Les dentistes avaient-ils raison d’avoir une dent contre les centres low cost ?

Paris, le mercredi 2 mars 2016 – En quelques semaines, l’Agence régionale de santé (ARS) de Bourgogne Franche-Comté a imposé la fermeture de deux centres de soins dentaire affiliés à Dentexia, dont la particularité est de proposer des soins à bas prix. En cause, des manquements aux règles élémentaires d’hygiène qui ne permettaient pas d’assurer la sécurité des actes et qui ont été constatés lors d’une inspection diligentée le 25 février.

Un assouplissement réglementaire débouchant sur un fiasco ?

Ces deux fermetures ne représentent que la face visible d’une tempête qui couve depuis plusieurs mois à l’encontre des centres dentaires "low cost". L’implantation de ces derniers a été facilitée par la loi Hôpital patient santé territoire (HPST) de 2009 et cent cinquante auraient vu le jour ces dernières années selon l’Ordre des dentistes. L’instance a très rapidement observé avec inquiétude l’émergence de ces centres qui affichent des tarifs très avantageux, rendus possibles par un regroupement des dentistes et une organisation quasiment industrielle du travail. Mais beaucoup ont considéré que les critiques des représentants officiels des dentistes relevaient surtout d’inquiétudes corporatistes et les praticiens ont été suspectés de redouter que ne leur échappe une partie de leur patientèle. Tant les défauts constatés au sein de plusieurs cabinets Dentexia que les plaintes exprimées par les patients eux-mêmes semblent révéler que ces réticences avaient un fondement un peu différent.

Trompe l’œil

Une plainte commune regroupant 1 000 patients a en effet été déposée contre les centres Dentexia. Les griefs des victimes sont nombreux : défaut manifeste de soins, ou au contraire sur-traitement, et "mutilations" comptent parmi les plus graves. Ces patients évoquent également dans une lettre ouverte récemment adressée à Marisol Touraine d’autres agissements répréhensibles : le paiement à l’avance de l’intégralité de travaux dentaires finalement pas réalisés de manière optimale et exhaustive, des différences entre les tarifs affichés et ceux pratiqués, la collusion avec des sociétés de crédit… La belle vitrine des centres dentaires flambant neuf, utilisant un matériel de pointe et comptant des praticiens accueillant s’est égratignée pour révéler une réalité moins flatteuse : turn over des salariés (dont certains commenceraient eux aussi à témoigner de pratiques dommageables), recrutement de praticiens peu expérimentés, « gestion opaque des cabinets et de la patientèle, course à la rentabilité à tous les niveaux, système de crédits permettant de facturer des actes non effectués, demandes de paiement par avance, plans de traitement parfois inadéquats (…) problèmes de traçabilité et de qualité des matériaux » énumèrent ces patients dans leur lettre ouverte. De leur côté, les représentants des dentistes indiquent que les centres attirent les patients avec des tarifs attractifs sur certains actes (pris en charge par la Sécurité sociale) avant de se montrer moins alléchants concernant d’autres actes (mal remboursés par l’Assurance maladie) considérés comme indispensables.

Diagnostic différentiel

Le dossier est donc désormais dans les mains de Marisol Touraine qui ne manquera cependant pas d’observer une différence assez nette entre les dénonciations des représentants "officiels" des dentistes et des patients. Quand les premiers souhaiteraient une abrogation des dispositions de 2009 permettant le développement des centres dentaires "low cost", les patients (tout au moins ceux qui se plaignent) jugent pour leur part que cette initiative d’un accès aux soins dentaires moins coûteux est à creuser car absolument nécessaire face à la situation actuelle du remboursement des soins. Les syndicats de dentistes cependant partagent en partie leur analyse, en reconnaissant que c’est l’absence de revalorisation des tarifs depuis de très nombreuses années qui favorisant l’augmentation des prix de certains actes non cotés a entraîné le développement d’une dentisterie low cost.

Aurélie Haroche

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