caractère important. Le texte ouvre en effet la voie à des campagnes de sensibilisation qui vont permettre d’en finir avec la banalisation des violences considérées comme « anodines », voire même dans certains cas « utiles ». Un autre regard va pouvoir être porté sur ses petites tapes données sans y penser, voire même avec un sentiment de légitimité, sur ses remarques blessantes sans cesse répétées. Ce premier pas vers une abolition des violences éducatives ordinaires ouvre la voie vers une société plus apaisée. Les trois organisations relèvent ainsi que les pays qui se sont engagés dans cette direction il y a désormais plusieurs décennies constatent une diminution de la délinquance, des suicides, de la consommation d’alcool et de drogue, de la violence faite aux femmes, des placements en foyer et des agressions. Si la fin des violences éducatives n’est pas seule en cause dans ces améliorations qui sont également liées à des politiques sociales plus généreuses et une attention plus soutenue à différents troubles, cette mesure participe à la reconnaissance par la société des besoins spécifiques des enfants. « Les enfants disposent désormais du même droit au respect de leur intégrité physique et psychologique que les adultes » se félicitent les trois organisations.

Aurélie Haroche

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