Les rendez-vous présidentiels du JIM : 100 % Sécu et disparition de la médecine libérale au programme de Jean-Luc Mélenchon

Paris, le jeudi 13 avril 2017 –  Le professeur Alfred Spira (pour Benoît Hamon) et Marine Le Pen ont répondu longuement aux questions du JIM concernant leurs aspirations dans le domaine de l’organisation des soins et de la santé publique. Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir le programme de Jean-Luc Mélenchon, dévoilé ici pour nous par Nicolas Brault, membre de l’équipe programmatique de la France Insoumise, enseignant en Santé publique et en éthique médicale dans l'enseignement supérieur privé. C’est une évolution profonde de la médecine de ville que dessine Jean-Luc Mélenchon, dont l’objectif est la disparition progressive du paiement à l’acte. Le leader de la France Insoumise souhaite également une prise en charge à 100 % de tous les soins par l’Assurance maladie, ce qui entraînera la suppression des mutuelles. Enfin, ses propositions concernant la santé publique sont nombreuses et ciblent des domaines multiples. Le JIM mettra bien sûr en ligne avant le premier tour de l’élection présidentielle les « Rendez-vous » que nous avons eus avec les deux autres principaux candidats.

JIM.fr : Que proposez-vous en ce qui concerne le numerus clausus ?

Nicolas Brault : Nous souhaitons le supprimer. Nous voulons créer un système où les étudiants en santé qui le souhaitent seront embauchés par l’état : leur formation est payée et ils doivent ensuite servir l’état, sur le même modèle que les étudiants des grandes écoles, tout en évitant les dévoiements actuels qui voient ces derniers souvent rachetés par des entreprises privées. Etant donné la précarité dans laquelle sont beaucoup d’étudiants en soins de santé, ce qui explique en partie leur mal être, cette solution nous semble s’imposer. Ces étudiants bénéficieront d’une rémunération correcte tout au long de leurs études. Cela devrait par ailleurs éviter les phénomènes humains de sur compensation (dépassements d’honoraires) que l’on constate notamment chez les médecins qui font des études extrêmement longues.

JIM.fr : Quelle mesure doit selon vous être adoptée pour renforcer l’attractivité de l’exercice libéral auprès des jeunes praticiens ?

Nicolas Brault : Notre idée première est de créer des centres de santé locaux et pluriprofessionnels. Aujourd’hui, les jeunes médecins qui arrivent sur le marché du travail aspirent aussi à une bonne qualité de vie. Ils sont exténués par la paperasserie administrative, la nécessité de vérifier les remboursements de la Sécurité sociale et des mutuelles.

Par ailleurs, si on veut bénéficier d’un véritable maillage territorial, il sera nécessaire de créer des centres de santé. Ces centres pourront être gérés par la Sécurité sociale, par les établissements hospitaliers, par les mairies ou par des formes de coopérative. Ce ne sont pas nécessairement les collectivités locales qui les géreront, il existera une certaine liberté dans la forme. Les étudiants pourront venir s’y former.

L’effet inflationniste du paiement à l’acte

Tous les professionnels seront représentés dans ces centres, avec plutôt une option de salariat. Progressivement, nous devrons aboutir à l’extinction du paiement à l’acte, en ville comme à l’hôpital. Il s’agira d’aller vers un système de forfait par patient ou le salariat, quitte à moduler les deux. Le paiement à l’acte est en effet inflationniste et de ce fait néfaste tant pour les patients que pour les professionnels. Notre système pourrait répondre aux aspirations de beaucoup de jeunes médecins qui souhaitent une vie personnelle plus épanouie.

JIM.fr : A terme, les cabinets isolés sont donc amenés à disparaître ?

Nicolas Brault : De fait, ils disparaissent déjà. La médecine libérale est très concentrée dans certains lieux. Soit il y a des situations de déserts médicaux, soit des situations de rente. Il y a un vrai problème d’accès aux soins. Nous ne sommes pas contre la médecine libérale, mais ce n’est pas un système qui nous semble pouvoir fonctionner longtemps ainsi. Ce n’est pas logique de devoir attendre six mois/un an pour avoir rendez-vous chez un ophtalmologiste.

