Les rendez-vous présidentiels du JIM : Emmanuel Macron veut préparer la « révolution de la prévention »

Paris, le mardi 18 avril 2017 – Depuis le 30 mars, nous vous avons présenté les éclairages des principaux candidats à l’élection présidentielle sur leurs orientations concernant l’organisation des soins et la santé publique. Débutés avec le professeur Alfred Spira, conseiller santé de Benoît Hamon, ces rendez-vous présidentiels s’achèvent par l’entretien que nous a accordé le professeur Jérôme Salomon (maladies infectieuses et tropicales, AP-HP), en charge du programme santé d’Emmanuel Macron. Les positions de ce dernier en matière de santé sont sans doute les moins bien connues de l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle. Les éclairages du professeur Salomon permettent de mettre l’accent sur l’ambition première du leader d’En marche ! : placer la prévention au cœur du système de soins et créer des échanges et dialogues plus fluides entre les secteurs.

Cependant, tous les "arbitrages" ne semblent pas encore avoir été pris et, sur certains thèmes, l’équipe d’En Marche se caractérise par un diagnostic fin et précis, et en même temps, par l'absence de choix thérapeutiques parfaitement clairs.

A découvrir en espérant que ces Rendez-vous vous auront aidé à affiner votre décision, ce dimanche 22 avril.

JIM.fr : Que proposez-vous en ce qui concerne le numerus clausus ?

Professeur Jérôme Salomon : Avant de répondre à ces questions, je voudrais revenir sur la façon dont notre programme a été élaboré. On s’est basé sur les questionnaires de la Grande Marche, qui étaient très riches dans le domaine de la santé. Il apparaît que les Français se trouvent en bonne santé mais sont inquiets quant à l’évolution du système. On a, sur la base de ces différentes contributions, travaillé avec un groupe diversifié et riche composé de médecins généralistes, infirmiers, kinés, représentants des ARS, hospitaliers, jeunes comme PUPH. Nous avons par ailleurs beaucoup discuté avec les syndicats, les représentants des jeunes, les hôpitaux, ect. Ça a été très participatif et très collectif. Puis, le programme a été présenté sur le terrain et nous avons pu prendre en compte les observations. Nous avons continué à enrichir le projet. On est maintenant dans la phase de diffusion d’un programme, original et probablement plus radical qu’il n’y paraît.

Le numerus clausus n’est pas une bonne réponse et le numerus clausus régional ne marche pas non plus

Si on arrive vraiment à réussir le virage de la prévention, nous aurons en effet changé complètement le système de santé français, avec l’ouverture à d’autres rémunérations, l’ouverture à la société pour les actions de prévention, la fin de la T2A à l’hôpital et un décloisonnement constant. Il y a des verrous partout, il y a une absence de vision aujourd’hui dans le système de santé que tout le monde déplore. Si de nouveau les choses sont fluides, si les patients sont au cœur du système et des parcours, si l’on poursuit un objectif de simplification, de facilitation, d’information du public et d’association des patients aux décisions, notamment locales, nous aurons obtenu une évolution majeure. Mais toute réforme ne se fera qu’avec les professionnels, donc leur adhésion est essentielle. Nous sommes opposés à un système qui dicte depuis l’Avenue de Ségur. Nous sommes pour la participation de tous les acteurs à cette révolution.

Concernant le numerus clausus, nous sommes très conscients que ce n’est pas un bon outil et qu’il n’est pas adapté, parce qu’il y a dix ans de décalage entre la modification du numerus et la réponse. On est frappé par plusieurs choses. D’une part, beaucoup d’étudiants inscrits dans une faculté la quittent au moment de l’ECN, empêchant le numerus clausus d’être adapté aux besoins régionaux et de la population. D’autre part, beaucoup d’étudiants ne pratiquent pas. En outre, aujourd’hui, le flux entrant est constitué de près de 30 % d’étrangers, donc il y a un vrai sujet quant à la réponse des étudiants français aux besoins de la population.

