Les internes en psychiatrie dépriment

Paris, le jeudi 5 juillet 2018 - Les études concernant la santé mentale et le bien-être des étudiants en santé se succèdent et, malheureusement, se ressemblent. Si toutes pointent un malaise évident parmi cette population qui s’est engagée dans des études très longues, hyper sélectives et souvent épuisantes, la dernière en date parue dans le numéro d’octobre du Journal of affective disorders isole une vulnérabilité accrue chez les internes en psychiatrie.

L’étude française qui a porté sur 2165 internes dont 302 en psychiatrie peint un tableau plutôt alarmant du rapport que ces derniers entretiennent avec les produits psychoactifs et de leur état psychologique en général. On y apprend qu’ils sont proportionnellement plus nombreux que leurs collègues internes des trois autres spécialités intégrées à l’étude (chirurgie, anesthésie réanimation et médecine générale) à fumer du tabac, boire de l’alcool, consommer des drogues et avoir recours aux antidépresseurs et aux anxiolytiques.

Un quart sous ecstasy

Dans le détail, les futurs psychiatres sondés sont ainsi 12 % à déclarer une addiction au cannabis, soit deux fois plus que dans les autres spécialités. Outre une consommation trop importante d’alcool chez 40 % d’entre eux, les internes en psychiatrie ont une tendance à expérimenter dans des proportions plus importantes que leurs collègues toutes sortes de drogues aux propriétés hallucinogènes (champignons, LSD) ou psychostimulantes comme les amphétamines. Ils sont en outre près d’un quart à avouer consommer occasionnellement, voire régulièrement, de l’ecstasy, contre 17 % chez les autres internes. Au final, un tiers d’entre eux a déjà consulté un psychiatre, soit deux fois plus que leurs futurs confrères.

Ces résultats ont surpris jusqu’aux auteurs eux-mêmes qui s’attendaient à détecter une détresse psychologique plus importante chez les étudiants anesthésistes ou chirurgiens que chez ceux qui se destinent à la psychiatrie. Outre la possibilité, controversée, d’un profil psychologique propre à ceux qui choisissent cette filière et qui les prédisposerait à une plus grande vulnérabilité émotionnelle, le fait que ces étudiants soient beaucoup plus exposés que les autres à des violences physiques et sexuelles pourraient, en partie, expliquer ces phénomènes. Quant à la consommation importante d’anxiolytiques et d’antidépresseurs, les auteurs suggèrent que leur meilleure connaissance des problèmes psychiques les amènerait à s’auto-diagnostiquer de manière plus précise et à ne pas hésiter à consulter pour être pris en charge.

Benoît Thelliez

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Vos réactions (2)

  • Evaluation des dispostions psychiques

    Le 07 juillet 2018

    Après 1968, le Ministre Edgard FAURE avait demandé que les étudiants de médecine voulant se spécialiser en Psychiatrie soient évalués quant à leurs dispositions psychiques à cette profession par les responsables de stage lors de chacun des deux semestres de première année. Ces évaluations conditionnaient leur inscription en deuxième année. Cela évitait autant que faire se peut les orientations néfastes. Et aujourd'hui ?

    Dr Lucien Duclaud

  • Reproductibilité ?

    Le 08 juillet 2018

    Je ne vais pas critiquer Guillaume Fond (l'auteur de l'étude) dont je connais les qualités mais quand on est étonné par un résultat (qui va à l'encontre de toutes les autres études sur le sujet qui avaient plutôt tendance à montrer que les internes en psy - contrairement aux clichés - étaient plus stable que les autres) et bien on approfondi : on refait une étude un peu plus large (302 internes de psy c'est un tout petit nombre quand on sait que c'est la spécialité ou il y en a le plus après la MG). Avant de donner un résultat comme ça et de le diffuser partout, ce qui contribue à stigmatiser de nouveau cette spécialité ("des médecins aussi fou que leurs patients" en gros) on verrifie l'absence de biais et on refait l'étude. Les internes en psy voient eux même plus de psy ? C'est normal ça s'appelle la supervision et c'est ce qui est conseillé durant les études. Ils testent plus de psychotropes ? Possible mais certainement pas 25% sous mdma.

    AB

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