JIM.fr : Préconisez-vous des mesures contraignantes pour harmoniser la répartition des médecins libéraux sur le territoire ?

Nicolas Brault : Dans la mesure où nous souhaitons créer un corps de médecins généralistes fonctionnaires, ceux-ci devront donc s’installer là où on a besoin d’eux : un système de points comme pour les fonctionnaires de l’Education Nationale, pourra être mis en place. Nous savons cependant qu’il existe quelques spécialités, principalement chirurgicales, qui résisteront à ce changement. Ceux qui refuseront de devenir fonctionnaires ou salariés d’un centre de santé, libres à eux. Se posera néanmoins la question de leur conventionnement avec l’assurance-maladie. 

JIM.fr : Vous êtes donc favorables à la suppression d’un secteur à honoraires libres ?

Nicolas Brault : A terme, il doit disparaître, c’est sûr. Logiquement, ne subsistera que le secteur 1 et un secteur sans conventionnement.

JIM.fr : Quelle sera là rémunération des médecins fonctionnaires exerçant dans ces centres ?

Nicolas Brault : Ce n’est pas une question tranchée. Cependant, aujourd’hui, dans les centres de santé où l’on a renoncé au paiement à l’acte, les rémunérations sont autour de 5000/6000 euros par mois. C’est aux professionnels de santé d’évaluer les avantages et les inconvénients. Les rémunérations seront peut-être moindres qu’aujourd’hui, mais les conditions de travail seront meilleures, en termes d’horaires, de tâches administratives. L’équilibre peut être différent. Il y aura une certaine autonomie de ces centres de santé. S’ils veulent avoir des salaires plus haut, ils le pourront. L’objectif est de ne pas nuire à l’accès aux soins. L’idée centrale du programme santé de Jean-Luc Mélenchon est que la santé est notre bien commun.

La médecine libérale est déjà en voie de disparition

Aujourd’hui, les piliers de la médecine libérale ne sont plus respectés depuis longtemps. Les médecins libéraux s’accrochent à ces piliers qui sont souvent de l’ordre du symbolique. Ils savent très bien que cette médecine libérale est en voie de disparition. D’ailleurs, même les plus libéraux des médecins ne veulent pas d’un système totalement libéral, où la concurrence est totale, où les tarifs baissent, où les patients ne sont pas solvables. Dans les pays où les systèmes sont complètement libéralisés, la concurrence est beaucoup plus forte et certains praticiens gagnent très mal leur vie. Les praticiens ne veulent pas d’un système où seul le marché règne.

JIM.fr : Soutenez-vous la suppression des ordres professionnels ?

Nicolas Brault : Ce n’est pas dans notre programme. Mais, nous souhaitons effectivement la disparition de ces systèmes, car ils représentent une justice privée. C’est une vieille survivance corporatiste. Pour des raisons de démocratie et de transparence, il faut s’en séparer. Il faudra réfléchir à ce qui pourra remplacer ces ordres. Ce n’est pas encore tranché, nous n’avons pas encore acté de mesures spécifiques sur ce sujet. 

JIM.fr : Quelle est votre position concernant la carte hospitalière ? Un moratoire sur la fermeture des établissements de proximité devrait-il être décidé ?

Nicolas Brault : Cela doit être réfléchi en fonction de l’articulation avec les centres de santé. Nous sommes très attachés au maintien des hôpitaux publics. Le statut de service public sera réservé aux établissements publics, tandis que les établissements privés à but non lucratif pourront y être associés. Nous voulons un vrai service public de santé qui peut s’appuyer sur les maisons de santé et les hôpitaux. Nous souhaitons supprimer les ARS et créer des instances démocratiques à l’échelle des territoires et des départements pour décider démocratiquement ce qui est le plus utile.

