La quasi-totalité des syndicats de médecins libéraux boycotteront la conférence sur la santé du gouvernement

Paris, le jeudi 2 juillet 2015 – Dès l’annonce en mars de la tenue d’une grande conférence sur la santé en janvier prochain par le Premier Ministre, les syndicats de médecins libéraux avaient manifesté leurs réticences et s’étaient étonnés qu’une telle rencontre soit organisée après l’adoption de la loi de santé, qui suscite de très nombreuses contestations. Les premiers travaux préparatifs de cette conférence n’ont guère été propices à faire évoluer leur position. La composition du comité de pilotage a en effet été récemment dévoilée et laisse la part belle aux représentants du monde hospitalier, tandis que selon la Fédération des médecins de France (FMF), sur les deux praticiens libéraux choisis, l’une est une « ardente partisane du tiers payant généralisé ». Il semble donc que la contestation ou tout au moins l’évocation d’idées divergentes ne seront guère à l’ordre du jour. Face à ce parti pris, le Conseil de l’Ordre a préféré décliné toute proposition de participer au comité de pilotage. Il a affirmé la semaine dernière vouloir conserver sa liberté de parole et projette d’organiser sa propre « concertation nationale » en amont de la conférence, afin de recueillir le ressenti des médecins.

Mascarade

Les syndicats de médecins libéraux devraient pour leur part majoritairement boycotter  la conférence.  Ils étaient réunis hier par le Premier ministre, Manuel Valls, pour en discuter les contours. Les organisations ont eu la confirmation que la conférence n’aurait d’autre but que d’évoquer les modalités d’application de la loi de santé. La réitération de leurs critiques à l’encontre de ce texte n’a nullement fait broncher le Premier ministre. Aussi, les appels au boycott de la conférence se sont-ils multipliés à l’issue de la rencontre. Avant même cette dernière, la Fédération des médecins de France (FMF) avait déjà annoncé son intention de ne pas prendre part à la conférence ; intention qui a été confirmée, l’organisation qualifiant la conférence de « mascarade ». Le ton était également déjà donné par le Syndicat des médecins libéraux (SML) qui avait choisi le 1er juillet, jour de la réunion avec Manuel Valls et du lancement de la généralisation du tiers payant aux titulaires de l’Aide à la complémentaire santé (ACS), pour appeler en concertation avec le Mouvement pour la santé de tous, tous les professionnels libéraux à manifester devant leur préfecture. Il ne fut donc guère surprenant de voir publier un communiqué indiquant le refus du SML de participer à la conférence. La Confédération des syndicats de médecins libéraux (CSMF) s’est unie à ce mouvement de refus. Sans nuance, elle estime le dialogue impossible : « Comment proposer des idées constructives à des dogmatiques qui méprisent les patients et les médecins ? » s’interroge-t-elle, reprenant elle aussi le terme de « mascarade ». Sa branche spécialiste renchérit en considérant comme une « insulte, la composition proposée du comité de pilotage de cette conférence » jugée « tardive et illogique ». Enfin, l’appel au boycott était également affiché chez les chirurgiens, anesthésistes et obstétriciens du Bloc.

Seul MG France a présenté une position plus nuancée. Le syndicat, qui s’est déjà démarquée du CSMF et de la SML en n’appelant pas franchement à refuser l’application du tiers payant aux titulaires de l’ACS, a indiqué qu’il réservait sa décision au mois de septembre. Et ce n’est pas un retour (certes inespéré) du gouvernement sur la loi de Santé qui pourrait adoucir MG France, mais la nomination de 20 nouveaux enseignants de médecine générale et des annonces significatives en ce qui concerne la démographie médicale des médecins généralistes. Une position qui éloigne de plus en plus MG France du reste du front syndical. Enfin, les internes, également présents à Matignon hier, ont indiqué vouloir participer à la conférence. L’Intersyndicat national des résidents et des internes de médecine générale (ISNAR-IMG) souhaite en effet y défendre une réforme du troisième cycle des études médicales, tandis que l’Intersyndicat national des internes (ISNI) sans taire ses réticences habituelles a indiqué vouloir avancer dans un « esprit constructif ».

Partage du front syndical

Ainsi, observe-t-on la constitution d’une ligne de partage entre les syndicats. Quand certains semblent prêts à répondre aux sollicitations du gouvernement, d’autres, majoritaires chez les médecins installés, paraissent plus que jamais déterminés à mener la fronde. Les mouvements locaux ne cessent d’ailleurs de se multiplier, avec par exemple aujourd’hui et demain une opération santé morte à Quimper. Surtout, une opération nationale de plus grande envergure pourrait se préparer à la rentrée.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (4)

  • Comme toujours...

    Le 02 juillet 2015

    ...depuis 30 ans, MG France va tout signer.

    Dr Jean-Louis Salmon

  • Et qui va signer ?

    Le 02 juillet 2015

    Comme d'habitude, contre un gros chèque, tous les compromis sont bons... Merci MG France !
    Quand à la CSMF qui fait mine de prendre la tête de la révolte alors qu'elle a pris le train en marche in extremis, après avoir signé le CAS et l'avenant 8..Nous nous souviendrons de tout.

    Dr Christine Lamarche Arene

  • Attention aux mises à jour !..

    Le 03 juillet 2015

    Pour tous ceux qui vont refuser le tiers-payant généralisé,il ne faudra pas renouveler l'abonnement aux mises à jour de la télétransmission fin 2015.Le cahier des charges pour les éditeurs, les oblige à y intégrer la facturation en tiers-payant...Pas de "découplage"possible,donc plus de paiement direct-télétransmission, il faut commencer les provisions de feuilles de soins...

    Dr Michel Remy

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