Nous n’arrivons ni à faire face aux déserts médicaux, ni à la pénurie de PH. Il y a en effet beaucoup de postes de PH vacants. Nous sommes donc pour une régulation fine. Le numerus clausus n’est pas une bonne réponse et le numerus clausus régional ne marche pas non plus. Nous n’avons pas connecté la formation des étudiants en médecine des deuxième et troisième cycles aux besoins régionaux. En fait, les doyens ne savent pas quels sont les besoins régionaux, or ils sont très demandeurs et les médecins libéraux aussi. Il n’y a pas de pont entre la médecine libérale et la faculté alors que les médecins libéraux seraient prêts à accueillir des externes et des internes directement en stage en ville, en particulier dans les déserts médicaux. Ils y sont très favorables. Il faut donc une adéquation beaucoup plus fine aux besoins régionaux. Nous souhaitons également instaurer beaucoup plus de transparence vis-à-vis des étudiants en ce qui concerne les besoins de la région qu’ils ne connaissent pas du tout. Nous sommes pour instaurer un dialogue régional entre tous les acteurs que sont la médecine de ville, la médecine hospitalière et la capacité de formation des universités. Avec une telle configuration, le délai est beaucoup plus court. Il n’y a pas une seule réponse. On ne peut pas se prononcer pour ou contre le numerus clausus ou son augmentation. Il faut une adaptation fine aux besoins et un dialogue permanent entre ceux qui forment et ceux qui ont besoin, aussi bien à l’hôpital qu’en ville.

JIM.fr : Les syndicats de médecins libéraux considèrent que le tiers payant augmente considérablement les charges administratives des praticiens. Il s’agit donc d’une préoccupation importante pour eux. Pouvez-vous clarifier votre position concernant la généralisation de ce dispositif ?

Professeur Jérôme Salomon : Nous sommes favorable au tiers payant, un tiers payant généralisable, sans obligation, un tiers payant simple fiable évalué, mais pas une usine à gaz qui gène tout le monde. Aujourd’hui, cela s’étend progressivement et on veut savoir ce qui se passe, où sont les problèmes.

Pour un tiers payant généralisable, sans obligation

Comment aider les médecins à ne pas perdre leur temps avec ce dispositif, auquel cependant la population est très favorable et qui va dans le sens d’un meilleur accès aux soins. La logique nous paraît favorable, mais nous voulons rester très pragmatiques et très attentif aux difficultés rencontrées sur le terrain. Nous voulons que ce soit fluide.

JIM.fr : Quelle mesure doit selon vous être adoptée pour renforcer l’attractivité de l’exercice libéral auprès des jeunes praticiens ?

Professeur Jérôme Salomon : Il faut qu’ils connaissent mieux l’exercice libéral, qu’ils connaissent mal aujourd’hui, et ce dès le deuxième cycle. On voit bien qu’il y a un changement profond des jeunes générations : ils aspirent à une pratique très différente de leurs aînés. Il faut une ouverture sur les modes de rémunération différents, sur les capacités de travailler à plusieurs (notamment au sein de maisons pluridisciplinaires). Il pourrait ne plus y avoir exclusivement du paiement à l’acte, mais aussi de la contractualisation, du salariat partiel, du travail à l’hôpital ou en ville partiel, de la forfaitisation. Tous ces modèles, cette diversification des modes de rémunération intéressent les médecins. Il faut laisser de la liberté, de l’autonomie aux acteurs pour que ce soit plus intéressant de travailler en ville et que les étudiants ne s’imaginent pas qu’ils vont être seuls dans leur cabinet à gérer toute la paperasse, le tiers payant, la CNAV, les mutuelles. On est en train de changer complètement le mode d’exercice ce dont les étudiants ne sont pas forcément conscients.

L’Etat ne décidera pas pour les territoires

Nous voulons par ailleurs financer 2 000 maisons de santé supplémentaires et accorder 5 milliards à l’innovation organisationnelle et technologique, notamment pour les soins primaires. Nous voulons donner la liberté aux acteurs de s’organiser autrement, ça c’est très nouveau. Ce n’est pas l’état qui va décider, ce sont vraiment les territoires qui seront capables d’octroyer de la liberté aux acteurs. Un nouveau pas très fort de déconcentration et de décentralisation. Ceux qui connaissent le mieux l’organisation locale ce sont ceux qui la vivent tous les jours. Ce n’est pas à l’Etat de décider comment doit s’organiser les parcours sur tous les territoires.

