Les candidats aux primaires de la droite et du centre dévoilent leur programme de santé

Paris, le vendredi 27 mai 2016 – Quatre candidats (dont un putatif) à la primaire de la droite et du centre (François Fillon, Alain Juppé, Bruno Le Maire et Nicolas Sarkozy) ont dévoilé cette semaine leurs principales propositions en matière de politique de santé. Certaines mesures font d’ores et déjà l’unanimité parmi eux : la suppression du tiers payant généralisé, une autonomie plus importante des hôpitaux et la fin des 35 heures au sein de ces derniers et le développement de la chirurgie ambulatoire. Ils sont en revanche moins diserts sur la diminution du nombre de fonctionnaires en milieu hospitalier…

François Fillon ne veut plus d’une consultation moins chère qu’une coupe de cheveux !

Au cours de sa visite au salon Paris Healthcare, l’ancien premier ministre a mis l’accent sur la rémunération des médecins : « Il va falloir faire sauter un certain nombre de contraintes », estime celui qui se scandalise « qu'une consultation médicale soit moins chère qu'une coupe de cheveux ! ».

Relativement au financement de la protection sociale, il évoque un « mix de CSG et de TVA qui doit permettre d'abaisser le niveau de prélèvement sur les entreprises et les salaires ».

Alain Juppé ne veut pas revivre 1995

Toujours à cette même manifestation, un autre ancien premier ministre, Alain Juppé, qui a récemment fait son mea culpa pour les « malentendus » qu’il a connu avec les médecins en 1995, a présenté les prémices de son « cahier de santé », dont il a égrené les « choix éthiques » : « pluralisme de l'offre, libre-choix des patients et solidarité entre les Français ; le tout, dans un cadre financier maîtrisé ».

Il a notamment mis en avant le « défi du décloisonnement », avec un hôpital davantage ouvert sur la ville et le développement d'une « offre alternative d'urgences ».

Il a également critiqué la réforme des GHT : « elle est conduite à marche forcée et parfois de façon regrettable » a-t-il déploré. Quant à la T2A, la tarification à l'activité, Alain Juppé estime qu'elle est un « bon principe », qu'il souhaite toutefois « ajuster et améliorer pour n'en garder que les aspects bénéfiques ».

Alain Juppé a enfin chiffré entre 5 à 7 milliards d'euros ce que pouvait rapporter « l'optimisation des soins hospitaliers et la maîtrise des médicaments ».

Bruno Le Maire, tous azimuts !

C’est peut-être l’ancien ministre de l’agriculture, Bruno Le Maire, qui aura le plus développé son projet au cours d’un long entretien accordé au journal le Parisien. Au chapitre des mesures originales il propose « que l'on monte à 100 % le taux de remboursement par la Sécu des soins dentaires et des prothèses (…) que l'on garantisse le remboursement à 100 % d'une paire de lunettes tous les quatre ans » et une franchise pour les consultations non honorées par les patients.

Pour lutter contre les désert médicaux, il s’affirme contre « toute mesure contraignante » tout en proposant la régionalisation de la formation des médecins libéraux qui au terme de celle-ci, devront (!) pratiquer trois ans dans la région de leurs études.

Il a également prôné  « le maintien à domicile » plutôt que l’institutionnalisation « en soutenant enfin les personnes qui accompagnent leurs proches » et en supprimant « toutes les charges employeur pour les emplois à domicile » et «  un allongement de la durée de congés pour les aidants, actuellement limité à trois ou six mois ».

Concernant le contrôle des dépenses il souhaite « tailler dans les gaspillages et la gabegie », principalement en supprimant l'Aide Médicale d'Etat aux clandestins, en développant les prescriptions « à la pilule et à la dose ».

Il a aussi exprimé son souhait de « réformer les études de santé » : « la sélection des étudiants doit se faire sur des aptitudes scientifiques mais aussi humaines ».

Nicolas Sarkozy, la chèvre et le chou

Candidat pressenti mais non annoncé, Nicolas Sarkozy a la difficile tâche de ménager les différentes ailes du parti dont il a la direction.

Au cours d’une conférence des Républicains, il a ainsi rappelé le principe de solidarité entre les Français, « un élément de notre civilisation » tout en proposant d’abaisser de 75 à 73% le taux de prise en charge des dépenses par la sécurité sociale.Ou d’annoncer vouloir « revaloriser la rémunération des médecins » en louant les bienfaits de la ROSP (pourtant guère en odeur de sainteté), de proposer une meilleure rémunération des actes dans les zones sous dotées tout en réclamant la création de « maisons d'exercice regroupé » ressemblant à s’y méprendre aux maisons de santé de Marisol Touraine…

Frédéric Haroche

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Vos réactions (3)

  • Ecoute

    Le 27 mai 2016

    Le problème est délicat.
    Il faudrait, d'abord, revenir à la méthode. Ce ministre avait surpris tout le monde en écoutant enfin les professionnels de santé alors que l'on ne l'espérait pas d'un communiste. En fait, il était beaucoup moins dogmatique que les autres, infectés par le virus de l'étatisme.
    Une fois l'écouté établie, il faut optimiser le système.
    Poursuivre sans pitié les bandits, publics ou privés, pour redonner à l'immense majorité des médecins honnêtes une image propre et dégager les fonds pour payer mieux ceux dont la compétence leur permet de prendre en charge les patients sans hospitalisation, compte tenu des frais hôteliers. Comme aux USA, une hospi de jour avec nuit à l'hôtel est une solution intermédiaire entre la réa et la consultation.
    Il faut reprendre la convergence des tarifs privé-public et la comparabilité des PMSI.
    La valeur de l'acte devrait être modulée en fonction des titres et travaux.
    Une mise au point annuelle permettrait d'ajuster le tir et de limiter les mécontentements, toujours source d'une baisse de productivité.

    Dr Bernard Maroy

  • Une curieuse impression de "deja vu"

    Le 28 mai 2016

    Ne rien changer mais faire croire à des changements. C'est de la politique cosmétique. Personne ne parle de l'équilibre des comptes alors que notre voisin allemand est en excédent depuis maintenant plusieurs années. Personne n'abroge la loi MST. Ces propositions sont d'une insondable banalité. Elles condamnent l'éventuel successeur républicain de Hollande à l'échec. Ne rien changer mais faire croire à des changements. C'est de la politique cosmétique.

    Dr Guy-André Pelouze

  • La vérité ne serait pas raccoleuse

    Le 31 mai 2016

    Seule une véritable libéralisation, pourrait inverser ce que 40 ans de démagogie politique, a généré. Aucun politique actuel n'aura ce courage, de dissocier le montant des remboursements du montant des honoraires et de revoir le positionnement de la SS. Il faudra donc attendre que ce système s'effondre, pour qu'il se reconstruise, car qui peut croire qu'une société peut dépenser plus que ses ressources, éternellement ? Tous les discours lénifiants des candidats, ne pourront effacer la réalité actuelle et future, dans l'économie de la santé. La vérité, encore plus dans ce domaine, ferait fuir les électeurs.

    Dr Christian Trape

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