JIM.fr : Quelles mesures défendez-vous pour lutter contre la souffrance  des professionnels de santé ?

Nicolas Brault : Nous souhaitons embaucher 62 500 professionnels de santé à l’hôpital public sur le quinquennat. Cela réduira une importante partie des problèmes. Les professionnels n’en sont plus à demander des augmentations de salaire, mais souhaitent simplement faire correctement leur travail. Ce n’est plus tenable.

La première solution, la plus urgente est donc d’embaucher des gens. Il faut redonner les moyens pour que les professionnels puissent assumer leur mission. Nous supprimerons également la T2A qui prend du temps, qui fait faire des choses absurdes aux professionnels de santé. La T2A ne s'appliquera plus que pour des actes standardisés. Nous voulons en terminer avec la politique du chiffre. Les toilettes qui doivent être faites en sept minutes, c’est révolu. Les toilettes prendront le temps qu’elles doivent prendre. C’est le seul moyen pour redonner de la dignité aux personnels et aux patients.

JIM.fr : Comment est-ce financé ?

Nicolas Brault : Ces embauches font partie d’un plan de base d’investissement. Dans le programme de La France insoumise, il est prévu que l’Etat fasse un plan d’investissement de 100 milliards d’euros pour toute la société, dans lequel sont intégrés ces postes à l'hôpital public. Tout a été budgété comme vous pouvez le constater dans la vidéo que nous avons réalisée sur ces questions de financement.

JIM.fr : Seriez-vous favorable à ce que les directeurs d’hôpitaux soient des médecins ?

Nicolas Brault : A mon avis, les hôpitaux doivent être dirigés par une instance paritaire et démocratique. Le fait que ce soit aujourd’hui la mission de gestionnaires, qui suivent des formations spécifiques, a des avantages mais favorise les dérives managériales. Cela n’est pas du tout adapté à la réalité de l’hôpital public qui n’est pas une entreprise. Est-ce qu’un médecin est forcément plus apte à diriger un hôpital ? Je ne sais pas. Il faut que ce soit plus paritaire, il faut que ce soit plus démocratique. Dans la mesure où l’hôpital remplit une mission de service public, qu’il est le bien commun des usagers, il faut qu’une démocratie soit organisée.

Que ce soit un manager ou un médecin, s'ils sont seuls, il y a des risques de dérive. La difficulté aujourd’hui est que tous les directeurs d’hôpitaux sont nommés par le ministère et ils sont là pour appliquer des ordres. Le problème, ce sont les ordres qui leurs sont donnés qui les obligent à être des managers. C’est mieux d’avoir une instance collégiale, avec les représentants des médecins, des usagers, de l’Etat et des organismes payeurs. Quelque chose qui soit plus cohérent démocratiquement.

JIM.fr : Considérez-vous que l’activité des mutuelles devrait être mieux régulée ?

Nicolas Brault : Notre projet est le 100 % Sécu et donc la disparition des mutuelles. Nous sommes attachés au modèle de la Sécurité sociale tel qu’elle a été créée en 1945 et nous souhaitons finaliser ce projet là. À cet égard, même si l'idée du tiers payant intégral est positive, nous comprenons que pour les médecins, vérifier les remboursements auprès d’une centaine de mutuelles est compliqué. La suppression  des mutuelles permet de mettre fin à ces tracasseries.

Seize milliards d’euros à trouver

Les soins de santé prescrits seront donc remboursés à 100 %. Cela signifie la suppression des franchises, des participations forfaitaires et du ticket modérateur. Tout est gratuit.  Il faut trouver pour cela 16 milliards d'euros.