JIM.fr : Etes-vous favorable au maintien en l’état, à l’élargissement ou au contraire à la suppression d’un secteur à honoraires libres ?

Professeur Jérôme Salomon : Nous n’avons pas de position dogmatique là-dessus. C’est l’objet de la convention entre les médecins et les caisses. Il n’y aura cependant pas de contraintes, pas de conventionnement sélectif de médecins.

JIM.fr : Quelle est votre position concernant la carte hospitalière ? Un moratoire sur la fermeture des établissements de proximité devrait-il être décidé ?

Professeur Jérôme Salomon : Nous ne sommes pas favorables à un moratoire, et même nous souhaitons une accélération de la transformation des petits hôpitaux. Emmanuel Macron a bien insisté sur la nécessité de continuer à réformer l’hôpital pour le sauver. On voit bien que quand on réforme dans le bon sens à l’hôpital, qu’on modifie son activité, qu’on adapte l’hôpital à son environnement, les populations sont mieux prises en charge. Il y a plus d’homogénéité sur les territoires et c’est moins cher. Un hôpital déficitaire qui n’a pas d’activité, qui a un bloc qui ne tourne pas doit pouvoir évoluer, se transformer plus rapidement, pour offrir une plus grande cohérence territoriale et répondre aux besoins des patients. Sur le terrain, on souhaite en finir avec les demi-mesures, on souhaite aller vers une transformation rapide, une adaptation des plateaux techniques et une collaboration plus forte entre public/privé, une réponse sur les urgences, une réponse sur la chirurgie. En sachant en plus que les transformations technologiques actuelles font que l’on a beaucoup moins besoin de lits de survie par exemple.

JIM.fr : Quelles mesures défendez-vous pour lutter contre la souffrance  des professionnels de santé ?

Professeur Jérôme Salomon : Nous sommes frappés par la souffrance de ces professionnels, que l’on constate aussi bien en ville qu’à l’hôpital, qui est liée à la perte de sens. Pas tellement à la charge. Travailler beaucoup ça ne dérange pas les soignants, mais travailler pour rien, sans qu’ils comprennent où on va, ça c’est terrible.

Le Professeur Jérôme Salomon

En finir avec la logique perverse de la tarification à l’activité

Nous souhaitons également en finir avec la logique assez perverse de la tarification à l’activité, qui a été très critiquée par Emmanuel Macron. Il constate que ce n’est pas logique de demander à un médecin de faire chaque année plus d’actes et plus de séjours. En pratique cela veut dire que la population n’est pas bien gérée. Nous sommes presque dans une logique perverse où l’on considère que si les gens peuvent revenir à l’hôpital, c’est tant mieux. Ce n’est pas logique. C’est inflationniste et ce n’est pas bon pour la santé. Il faut donc redonner du sens, redonner de la vision et créer un vrai système de santé et pas seulement un système de soins dont on est arrivé au bout de la logique. On ne peut pas ne faire que du curatif, il faut faire du préventif. Il faut valoriser les actes de prévention pour tous les professionnels de santé qui sont très demandeurs notamment les infirmiers. Si on coordonne mieux, si on fait tomber les cloisons, si on déverrouille le système et qu’on a enfin un système cohérent, fluide avec des gens qui se parlent au sein des territoires on va avoir beaucoup moins de souffrance au travail.

JIM.fr : Maintiendrez-vous la réforme du contrat responsable en dépit de l’augmentation des restes à charge qu’elle semble entraîner ?

Professeur Jérôme Salomon : Pour l’instant, nous souhaitons surtout l’évaluer. On n’a pas l’intention de l’interrompre. Emmanuel Macron souhaiterait cependant le recours à des contrats types. Aujourd’hui les offres des mutuelles sont très difficiles à comprendre pour le public. Il faut que les assureurs se mettent autour d’une table pour trouver des solutions pour les patients, pour que le reste à charge soit nul, notamment dans le cadre de la mesure phare d’Emmanuel Macron d’une prise en charge à 100 % des lunettes, des prothèses auditives et des soins dentaires lourds. Il y a donc à mettre en place une logique de concurrence, de transparence, de meilleure régulation de l’activité des mutuelles. Aujourd’hui, cela reste très opaque pour les patients.

