Le coeur artificiel Carmat bat pour la première fois

Paris, le 23 décembre 2013. C’est l’aboutissement de plus de 20 années de recherche… Le cœur artificiel total de la société Carmat, conçu par le professeur Alain Carpentier, a été implanté pour la première fois chez l'homme mercredi 18 décembre. Une autorisation pour un essai dit de faisabilité lui avait été accordée le 24 septembre par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), mais la communication de résultats intermédiaires ou définitifs devait avoir lieu au terme d’une phase initiale d'essais cliniques portant sur quatre patients au total. Des fuites ont contraint l’entreprise à faire une annonce plus tôt que prévu.

L'intervention a été réalisée par une équipe de l'Hôpital européen Georges-Pompidou à Paris sur un patient dont on ignore l’identité. L’homme, âgé de 75 ans, était en insuffisance cardiaque chronique terminale, « dans une situation de fin de vie » et sans autre alternative, a précisé lors d’une conférence de presse le Pr Latrémouille, chirurgien cardiaque à l’HEGP. « L'intervention s'est déroulée dans de bonnes conditions. Dès le lendemain, il a été extubé, son respirateur artificiel retiré, ce qui correspond exactement aux conditions d'une transplantation cardiaque. Il n'y a pas eu de complications liées au caractère innovant de l'implantation, nous nous sommes retrouvés dans des conditions habituelles » a-t-il développé. On sait encore que l’opération a duré une dizaine d’heures et nécessité les compétences de 16 personnes au bloc opératoire : des chirurgiens, mais aussi des ingénieurs pour gérer l’interface technique de cette bioprothèse d’une rare complexité. L’équipe travaillait depuis trois ans au rodage de l’implantation chez l’homme. 35 implantations de cœur artificiel chez l’animal et des interventions sur des cadavres humains avaient été réalisées en amont pour l’y préparer.

Un cœur artificiel biocompatible et auto-régulé

La bioprothèse cardiaque Carmat est entièrement auto-régulée. Conçue pour se rapprocher le plus près possible de l’anatomie du cœur humain, elle est constituée de quatre valves et de deux ventricules fabriqués dans des matériaux biocompatibles. Cette machine fonctionne en s'adaptant à l’activité physique du patient en assurant automatiquement la circulation sanguine à un débit physiologique. Autrement dit, la vie du malade greffé devrait gagner en autonomie et en confort, avec notamment une prise limitée d'anti-coagulants. Reste à savoir quel sera son taux de survie. Les médecins espèrent apporter au premier patient opéré au minimum cinq ans d'espérance de vie supplémentaire.

Mais ce cœur artificiel présente une contrainte majeure : il pèse 900 grammes environ alors que le poids du cœur humain est en moyenne de 300 g. Il s’adresse donc à des personnes corpulentes et n’est compatible qu’avec 70 % des thorax des hommes et 25 % de ceux des femmes. L’autre difficulté concerne l'alimentation électrique indispensable à ce type d’appareil. Enfin, son coût (160 000 euros) sera également un obstacle, même si la société Carmat précise que ce prix équivaut à celui d’une greffe classique, et ses suites opératoires.

À terme, ce sont pas moins de 100 000 patients aux Etats-Unis et en Europe (10 000 en France) qui pourraient bénéficier de cette prouesse chirurgicale. Elle s’adresse en priorité à des personnes trop âgées pour espérer une greffe, souffrant d’une insuffisance cardiaque chronique terminale ou d’une défaillance cardiaque aiguë irréversible due à un infarctus massif.

Les félicitations du chef de l’Etat

L’exploit du Pr Carpentier a été applaudi par le président et la ministre de la Santé. « Il s'agit d'un saut qualitatif majeur qui vient d'être réalisé. Il faut toujours faire preuve d'un peu d'humilité et de précaution, mais ce sont de très belles perspectives qui s'ouvrent » a déclaré Marisol Touraine.

Dans une lettre adressée au professeur et à l'équipe de chirurgiens de l'hôpital Georges-Pompidou, François Hollande a, de son côté, fait part de ses « félicitations » et « encouragements », ajoutant que La France pouvait « être fière de cette action exceptionnelle au service du progrès humain ».

D’autres implantations devraient avoir lieu dans les prochaines semaines dans l’un des trois établissements français habilités pour l'opération : l'hôpital Georges-Pompidou, l'hôpital Marie-Lannelongue (au Plessis-Robinson), ou le CHU de Nantes. Des essais cliniques ont également été autorisés en mai dans quatre autres pays : la Belgique, la Pologne, la Slovénie, l’Arabie saoudite.

Amandine Ceccaldi

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (4)

  • Coeur artificiel: le prix un argument de plus!

    Le 23 décembre 2013

    Le prix n'est pas exorbitant : combien coute un insuffisant cardiaque chronique avant sa mort ? Combien coutera le greffé avec 5 ans de survie ?
    Ces calculs économico sanitaires ont déjà été faits, on peut les mettre sur la table et en discuter, mais l'argument du prix est en faveur à mon avis de cette prothèse.
    Je suis actionnaire de CARMAT.
    Dr F.Chassaing

  • Des larmes de joie!

    Le 24 décembre 2013

    On en pleure de joie!
    J. Abel

  • Actionnaire?

    Le 26 décembre 2013

    Moi aussi, je veux être actionnaire chez Carmat et seulement chez eux! N. Goerger

Voir toutes les réactions (4)

Réagir à cet article