La liberté d’installation encore une fois attaquée tous azimuts

Paris, le mardi 12 mars 2019 – L’examen de la loi de santé en commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale a réveillé, une nouvelle fois,  les opposants à la liberté d’installation des médecins. 

Plusieurs députés ont ainsi déposé des amendements visant à la restreindre.

Les médecins : des ingrats corporatistes

La proposition qui aura le plus choqué le corps médical, si l’on en croit les réactions des réseaux sociaux, est celle portée par La France Insoumise qui suggère un « conventionnement (…) soumis à l’appréciation de la densité de l’offre de soins dans sa zone d’installation ». Si l’idée n’a rien de très original, c’est l’exposé des motifs qui a provoqué l’ire de nombreux observateurs, puisqu’il dénonce des praticiens privilégiant « leur confort de vie (…) sur leur mission de service public » et dont la liberté d’installation constituerait « une forme d’ingratitude corporatiste envers la collectivité ».

Des mots qui ont même fait réagir parmi les soignants sympathisants de LFI. Ainsi, Sabrina Ali Benali, qui ces derniers mois a régulièrement alerté quant aux conditions de travail dégradées à l’hôpital et affiliée à ce parti, évoque sa « surprise » auprès de nos confrères de What’s up doc

Cependant, certains députés LR se montrent pour une fois proches de leurs collègues insoumis quand ils estiment dans un amendement que l’attachement des étudiants à la liberté d’installation, « fait fi de la gravité de la situation, de la nécessité d'agir, et de la notion d'intérêt général, qui doit primer sur toute autre considération ».

Enfin, des élus LREM se sont aussi joints à cet hallali contre la liberté d’installation. Qui proposant d’obliger les jeunes médecins à exercer au moins trois ans dans un désert médical sous peine d’une amende de 1000 euros par mois pendant trois ans ( !), qui imaginant de repêcher certains étudiants de première année en échange d’une « dette d’installation de trois ans » en zone désertique, comme le proposait, notamment le Pr André Grimaldi.

On retiendra également d’autres suggestions, moins frontales, telle celle proposée par des députés LR : restreindre dans le temps la possibilité de pratiquer en tant que remplaçant.

Plus surprenant que ce marronnier parlementaire, un médecin généraliste, le Dr Patrick Laine de Saulnot en Haute-Saône a adressé une pétition à Agnès Buzyn dont le texte préconise de créer une « obligation de service d’intérêt public » d’un an dans les territoires les moins pourvus en praticien.

Sans surprise, syndicats de médecins et étudiants ont promis une forte mobilisation contre ces textes s’ils venaient à être adoptés, ce qui, en l’absence de soutien du gouvernement, a peu de risque d’arriver.

F.H.

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Vos réactions (19)

  • Liberté ou sectorisation ?

    Le 12 mars 2019

    Un exemple vécu par des amis personnels au...Danemark.Sectorisation stricte : vous habitez tel quartier ou telle rue, vous devez consulter le Dr. "X" si vous habitez un pâté de maison plus loin c'est le dr."Y". Manque de chance je n'aime pas le Dr "X" et si je vais voir "Y" je n'ai droit à aucun remboursement.

    Mais le médecin,lui, a choisi son coin. Devant la gravité du cas de mes amis ils sont venus en France, je les ai dirigés vers un service compétent et avec les accords européens ils ont été soignés gratuitement !

    En France les "déserts médicaux" sont de divers types : dangerosité du secteur, éloignement des centres attractifs urbains, sous population locale, etc... En fait pour un M.G. il n'existe aucun désert médical.

    Dr Richard Guidez

  • Pour la liberté d'installation

    Le 12 mars 2019

    Ne pas oublier que nous avons fait grève contre le numerus clausus face à M Évin qui a répondu que "lorsqu'il n'y aura plus de médecins le trou de la sécurité sociale sera vaincu "
    Il est invraisemblable de faire payer à nos jeunes médecins l'incompétence des politiques qui les ont précédés.
    Jeune j'ai fait gréve, beaucoup plus âgée je reste combattive.

    Dr Claire Restoueix

  • L'exemple des enseignants

    Le 12 mars 2019

    Les médecins sont finalement payés très majoritairement par la sécurité sociale et c'est très bien ainsi.
    Est-ce tellement anormal que la société demande (exige) d'eux qu'ils répondent prioritairement aux besoins de la société qui les paie?
    Que penseraient les médecins si les enseignants demandaient à pouvoir librement s'installer (et être payés) pour enseigner en fonction de leur meilleure convenance ?

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