JIM.fr : Quelle position défendez-vous face à la prise en charge de soins dont l’efficacité thérapeutique est remise en question (homéopathie, cures thermales, médecine parallèle, médicaments de confort) ?

Professeur Jérôme Salomon : Tout n’est pas forcément comparable dans les soins que vous citez. Ceci étant dit, nous sommes favorables à l’évaluation scientifique. Il n’y a pas de raison de dérembourser un médicament utile. Par contre s’il est inutile, il faut le dérembourser. Pour tout ce qui est ce que l’on appelle rapidement les médecines parallèles, de nombreuses publications montrent que cela peut avoir un intérêt, chez certains patients, par exemple en oncologie.

Médecines parallèles : pour une évaluation scientifique

A partir du moment où les soins sont démontrés comme ayant un impact positif, il n’y a pas de raison de balayer d’un revers de main l’approche globale du patient. Prendre en compte cette approche globale fait d’ailleurs partie de la tendance actuelle : on parle par exemple beaucoup du rôle de l’activité physique, très importante dans le cancer. La médecine parallèle renvoie à des thérapeutiques multiples dont certaines peuvent être efficaces, comme l’hypnose, l’acupuncture. Cela dépend beaucoup des domaines, des cibles, des indications. Donc, il faut une évaluation scientifique rigoureuse et transparente, sans lien d’intérêts et a priori.

JIM.fr : Quelle mesure proposez-vous pour faire face aux coûts des médicaments innovants ?

Professeur Jérôme Salomon : C’est un sujet majeur. Emmanuel Macron plaide pour une politique européenne du médicament. La France doit retrouver un rôle de leader dans ce domaine. La négociation sur ce qui va arriver dans les deux ou trois prochaines années sur le marché doit commencer très précocement.

Médicaments innovants: pour une concertation européenne

Ces innovations vont avoir un coût. Les réflexions sur les prix et les volumes doivent se faire le plus en amont possible et le plus en concertation possible avec l’Europe. Il faut qu’on ait une capacité d’anticipation et de négociation au plus haut niveau possible. Le niveau européen offre les marges de manœuvre les plus fortes. Si l’Europe elle-même négocie avec une big pharma, elle est beaucoup plus puissante que chaque pays séparément qui vont avoir des contraintes nationales particulières.

JIM.fr : Soutenez-vous une augmentation significative (au moins 10 % en une seule fois) du prix du tabac ?

Professeur Jérôme Salomon : Nous sommes favorables à une campagne extrêmement active mais plutôt positive. Emmanuel Macron s’est positionné en faveur d’une hausse significative des prix. Le prix c’est un levier majeur. Mais c’est loin d’être la seule mesure. Emmanuel Macron a fait de la lutte anti tabac et anti alccol une priorité. Et pour lui ce n’est pas seulement une question de prix, c’est une question de politique globale de santé publique, de prévention, en particulier chez les jeunes et donc plutôt que des mesures coercitives d’interdiction qui ont montré leurs limites, on préfère ajouter des mesures incitatives en faveur de l’abstinence. Il s’agit de s’inspirer des pistes ludiques mises en place en Australie ou dans les pays du nord. On peut par exemple récompenser tel lycée, parce qu’il est le lycée qui compte le moins de fumeurs dans la région. C’est beaucoup plus motivant pour les jeunes,  qui nous ont souvent proposés ce genre de choses.