La disparition des mutuelles entraîne la suppression de leurs frais de gestion, qui coûtent excessivement cher et qui permet de réaliser 6,5 milliards d’économie. La suppression des dépassements d’honoraires permet d’économiser 15 milliards d’euros, et la "récupération" des allégements fiscaux dont bénéficient les mutuelles (au titre des contrats responsables par exemple) 3,5 milliards d’euros. Au total, ce sont donc 25 milliards d’euros que nous récupérerons pour financer le "100% sécu". Les salariés des mutuelles qui le souhaitent seront basculés vers l’Assurance maladie. Les exonérations de cotisations sociales et autres niches fiscales seront par ailleurs supprimées. Nous lutterons aussi contre de nombreuses dépenses inutiles, en particulier sur les médicaments et le prix de certains actes. Bien sûr, nous supprimerons également l’ONDAM. Cela permettra ainsi d’augmenter la rémunération du personnel soignant.

JIM.fr : Quel est votre regard sur la loi sur les mutuelles obligatoires en entreprise (ANI) ?

Nicolas Brault : Toute la filière a été désorganisée par l’ANI. Les inégalités créées sont immenses, en fonction du type d’entreprise, de sa taille, du pouvoir d’influence de chacun. Cela a contribué à l’émergence d’un maquis et d’un système à de multiples vitesses. La visibilité est par ailleurs totalement inexistante. Avec le 100 % Sécu, les problèmes liés aux changements de régime, d’entreprise, ect, n’ont plus lieu d’être. Le système actuel, par son absence de clarté, favorise notamment la fréquentation inappropriée des urgences. Notre programme est à la fois une mesure d’économie et une mesure sociale. C’est comme cela que les gens pourront avoir accès aux soins. Si on associe la gratuité et la proximité, les patients savent qu’ils n’auront pas de difficulté pour se faire soigner. La situation actuelle n’est ni morale ni économiquement viable.

JIM.fr : Quelle mesure proposez-vous pour faire face aux coûts des médicaments innovants ?

Nicolas Brault : Notre objectif est de créer un pôle public du médicament, de recherche et de production, grâce à la participation de l’INSERM et du CNRS. Nous aspirons à une recherche pharmaceutique publique de haut niveau. Cela permet notamment d’éviter les pénuries de vaccin et de médicaments essentiels. Nous nous appuierons sur les pharmacies centrales des hôpitaux et des armées. Grâce à ce pôle, nous bénéficierons d’une recherche et d’une expertise indépendantes. Ce pôle nous conférera un plus grand poids dans la négociation avec les laboratoires. C’est une question de rapport de force. Nous voulons mettre fin à la situation actuelle où l’industrie pharmaceutique décide de la politique du médicament en France. Il ne faut pas que le médicament soit là pour entretenir le taux de profit de l’industrie pharmaceutique. Il faudra en outre réorganiser l’ANSM et la Haute autorité de santé et le CEPS, qui manquent de moyens. Un investissement important est là aussi nécessaire

Une recherche plus dynamique et plus productive pour un nouveau rapport de force

Pour nous, par définition tous les médicaments doivent être innovants. Et ce n’est pas parce qu’un médicament est innovant que cela légitime les montants exorbitants parfois demandés. Si on a un pôle public de recherche sur le médicament qui soit productif et efficace et non pas à la traine comme aujourd’hui, on dispose d’un rapport de force plus important. On a une excellente tradition de recherche publique en France, mais elle reste trop fondamentale. Dans la recherche publique, les chercheurs font un travail exceptionnel avec peu de moyens, mais l’étape de la commercialisation est toujours bloquée. C’est absurde, cela doit changer.

JIM.fr : Quelle position défendez-vous face à la prise en charge de soins dont l’efficacité thérapeutique est remise en question (homéopathie, cures thermales, médecine parallèle, médicaments de confort) ?

Nicolas Brault : Il faut que cette efficacité soit évaluée de manière indépendante. Nous sommes quasiment le seul pays au monde à rembourser l’homéopathie. Le fait de bénéficier d’une recherche et d’une expertise indépendantes doit permettre de statuer sur l’efficacité de certains produits.

JIM.fr : Soutenez-vous une augmentation significative (au moins 10 % en une seule fois) du prix du tabac ?

