Lait contaminé : pharmacies et hôpitaux à leur tour dans la tourmente

Paris, le vendredi 12 janvier 2017 - Faisant un point sur les retraits de lots de lait infantile produits par Lactalis et contaminés par des salmonelles, le ministre de l’économie Bruno Le Maire a semé le trouble chez les professionnels de santé en annonçant que sur 2 500 établissements contrôlés « 91 détenaient des boîtes qui auraient dû être retirées, 30 grandes surfaces (qui détenaient en tout 500 boîtes), 44 pharmacies, 2 crèches, 12 hôpitaux et 3 grossistes ».

Il a aussi annoncé 2 500 vérifications supplémentaires, la semaine prochaine. Notons à ce sujet qu’on ne sait pas encore combien de ces inspections ont concerné des officines, le nombre de 44 pourrait donc représenter une proportion importante et inquiétante de pharmacies de ville.

Incompréhensible pour Agnès Buzyn

Interrogée sur Europe 1, Agnès Buzyn a réagi à cette information en précisant que le ministère et les Agences régionales de santé ont diligenté une enquête sur les hôpitaux incriminés. Que soient en cause les cantines ou pire les pharmacies de ces hôpitaux, le ministre a souligné que cela était « incompréhensible » eu égard aux nombreux signalements qui ont émané des autorités sanitaires à destination des établissements de santé.

Pour le ministre, la lisibilité et le système des alertes sanitaires ne peuvent être remis en cause et la responsabilité des éventuelles fautes incombent aux hôpitaux et aux pharmacies concernés qui s’exposent à des « peines graves ». Un avis que ne semble pas partager plusieurs hommes politiques qui se sont exprimés sur le sujet. Ainsi Benoît Hamon a pu déplorer des réductions d’effectifs de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) qui réduirait le nombre de « contrôles sur le terrain » et bien qu’opposés sur l’échiquier, Geoffroy Didier (LR) et Clémentine Autain (LFI) se sont rejoint pour réclamer une commission d’enquête sur les responsabilités étatiques.

Le président directeur général du groupe Leclerc, Michel-Edouard Leclerc a pu, lui aussi, évoquer les « défaillances (…) des services de l’État »…mais peut-être là, pour se dédouaner !
Enfin le ministre a promis un « retour d’expérience » sur la mise en place des retraits.

Concernant les pharmacies d’officine, elle a rappelé qu’elles avaient elles aussi été alertées par le biais du conseil de l’Ordre des pharmaciens, qui n’a pas manqué de tancer ces brebis galeuses.

Quand Ordre et syndicat se fâchent contre leurs confrères !

Ainsi, dans un communiqué, celui-ci à fait part de son indignation : « L’Ordre avertit que, s’il s’avérait que certains pharmaciens avaient continué à délivrer des produits incriminés par les rappels, des procédures disciplinaires seraient immédiatement engagées ». En outre, Carine Wolf-Thal, présidente du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens a déclaré : « par leur manquement, ces quelques pharmaciens mettent en danger la sécurité sanitaire, trahissent la confiance des patients et bafouent l’honneur de la profession. C’est inacceptable ! »

Delphine Chadoutaud, présidente du syndicat des pharmaciens de l’Essonne a, quant à elle, estimé, dans une interview accordée à France Info, qu’une enquête plus approfondie demeure néanmoins nécessaire « on peut imaginer, que dans ces 44 pharmacies, ce n’est qu’une partie de la procédure qui n'a pas été respectée, c'est-à-dire que le pharmacien avait bien retiré les boîtes de lait mais qu'elles étaient dans un carton derrière et qu’ils ne les avaient pas encore renvoyées au grossiste ou procédé à l'affichage réglementaire ».

Elle a aussi reconnu la fiabilité des alertes « qui bloquent les écrans d’ordinateurs » et donc en creux les responsabilités des officinaux.

Ironie de l’histoire, quelques heures avant ces révélations, l’Union des groupements de pharmaciens d'officine affirmait que cette affaire démontrait l’impossibilité de laisser le soin aux grandes surfaces de gérer la vente de médicaments…

Frédéric Haroche

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Vos réactions (2)

  • Micro-ondes ?

    Le 12 janvier 2018

    Dans le doute...intervient. En principe le four à micro-ondes détruit microbes,bactéries ,etc...Donc en cas de doute demander aux mères ou responsables de l'alimentation des bébés de chauffer les biberons au micro-ondes. Mieux que de se heurter à une distribution qui nous dépasse.

    Dr Richard Guidez

  • Nombre de pharmacies contrôlées

    Le 14 janvier 2018

    Si on le sait, il y a eu 1300 pharmacies contrôlées et ciblées comme ayant la gamme. Donc la proportion est très faible. Ce qu'on ne sait pas par contre, c'est si c'étaient bien les lots incriminés, puisque vu le cafouillage pendant longtemps, on a juste demandé des lots précis, puis une date précise, et ce n'est que depuis samedi soir qu'on parle de la totalité.

    Sylvie Parent

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