Une lutte plus positive contre le tabac est à inventer

Bien sûr, nous n’allons pas remettre en cause les interdictions. Mais si on peut trouver une motivation chez les jeunes à ne pas fumer c’est important. On constate l’effondrement du tabac chez les jeunes en Australie, la Finlande se dit pour la première fois qu’en 2040 il n’y aura peut-être plus de fumeurs, et ce sont vers ces exemples de mobilisation sociétale que nous voulons tendre, plutôt que de se concentrer exclusivement sur les interdits, sur les prix qui sont des leviers nécessaires mais pas suffisants. Nous souhaitons donc une approche globale des grands fléaux, en sachant que nous avons en France une mortalité évitable qui est considérable et qu’on ne peut pas l’accepter. Cela fait partie des paradoxes du système français : nous avons un système curatif très performant, mais un système préventif extrêmement mauvais. On est au 50ème rang mondial. On a beaucoup trop de morts jeunes par le tabac, l’alcool, le suicide. Nous ne sommes pas bons face aux maladies qui peuvent bénéficier d’action de prévention.

JIM.fr : Etes-vous favorable, comme l’a suggéré la concertation sur la vaccination, à un  élargissement des obligations vaccinales afin d’améliorer la couverture des Français et de restaurer leur confiance ?

Professeur Jérôme Salomon : C’est un sujet très complexe qui nécessite de nombreux développements. Emmanuel Macron est conscient de plusieurs enjeux. D’abord les enjeux mondiaux et les obligations internationales de la France. Nous sommes par ailleurs frappés par l’hétérogénéité européenne. Or, Emmanuel Macron plaide souvent pour une politique européenne concertée. Nous sommes en outre frappés par la faiblesse de la couverture vaccinale en France (notamment face à la grippe), par le niveau de défiance qui est très élevé et par le fait que nous sommes le seul pays au monde à avoir autant de polémiques. La concertation du professeur Fisher était très intéressante en termes d’échange.

Emmanuel Macron n’a pas encore pris de position définitive sur l’obligation vaccinale

Nous prônons la révolution de la prévention, ce qui suppose un signal très fort sur la politique vaccinale. Cette politique vaccinale ne peut cependant reposer que sur l’absence de lien avec l’industrie pharmaceutique, sur des arguments scientifiques et de santé publique, et sur une politique qui reste stable dans le temps. La mobilité du calendrier vaccinale est en effet très perturbante pour les populations. Aujourd’hui, il faut qu’Emmanuel Macron précise sa position entre levée de l’obligation (ce qui comporte des risques en matière de couverture vaccinale) ou extension de l’obligation.

Notre réflexion veut tenir compte du fait que tous les vaccins sont différents en termes d’efficacité, de cible, etc. Il faut également une totale indépendance des experts, ce à quoi nous sommes très attentifs. Il est en outre nécessaire d’être beaucoup plus transparent avec la population qui aujourd’hui est perdue, sur la sécurité, sur la pédagogie du risque avec la différence bénéfice/risque collectif et bénéfice/risque individuel, sur le fait que quand on a un vaccin obligatoire il est pris en charge en terme d’imputabilité, alors que ce n’est pas le cas quand il n’est pas obligatoire. Il faut une pédagogie plus importante également sur l’aléa thérapeutique. Il existe en outre un enjeu concernant la disponibilité des vaccins, nous sommes en effet frappés par de nombreuses ruptures de stocks. Et sur le prix des vaccins. Tout cela doit donc être pris en charge. Il faut aussi une réflexion sociologique pour comprendre pourquoi il y a autant de réticences psychologiques en France.

Nous sommes donc en faveur d’une logique de prévention et d’une politique vaccinale très courageuse qui repose sur l’éducation, la prévention, la transparence et un grand débat national qui doit être poursuivi dans le temps sur la pédagogie du risque, sur les incertitudes scientifiques. Il ne faut pas que les gens aient l’impression que ça se décide dans un coin. Nous sommes très favorables à la liberté des acteurs de se positionner. Nous sommes tout à fait conscients que les gens sont capables de comprendre, qu’on peut leur dire ce qu’on sait et ce que n’on se sait pas, qu’on doit les associer à la réflexion pour éviter tous les débats qu’on a connus.

JIM.fr : Outre la lutte contre le tabac et le renforcement de la vaccination, quel enjeu de santé publique retient le plus votre attention ?