Nicolas Brault : Il faut lutter contre le tabac et l’alcool qui sont les deux plus grands pourvoyeurs de morts,  notamment grâce à une augmentation significative du prix du tabac. Les politiques de prévention qui sont les plus efficaces résultent de l’association d’une action sur les prix et de mesures complémentaires. Face à l’alcool et au tabac, il existe une vraie urgence. Il y a des problèmes d’inégalités en santé. Ceux qui fument le plus sont souvent les plus précaires. Taxer le tabac est indispensable mais fait toujours subir les plus pauvres. Il y a donc un vrai travail de prévention et d’éducation à faire. 

JIM.fr : Souhaitez-vous une réforme du dépistage systématique organisé du cancer du sein ?

Nicolas Brault : Une telle réforme nécessite une évaluation scientifique et une discussion démocratique.

JIM.fr : Etes-vous favorable, comme l’a suggéré la concertation sur la vaccination, à un  élargissement des obligations vaccinales afin d’améliorer la couverture des Français et de restaurer leur confiance ?

Nicolas Brault : Notre objectif est de retirer le monopole des vaccins aux laboratoires privés. Cela permet de restreindre les pénuries et les doutes de la population sur la dangerosité des vaccins et sur les suspicions d’intérêts financiers. Si la recherche est publique, les questions sur les conflits d’intérêt disparaissent. Sur l’élargissement des obligations, il faut évaluer et décider de façon démocratique. S’il y a des maladies dont on constate que la prévalence augmente, l’obligation se justifie. Si c’est nécessaire, il est légitime d’imposer. Avec le pôle public du médicament, le débat pourra être plus serein sur la vaccination. L’élargissement de l’obligation vaccinale entraînera des polémiques sans fin, si la vaccination est uniquement gérée par l’industrie privée.

JIM.fr : Etes-vous certain que cela suffira à faire disparaître tous les doutes ?

Nicolas Brault : Effectivement, la peur des vaccins a toujours existé et ne pourra jamais être totalement annihilée. Les caricatures publiées à l’époque victorienne, lors des campagnes de vaccination contre la variole, montrent que ces inquiétudes sont ancestrales. C’est de l’ordre du fantasme. Il y aura donc en effet toujours des passionnés, en dépit du recul dont on dispose et des preuves nombreuses sur l’efficacité des vaccins. L’obligation vaccinale, si elle est décidée et justifiée doit être respectée, cela fait partie des conditions de la vie en société.

JIM.fr : Outre la lutte contre le tabac et la vaccination, quel enjeu de santé publique retient le plus votre attention ?

Nicolas Brault : Ils sont nombreux. Nous souhaitons par exemple renforcer la PMI, la médecine scolaire et toute la médecine du travail. Il faut embaucher et revaloriser. Ce sont des corps médicaux qui sont en train de mourir.

Handicap, psychiatrie, alimentation : des chantiers majeurs

Nous avons par ailleurs publié un livret dédié à la santé et un autre consacré à la problématique du handicap. Jean-Luc Mélenchon est très attentif à ces questions. Dix milliards seront consacrés à l’accessibilité, des logements et des transports notamment. Nos meetings sont systématiquement sous-titrés et traduits en langue des signes. Il y a également un travail d’audio description. Une véritable réflexion a été menée sur l’accessibilité du discours politique. Nous sommes très en retard sur l’inclusion scolaire des personnes handicapées. Nous avons un vrai programme sur ces sujets. Nous souhaitons par exemple décloisonner l’éducatif et le médico-social, donner un vrai diplôme aux assistantes de vie scolaire (AVS). Nous estimons également indispensable un cadre juridique sur les maltraitances, non seulement des personnes handicapées, mais aussi des personnes âgées. A cause notamment de la pénurie de personnels, on dérive vers une maltraitance quasiment institutionnalisée dans les maisons de retraite ou les centres d’accueil pour les personnes handicapées. L’austérité ou la course à la rentabilité aboutissent partout à des conséquences similaires. La recherche des profits favorise nécessairement la maltraitance, car elle contraint à une augmentation des cadences empêchant une prise en charge attentive des personnes. Cela nécessite de l’investissement, un investissement qui nous concerne tous. Cela doit être en tête des préoccupations Nous proposons encore une AAH au-dessus du seuil de pauvreté. L’objectif est que personne ne soit en dessous du seuil de pauvreté. Il y a une vraie attente dans ce domaine.

