Les pharmacies vont-elles devenir les centres de tri du premier recours ?

Rennes, le lundi 9 mai 2022 - Après une conférence de presse de l’URPS des médecins libéraux de Bretagne, l’expérimentation Osys est sous le feu des projecteurs ces derniers jours. Elle a ainsi été largement relayée dans la presse grand public. Osys, acronyme d’Orientation dans le système de soins a été lancée, en vertu de l’article 51 de la LFSS 2018, courant mars dans 50 pharmacies bretonnes volontaires.

L’idée ? Faire des pharmacies des centres de tri pour les soins de premier recours. En pratique, les patients peuvent se présenter sans rendez-vous et sont reçus dans un espace confidentiel pour 13 « pathologies » du quotidien :  rhinite, douleur pharyngée, douleur lombaire, diarrhée, vulvo-vaginite, céphalée, constipation, douleur mictionnelle, conjonctivite, piqûre de tique, plaie simple, brûlure au 1er degré, dyspepsie fonctionnelle. 

Après avoir bénéficié d'une formation adaptée, les pharmaciens d'officine "expérimentateurs", à l'aide d'arbres décisionnels, peuvent orienter le patient dans trois directions : prise en charge à l'officine et dispensation d'un médicament ne relevant pas de la prescription médicale obligatoire, orientation vers une consultation médicale, orientation vers un service d'urgence.

« On sait qu'un certain nombre de patients, s'ils n'ont pas une consultation médicale assez rapide, vont aux urgences, notamment dans les zones à faible densité médicale ou à forte population saisonnière, comme sur le littoral. Or, les services d'urgence débordent ! L'idée est d'avoir un premier triage par les pharmaciens et de n'envoyer vers les urgences que ceux qui en ont vraiment besoin », résume Cédric Fabre, médecin généraliste en Ille-et-Vilaine et vice-président de l'URPS dans les colonnes du Point.

Un premier bilan qui semble positif

Près de 400 actions de « triage » ont déjà été mises en œuvre. « Les premiers résultats montrent que les trois quarts des situations sont traitées par le conseil officinal. Dans près du quart des cas, la personne est renvoyée vers la consultation médicale, physique ou dématérialisée. L’orientation vers un service d’urgence s’effectue dans 3 à 4 % des situations », précise, dans le Moniteur des pharmacies, Martine Costedoat, directrice générale de Pharma Système Qualité (PHSQ), association qui porte le projet.

Dans le cadre de cette expérimentation qui doit durer deux ans, près de 15 000 cas d’orientation sont attendus, dont la moitié à la fin de 2022.

L’objectif de l’ARS Bretagne est de parvenir à 7 500 prises en charge avant de tirer un bilan de cette expérimentation, qui, si elle est positive pourrait s’étendre à d’autres territoires. Mais une telle généralisation n’irait pas, sans doute, sans une levée de boucliers de certains médecins généralistes qui avanceront les risques, pour les patients, de cette prise en charge à l’officine. 

Emmanuel Haussy

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Vos réactions (2)

  • Cela commence petitement...

    Le 09 mai 2022

    D’après les chiffres publiés, sur les 6 premiers mois, les 50 pharmacies réalisent en moyenne un tri par mois et par officine.

    Maignan (Pharmacien)

  • L'enfer est pavé de bonnes intentions

    Le 10 mai 2022

    Faire des officines des centres de tri de premier recours en santé est assurément une excellente idée. C'est clairement nécessaire compte tenu des problèmes que posent l'accès au soin, la démographie et la géographie sanitaires. C'est d'ailleurs déjà ce qui se passe d'une manière non officielle, donc quasi clandestine et incontrôlée.
    Néanmoins, il ne faut pas mettre la charrue devant les bœufs.

    L'essentiel et l'urgence, c'est de transformer profondément la formation initiale et continue des pharmaciens d'officine, leur mode de rémunération et l'assurance de leur qualité professionnelle. Faute de quoi on risque de transformer une bonne intention en catastrophe.

    Dr Pierre Rimbaud

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