Le ministre de la santé laisse fuiter sa feuille de route

Paris, le jeudi 22 juin 2017 – Alors que le remaniement ministériel d’hier soir n’aura rien changé pour les professionnels et les étudiants en santé*, on apprenait qu’Agnès Buzyn a (volontairement ?) laissé fuiter sa feuille de route pour les prochains mois.

Ainsi, dans une note au Premier ministre, qu’a pu consulter et a dévoilé l'Argus de l’assurance, le ministre de la Santé explique en préambule qu’elle souhaite impulser « une forte inflexion dans la conduite de la politique de santé », ce qui, nous le verrons, ne semble pas être un vain mot au regard de son programme ambitieux…

Attendez-vous à de nouvelles règles en matière de dépassement d’honoraires !

Dans cette note elle évoque notamment le chantier des dépassements d’honoraires : le ministre souhaite ainsi inciter les professionnels de santé à les modérer « par le biais combiné des contrats responsables et des négociations conventionnelles ».

Mais une telle évolution ne devrait pas se faire sans concertation. Ainsi, le Pr Buzyn précise sa méthode après ces cinq années de « défiance » : établir « un dialogue constant et constructif avec l’ensemble des acteurs du système de santé avec les partenaires sociaux, avec les associations, (…) et avec les collectivités territoriales ».

Quant au tiers payant, il reste à l’ordre du jour, mais deviendra « généralisable » et non plus « généralisé », comme prévu dans le projet présidentiel et comme cela a été confirmé par les déclarations récentes du Premier ministre,  qui, dans une interview au Parisien le 7 juin dernier rappelait avoir été initialement « dubitatif » quant à cette réforme.

Vers le reste à charge zéro ?

Le ministre se fixe également l’objectif d’un « reste à charge zéro à l’horizon 2022 » pour l’optique ainsi que pour les prothèses dentaires et auditives. Les moyens à mettre en œuvre pour l’atteindre feront l’objet de négociations dès le mois de septembre. Elle suppose qu’il faudra « gagner en efficience tout au long de la chaîne de valeur, définir un panier de soins indispensables, à tarifs opposables, en fixant des plafonds de prix, et un partage de la prise en charge entre assurance maladie obligatoire et complémentaire ».

Une grande réforme des complémentaires et la fin du RSI

L’ambition de rendre « plus lisibles les offres des différents organismes complémentaires de façon à permettre aux assurés de les comparer plus facilement » est également explicitée dans ce document.

Deux réformes promises par le président Emmanuel Macron pendant sa campagne seront ainsi mises en oeuvre dès le prochain projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) qui sera discuté à l'automne.

Le régime d'assurance maladie des étudiants, actuellement délégué à une dizaine de mutuelles devrait ainsi être confié au « régime général ou au régime dont l'affilié relevait avant de devenir étudiant », une mesure de simplification censée « améliorer le service » rendu et « dégager des économies ».

Quant au RSI il disparaitrait puisqu’il serait, lui aussi adossé au régime général « dès le 1er janvier 2018 »…tout en parvenant au tour de force que la sécurité sociale des indépendants continue « de faire l'objet (...) d'une gestion particulière prenant en compte les spécificités de cette population ».

Autres grands projets évoqués, la réforme des retraites, avec la création d'un régime universel, pour lequel des négociations doivent s’ouvrir au printemps 2018 et le développement de la télémédecine et de la médecine prédictive. 

Tout ceci en atteignant 15 milliards d'euros d'économies sur cinq ans…

*on notera tout de même l’entrée au gouvernement d’un médecin généraliste, le Dr Geneviève  Darrieussecq comme secrétaire d’état auprès du ministère des armées.

Frédéric Haroche

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Vos réactions (1)

  • Le role des mutuelles

    Le 23 juin 2017

    Toujours le même flou concernant l'attitude précise des pouvoirs publics concernant les complémentaires santé. Par exemple, qui va prendre en charge l'optique et les prothèses dentaires ou auditives ? Si c'est la Sécu il faudra (encore...) augmenter les impôts et taxes sur l'activité professionnelle dans un pays qui est déjà champion du monde en la matière. Si ce sont les "mutuelles", il faudra qu'elles augmentent leurs tarifs et elles vont évidemment imposer des parcours de soins spécifiques qui mettront définitivement un terme au libre choix du praticien. C'est sûr qu'avec Macron, on a un joli paquet cadeau. Reste à savoir ce qui se cache à l'intérieur...

    Franck Boutault

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