L’Afrique rattrapée par la Covid-19

Le parking de l’hôpital Steve Biko au temps de la Covid
Pretoria, le mercredi 20 janvier 2021 – Après avoir été longtemps relativement épargnés par l’épidémie, plusieurs pays africains connaissent une augmentation du nombre de décès et de contaminations, sans pouvoir (pour l’instant) compter sur le secours du vaccin.

Le climat, la génétique, la jeunesse de la population, la rareté des sujets très âgés ou tout simplement la difficulté à comptabiliser efficacement les cas et les morts dans les régions les plus pauvres du continent, sont autant de causes possibles avancées pour expliquer la faible mortalité par Covid en Afrique. Mais si seulement 80 000 Africains (pour 1,2 milliards d’habitants) sont décédés de la Covid-19 pour le moment, les choses semblent être en train de changer.

Depuis quelques semaines, plusieurs pays d’Afrique enregistrent ainsi une hausse brutale du nombre de décès et de contaminations. L’Afrique du Sud est de loin le pays le plus durement touché.

Frappé par un nouveau variant détecté début décembre et qui serait 50 % plus contagieux que le Sars-Cov-2 originel, la nation arc-en-ciel comptabilise ces derniers jours 20 000 contaminations et 700 décès quotidiens, pour une population de 58 millions d’habitants. Au total, 38 000 Sud-Africains ont été emportés par l’épidémie.

Couvre-feu en Afrique du Sud et au Sénégal

Submergés, les hôpitaux sud-africains connaissent une situation plus dramatique que les établissements hospitaliers européens et américains avant eux. L’image de patients Covid-19 pris en charge sur le parking de l’hôpital Steve Biko à Pretoria a choqué les Sud-Africains. « Les hôpitaux sont pleins à craquer, beaucoup de services sont convertis en unité Covid-19 » explique le professeur Richard Lessels, infectiologue qui a isolé le nouveau variant. Selon son équipe, cette mutation pourrait réduire l’efficacité des anticorps des sujets infectés précédemment et remettre en cause l’efficacité des vaccins.

De nombreux pays d’Afrique sont contraints de renforcer les restrictions sanitaires. En Afrique du Sud, un couvre-feu à partir de 21 heures est en vigueur depuis début décembre et le masque est désormais obligatoire dans les lieux publics (sans effet notable sur la circulation du virus pour le moment). Au Zimbabwe voisin, qui déplore 60 décès quotidiens pour 14 millions d’habitants, les morts sont désormais enterrés sans cérémonie, contre la tradition locale qui veut que l’enterrement se fasse au lieu de naissance. Au Sénégal, le couvre-feu a été prolongé d’une semaine.

Toujours pas de vaccination en Afrique

Dans ce contexte, l’Afrique espère pouvoir obtenir rapidement des doses de vaccins contre la Covid-19. Mais malgré la bonne volonté affichée par les nations occidentales, le continent risque bien d’être approvisionné très tardivement. Le dispositif Covax, mis en place par l’OMS pour assurer la distribution en vaccin des pays les plus pauvres de la planète, peine à trouver des financements et doit subir la concurrence des pays occidentaux, qui commandent plus de vaccins qu’ils n’en ont besoin (sans toutefois les obtenir rapidement). L’Union Africaine est tout de même parvenu à commander 270 millions de doses auprès des laboratoires Pfizer, AstraZeneca et Johnson & Johnson, mais elles ne seront disponibles qu’à partir du mois d’avril.

Les pays les plus riches du continent africain se sont donc lancés en solitaire dans la recherche de vaccins. Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a annoncé avoir commandé 50 millions de doses du vaccin AstraZeneca, fabriquées en Inde, mais n’a pas annoncé de date de lancement de la campagne de vaccination. Au Maroc, cela fait désormais deux mois que les autorités annoncent le début imminent de la campagne, sans qu’aucun Marocain n’ait pour l’instant reçu une injection. Officiellement, 65 millions de doses ont été commandés auprès des laboratoires Sinopharm et AstraZeneca par le royaume chérifien.

Nicolas Barbet

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Vos réactions (1)

  • La maladie des blancs

    Le 21 janvier 2021

    ...je me rappelle avoir entendu le même refrain au moment du début de la pandémie de SIDA dans les années 80. Décidément les peuples n'apprennent rien. Les états africains ont eu 12 mois pour se préparer, et bien sûr les dirigeants n'ont rien fait, trop occupés à leurs magouilles diverses. Quant à la solidarité entre nations, que les nations africaines commencent par s'organiser entre elles, comme font les européens. Deux générations après les "indépendances", leur réflexe de mendiants vis-à-vis des nations "riches" (et organisées) devient humiliant, c'est un toubabou fils de képi rouge qui le dit.

    Dr Pierre Baque

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