Les dentistes appelés à fermer leur cabinet pendant une semaine !

Paris, le lundi 12 juin 2017 – L’écart entre les revendications des chirurgiens-dentistes et les offres de l’Assurance maladie était trop important pour espérer aboutir à un accord. Quand les différentes parties se sont mises autour de la table de négociation en septembre dernier, les syndicats évaluaient à 2,7 milliards d’euros les investissements nécessaires pour satisfaire les praticiens libéraux… quand l’Assurance maladie n’a pu que promettre une enveloppe (plusieurs fois réévaluée) de 341 millions d’euros. Conséquence : les discussions sont demeurées stériles et le gouvernement a annoncé la mise en place d’un règlement arbitral. Au menu un plafonnement du tarif des prothèses (implant, bridge et couronne) en contrepartie de revalorisations d’autres actes, dont certains étaient demeurés inchangés depuis plusieurs décennies, mais dont les augmentations sont considérées comme très insuffisantes par les syndicats.

Projet de société en jeu

Après une manifestation ayant réuni entre 6 000 et 10 000 personnes en mars dernier, à l’initiative notamment des étudiants, la mobilisation sur le terrain s’est quelque peu essoufflée, en raison en particulier des élections et de la surdité de Marisol Touraine (qui entre 2012 et début 2017 n’a jamais reçu personnellement les représentants de la profession !).

Cependant, sur le terrain, une véritable armée se mettait en place à travers les cellules départementales de Coordination des dentistes libéraux (CCDeLi) qui en trois mois ont réussi l’exploit de rassembler 13 000 chirurgiens dentistes. Souhaitant poursuivre l’action des étudiants (qui avaient notamment entrepris plusieurs blocages routiers au début du printemps), cette coordination appelle les praticiens à fermer les portes de leur cabinet tout au long de la semaine. L’opération, qui répond au nom de code de "#Dentger»" entend dénoncer les termes du règlement arbitral. « Les chirurgiens dentistes ferment leurs cabinets et se mobilisent pour promouvoir la formation, la prévention et l'information des patients et plus généralement des citoyens sur l'importance d'une médecine garantissant le choix de son praticien et d'un exercice de qualité dans le respect de la déontologie. Par ses réformes et sous la pression des assureurs privés l'état est en train de tuer l'exercice libéral de la médecine au profit d'un système orienté vers la rentabilité  tenu par des organismes financiers. C'est un véritable projet de société qui est en jeu » ajoutent encore les cellules, qui font allusion au poids croissant que pourraient prendre les mutuelles dans le remboursement des soins dentaires. Les chirurgiens-dentistes insistent également sur le fait que le dispositif mis en place par le gouvernement risque de priver les patients de l’accès à l’innovation. « Nous ne réclamons pas de gagner davantage, nous voulons juste pouvoir travailler avec des techniques actuelles mais le système administratif ne nous  le permet pas. Il y a pourtant d’autres thérapies à proposer aux patients plutôt que de recourir systématiquement à la couronne » indique Olivier Orgereau, cofondateur de la première cellule de coordination en Ille-et-Vilaine, cité par 20 minutes.

Agnès Buzyn sur les dents

La participation au mouvement est difficile à déterminer, l’appel n’étant pas initié par un syndicat traditionnel. Cependant, en province plusieurs indices d’une mobilisation importante sont recensés. En Ile et Vilaine, où sont nées les cellules de coordination, jusqu’à huit cabinets sur dix pourraient être fermés. Dans le Calvados, une soixantaine de chirurgiens dentistes ont indiqué qu’ils ne répondraient qu’aux urgences. Même tonalité en Nouvelle Aquitaine où jusqu’à sept cabinets sur dix pourraient demeurer porte close. Dans le Territoire de Belfort, 80 % des dentistes libéraux devraient faire grève demain. D’autres départements font également état d’une mobilisation importante et une grande manifestation est prévue à Rennes ce mardi. Il s’agit du premier conflit professionnel auquel le nouveau ministre de la Santé est confronté. La partie est délicate, car elle doit tout à la fois perpétuer l’image d’une réouverture du dialogue qu’elle est parvenue à imposer au cours de ces dernières semaines... mais en même temps appliquer le programme d’Emmanuel Macron qui a fait de l’amélioration de l’accès aux soins dentaires (probablement grâce à un plafonnement des prix) une de ses priorités.

Aurélie Haroche

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