Il nous semble également important de nous intéresser au sort de la psychiatrie alors qu’aujourd’hui on supprime des moyens et des lits dans ce secteur. Il apparaît nécessaire de limiter la médicalisation à outrance et de remettre un peu d’humanité. D’une manière générale, nous constatons que les personnes âgées, les personnes malades, notamment celles atteintes de troubles mentaux, sont en France assignées à résidence, ce qui doit considérablement évoluer. Il y a un rapport particulier à la maladie en France.

Nous sommes également très soucieux de santé environnementale et de l’amélioration de la qualité de l’alimentation. Il faut réévaluer toutes les substances chimiques présentes dans l’alimentation (tels les pesticides), ainsi que les OGM. Nous voulons par ailleurs favoriser les circuits courts et l’alimentation bio. Il faut agir sur l’environnement, l’alimentation et les inégalités sociales pour améliorer la santé de tous. Le fait d’agir sur les inégalités sociales permet notamment d’agir sur les maladies liées à la mauvaise alimentation, à l’alcool et au tabac. En agissant ensuite sur l’environnement, on parvient à une amélioration de la santé des gens. Nous sommes également favorables à une information obligatoire sur la qualité nutritionnelle des aliments. Nous souhaitons enfin imposer un seuil maximum obligatoire de concentration en sel, graisse et sucre dans la restauration collective.

JIM.fr : Et dans les produits industriels ?

Nicolas Brault : Nous commencerons d’abord par la restauration collective, qui reposera sur des circuits courts. Toute une refonte de la restauration collective est nécessaire. Notre objectif est en outre qu’à toute proposition de loi soit adossée une étude d’impact en matière sanitaire, afin d’éviter les alertes a posteriori.

JIM.fr : Quelle est votre position vis-à-vis de l’accompagnement des personnes en fin de vie ? Considérez-vous qu’une place plus importante devrait être accordée à la volonté des familles dans le cas des sujets incapables de s’exprimer ?

Nicolas Brault : Nous sommes pour le droit de mourir dans la dignité, le droit de décider de sa propre fin, y compris de solliciter une aide à mourir et que cela soit inscrit dans la constitution. Nous voulons en faire une liberté fondamentale. La personne doit avoir l’autonomie de choisir. Que ce soit la sédation profonde ou l’arrêt des traitements, on laisse les gens mourir de faim et de soif, ce qui n’est pas acceptable. Chacun doit avoir le droit de mourir dans la dignité. Il faudra sûrement renforcer les directives anticipées. Il faut une procédure simple qui permette de respecter la réglementation. Il faut quelque chose de clair. Concernant les enfants, la question de la responsabilité des parents est pour sa part extrêmement complexe et trouve difficilement une bonne solution.

JIM.fr : Etes-vous favorable à l’accès des couples de femmes à la procréation médicalement assistée ? Et si oui, souhaitez-vous la prise en charge par la Sécurité sociale des actes dans ce cadre ?

Nicolas Brault : Oui, nous sommes favorables à la procréation médicalement assistée pour les couples de femmes et à la prise en charge de ces actes par la Sécurité sociale. L’un ne nous semble pas aller sans l’autre, sauf à réintroduire de l’inégalité sociale. Ce sera gratuit.

JIM.fr : Etes-vous favorable à l’autorisation de la Gestation pour autrui ? Et si oui dans quelles conditions (rémunération, type de couples, ect) ?

