Le tour de France du moustique tigre

Paris, le jeudi 17 septembre 2020 - « Moustique tigre : une commission d’enquête alerte sur les risques sanitaires » titraient certains journaux début aout, avec l’annonce d’un cas de dengue autochtone dans l’Hérault. Le départ de la colonisation date de 2004, mais voici que des députés se sont plus certainement intéressés à travers une commission d’enquête à la recherche, à la prévention et aux politiques publiques concernant la propagation des moustiques aedes et des maladies vectorielles. Est-ce son arrivée plus récente sur les Champs-Élysées qui a soucié Paris ? Ou dans sept départements de plus en 2019 ?

Malgré la menace croissante que représentent les arboviroses émergentes, clairement pointée par les infectiologues, il semblerait que l’organisation de lutte laisse encore à désirer.

Échappée

Au classement général des moustiques vecteurs, l’équipe Aedes fait une percée notable depuis quelques années. Son champion, aegypti, a terminé sa grande boucle mondiale et les épidémies de dengue n’ont pas épargné la France d’Outre-mer où se propagent aussi le Zika, le chikungunya et en Guyane la fièvre jaune. L’autre Aedes "montant", maillot à pois blanc, c’est albopictus, le très anthropophile moustique tigre. L’imperméabilité de leur coque permettant à ses œufs de braver les climats européens, il est actuellement le seul moustique vecteur en Europe  - avec Culex, lié à la virose West Nile.

Ainsi, en Métropole, la lutte anti-moustique qui visait uniquement le confort (des touristes surtout), peut aussi être préventive. Mais le staff responsable n’est pas très défini, ainsi que le cadre juridique.

Contre-la-montre

Si l’Aedes est gagnant au sprint géographique (toute la France sera concernée), il reste de quoi lutter. Le rapport conseille une communication adaptée aux territoires, l’implication de la société (médecins, urbanistes et jusqu’aux enfants) ou encore un soutien solide à la recherche dont le niveau est excellent et le potentiel énorme grâce aux Outremers. Il suggère de donner aux ARS la compétence globale : surveillance entomologique, traitement préventif des structures publiques et des foyers. Son retour d’expérience favori est la gestion d’une alerte au Chikungunya à Djibouti en 2019, en quatre étapes : anticiper (vecteur présent, population naïve, foyer infectieux proche), détecter (grâce aux laboratoires), répondre de façon appropriée sur le terrain (pluridisciplinarité), intervenir avec une démarche participative en trois cercles : l’humain, l’habitat (moustiquaires et répulsifs), l’environnement (gites larvaires). Mais cette action exemplaire est le fait de l’armée, dans un camp militaire, avec les moyens idoines dont la gratuité du matériel pour les familles... et le rapport de proposer en conséquence « une meilleure articulation entre le service de santé des armées et les ARS ». Le premier pour doper l’action des secondes ?

*Agence Régionale de Santé

Dr Blandine Esquerre

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Vos réactions (1)

  • L'essentiel...

    Le 18 septembre 2020

    ... c'est de tout décider à Paris sans tenir aucun compte de expérience des territoires d'outre-mer en matière de lutte antivectorielle, larvicide Bti, traitement des domiciles etc... surtout surtout il faut continuer à faire prendre les grandes décisions par des gens dans des bureaux qui n'ont jamais foutu les pieds sur le terrain, comme pour la Covid.

    Dr Pierre Baque

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