Le Sénat appelle à une lutte plus musclée contre les dérives sectaires dans la santé

Paris, le jeudi 11 avril 2013 – A plusieurs reprises, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVLUDES) s’est intéressée à l’émergence de dérives sectaires dans le domaine de la santé. Il s’agit d’un phénomène loin d’être marginal puisque selon le secrétaire général de la MIVILUDES qui s’exprimait sur ce point l’année dernière dans le bulletin de l’Ordre des médecins les dérives sectaires dans le domaine de la santé « représentent près de 25 % de l’ensemble des signalements qui nous sont adressés. Ce pourcentage est en augmentation constante ». Cette situation a incité le sénateur Jacques Mézard (PRG) à proposer la constitution d’une commission d’enquête. Cette dernière a remis un rapport très complet sur les « dérives thérapeutiques et dérives sectaires ».

Thérapie quantique

Ce long travail qui a nécessité notamment 72 auditions a tout d’abord permis d’observer combien « le corps et la santé sont omniprésents dans les conceptions des mouvements susceptibles de dérives sectaires ». Les sénateurs ont également été surpris de constater « l’immense marché des soins parallèles », dont le développement est nettement favorisé par internet. Ce « marché » est traversé de mouvements paradoxaux : certains se présentent comme des apologies des remèdes naturels, quand d’autres vantent des technologies farfelues (les sénateurs évoquent par exemple l’appareil « magnomega » qui grâce à des « champs magnétiques pulsés » promet bien être et « accès au monde de la thérapie quantique » !). Ces soins parallèles vont du charlatanisme jusqu’à une « emprise mentale exercée par le gourou » caractéristique des mouvements sectaires : pour le Sénat toutes ces situations sont à condamner.

L’hôpital menacé par les sectes ?

Outre le poids écrasant d’internet, les sénateurs constatent que le développement de ces pratiques dangereuses peut être favorisé par la tentation d’officialiser certaines pratiques non conventionnelles. Aussi, les sénateurs invitent à la plus grande prudence en ce qui concerne l’expérimentation à l’hôpital de certaines méthodes (telle la méditation). Ils recommandent des vérifications multiples devant concerner d’une part les praticiens et d’autre part la méthode qui devrait être évaluée par la commission médicale d’établissement (CME). Le danger de l’infiltration de certaines mouvances sectaires par le biais des hôpitaux publics avait été dévoilé par un long reportage de Sciences et Avenir publié en novembre. Le magazine montrait ainsi par exemple comment une association promouvant le "reiki" s’était fait un point d’honneur de s’introduire à l’hôpital. Il évoquait en outre comment, malgré eux, les hôpitaux de Poitiers et de Marseille faisaient parfois intervenir des associations liées à des milieux sectaires. L’enquête montrait encore que ces tentatives d’entremise des mouvements « sectaires » apparaissaient dès les études médicales et notaient par exemple que 17 thèses sur la fasciathérapie sont en cours dans les universités. Cette question de l’insuffisance du contrôle de l’enseignement figure également dans le rapport du Sénat qui appelle à un encadrement et à une évaluation plus rigoureuse des 2 600 diplômes universitaires existant en France, dont le contenu pédagogique est souvent peu contrôlé.

Quand les scandales font le lit de méthodes dangereuses

Enfin, dernier élément qui pourrait rendre plus attractifs ces mouvements dangereux : la dégradation de « l’image de la médecine classique » en raison de « l’inquiétude et le climat anxiogène résultant (…) de scandales récents » analyse le rapport de Pierre Mézard. « La commission regrette que cette image perturbée puisse conduire des personnes atteintes de pathologies lourdes à s’interroger sur les propositions thérapeutiques de leur médecin pour s’en remettre à des pratiques de « soins » sans nécessairement disposer d’une information complète sur les conséquences de leur choix » poursuivent les élus.

Quarante et une propositions pour saper la santé des sectes

Face à cette situation, l’action des pouvoirs publics, qui dispose pourtant d’un arsenal législatif complet dans ce domaine, serait insuffisante. Le rapport regrette notamment que la vigilance des services ministériels à l’égard des sectes se soit « relâchée » et que le « pilotage » de l’action gouvernementale en la matière soit « défaillant ». Aussi, le rapport énumère-t-il 41 propositions pour redresser le cap. Ces préconisations sont diverses : il s’agit d’abord « de renforcer la vigilance sectaire et d’améliorer le traitement judiciaire des dérives ». Les sénateurs insistent dans ce cadre sur la nécessité d’interdire « aux médecins, dentistes et pharmaciens radiés par leur Ordre » de faire état de leur titre. Les procureurs de la République sont pour leur part incités à « porter une attention particulière aux suites à donner aux plaintes et signalements s’inscrivant potentiellement dans un contexte sectaire ». Concernant l’information médicale en ligne, la commission veut donner plus de pouvoir aux « enquêteurs de la cyberpatrouille de la Gendarmerie nationale » qui devrait être autorisés à « mener des investigations sous pseudonyme ». Une campagne d’information menée par l’INPES sur ces questions est en outre préconisée. Les sénateurs formulent également plusieurs recommandations pour mieux « connaître et encadrer le recours aux pratiques non conventionnelles » : certaines concernent l’activité des psychothérapeutes ou encore l’introduction de pratiques non conventionnelles à l’hôpital. Enfin, à l’égard des mineurs, les sénateurs souhaitent que les enfants scolarisés à domicile ou dans un établissement hors contrat soit l’objet d’un contrôle médical annuel par un médecin « assermenté ».


Illustration : Le père Ubu, maître de Ordre de la Grande Gidouille

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