Nicolas Brault : Jean-Luc Mélenchon s’est exprimé sur ce sujet en ironisant sur le fait qu’il y sera favorable quand une milliardaire proposera de porter le bébé d’une femme ouvrière. On sait très bien que ce sont les femmes les plus pauvres qui vont servir de réservoir biologique. 

JIM.fr : On peut imaginer quelques cas de GPA altruiste, par exemple au sein d’une même famille, une femme proposant de porter l’enfant de sa sœur ?

Nicolas Brault : La difficulté est de neutraliser le rapport marchand. On peut en effet imaginer un système où cette relation marchande n’existe pas. Mais cela pose d’autres problèmes. Dans l’immédiat, nous sommes donc hostiles à la GPA.

JIM.fr : Etes-vous favorable à la possibilité de réaliser un dépistage des anomalies chromosomiques des embryons avant implantation dans le cadre d’une FIV ?

Nicolas Brault : Sur le principe, nous y sommes plutôt favorables. Mais un encadrement strict est nécessaire. La différence avec le dépistage prénatal réalisé chez toutes les femmes paraît infime.

JIM.fr : Souhaitez-vous la suppression de la clause de conscience qui permet aux professionnels de santé sous certaines conditions de refuser de pratiquer une IVG ?

Nicolas Brault : Soit ce sont des fonctionnaires et il n’y a pas de clause de conscience. Soit ce sont des professionnels libéraux, donc privés et ils gardent toute liberté de refuser certains actes. Cela vaut aussi pour les établissements hospitaliers.

JIM.fr : Aujourd’hui, cependant, les praticiens hospitaliers peuvent invoquer leur clause de conscience ?

Nicolas Brault : Cela ne nous paraît pas normal. Ils ont le droit d’avoir des opinions. Mais l’IVG doit faire partie de leur mission et ils ne peuvent s’y dérober. Personne ne fait une IVG de gaîté de cœur, que ce soit les patientes ou les professionnels, mais cela fait partie de la mission de ces professionnels.

JIM.fr : Les mesures prises pour accroître la transparence quant aux liens d’intérêts entre les professionnels de santé et l’industrie pharmacie vous semblent-elles suffisantes ?

Nicolas Brault : Nous proposons d’interdire les visites de délégués médicaux en ville et à l’hôpital. Il faut par ailleurs des experts réellement indépendants, même si cela est évidemment complexe, notamment en termes de formation. C’est pourquoi nous créerons un dispositif de formation continue de qualité sur les produits de santé, obligatoire pour l’ensemble des professionnels de santé.


Propos recueillis par Aurélie Haroche

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Vos réactions (18)

  • Mélanchonneries

    Le 13 avril 2017

    En cas de victoire de Mélenchon, chirurgien en secteur 2, j'arrête immédiatement de travailler. Je fais autre chose, mais sûrement pas la chirurgie au prix où elle est depuis tant d'années, avec un statut de fonctionnaire asservi au nouveau pouvoir stalinien !
    P. Herbière

  • Le bien être des médecins plus que leur rémunération

    Le 13 avril 2017

    D'accord sur quasiment tout ce qui est dit. Tout cela tient du bon sens et si son financement pose un problème; demandons-nous si la santé est un préalable à tout le reste ou non ?
    La qualité de la médecine ne tient pas tant à la rémunération des médecins mais à leur bien être dans la fonction. Il manque ici un engagement sur la formation continue, la valorisation et l'évaluation des professionnels de santé.
    C. Marty

  • Une catastrophe pour la France

    Le 13 avril 2017

    Résumons, un peu de Cuba (sans le soleil mais avec beaucoup de pauvreté), un peu de Venezuela (ancien pays le plus riche d'Amérique latine devenu le plus dangereux et l'un des plus misérables sous Chavez), et un peu du système de santé britannique qui se noie dans les listes d'attente des malades ! Bref, une catastrophe pour la France.
    E. Sayag

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