Professeur Jérôme Salomon : Il faut réussir à relever les quatre défis de la santé en France : le défi épidémiologique qui est majeur (avec le poids du vieillissement et des maladies chroniques), le défi technologique qui est extraordinaire (que ce soit en génétique, en immuno, le développement de la médecine personnalisée mais également l’open data, les traitements innovants), parallèlement un très gros enjeu démocratique (comment on accède à l’information) et le défi économique. Par ailleurs, si on veut une approche globale, il faut une approche beaucoup plus fluide sur tous les aspects. Tout cela doit se faire dans un contexte budgétaire contraint.

Eviter que les gens tombent malade !

Il va falloir accomplir la révolution de la prévention, s’assurer que l’on a un accès aux soins primaires renforcé et lutter contre les déserts médicaux. Réussir globalement la transformation du système de soins en un système de santé. Il y a un vrai défi pour la France. Les soins sont très coûteux. Il faut éviter que les gens tombent malade, on aura alors gagné à la fois sur le court et le long terme. C’est un certain courage politique.

La lutte contre la pollution est également très importante pour Emmanuel Macron. Il propose enfin de nombreuses mesures pour favoriser l’autonomie et améliorer l’intégration des personnes handicapées.

JIM.fr : Quelle est votre position vis-à-vis de l’accompagnement des personnes en fin de vie ? Considérez-vous qu’une place plus importante devrait être accordée à la volonté des familles dans le cas des sujets incapables de s’exprimer ?

Professeur Jérôme Salomon : Comme la loi vient de changer, nous n’avons pas de modifications à proposer aux dernières innovations législatives. C’est un domaine extrêmement sensible.

Fin de vie : donner du temps au temps

On souhaite donc que les gens aient le temps de se poser, que les professionnels aient le temps de faire remonter des données sur les évolutions législatives récentes. Nous sommes dans une phase d’évaluation. Il faut éviter l’accumulation législative qui est presque néfaste. Un sujet aussi important mérite du temps.

JIM.fr : Etes-vous favorable à l’accès des couples de femmes à la procréation médicalement assistée ?

Professeur Jérôme Salomon : Comme l’indique le programme d’En Marche !, Emmanuel Macron est favorable à l’accès des couples de femmes et des femmes seules à la PMA.

Etes-vous favorable à l’autorisation de la Gestation pour autrui ? Et si oui dans quelles conditions (rémunération, type de couples, ect) ?

Professeur Jérôme Salomon : De même, Emmanuel Macron est hostile à l’autorisation de la Gestation pour autrui mais favorable à la reconnaissance des enfants nés d'une gestation pour autrui (GPA) à l'étranger.

JIM.fr : Les mesures prises pour accroître la transparence quant aux liens d’intérêts entre les professionnels de santé et l’industrie pharmacie vous semblent-elles suffisantes ?

Professeur Jérôme Salomon : Emmanuel Macron est très attentif au renforcement de la lutte contre les conflits d’intérêt. Il a demandé des DPI (déclarations publiques d’intérêt) à l’ensemble de ses experts et de ses salariés, ce qui est exceptionnel. Il sera très attentif à ce sujet, au renforcement des DPI pour toutes les personnes qui décident, et à la transparence sur ces DPI. Le problème n’est pas l’existence de liens, mais la prévention des conflits. Emmanuel Macron a par ailleurs une réflexion sur l’éducation aux liens d’intérêt et aux conflits d’intérêt beaucoup plus tôt. Comment on fait pour prévenir et expliquer cette problématique aux jeunes dès les premières années de formation professionnelle ? Les jeunes ne sont pas suffisamment informés sur ce sujet. Ça commence à se mettre en place dans certaines facultés, et on trouve que c’est un bon modèle. Ce n’est pas une lutte acharnée contre l’industrie, c’est une volonté pédagogique pour mieux faire comprendre pourquoi certains liens peuvent devenir problématiques quand on est expert, quand on est décideur, quand on est scientifique.

Interview réalisée par Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (5)

  • Dans les mains des puissances financières

    Le 19 avril 2017

    S'il est élu, mais je ne le crois pas car les électeurs ont compris à qui ils ont affaire, il va nuire gravement à la Santé en la mettant dans les mains des puissances financières et des multinationales contre les intérêts des professionnels de santé et surtout des citoyens.

    Serge Rader

  • Ratatouille

    Le 19 avril 2017

    Quelques morceaux choisis dans le texte :
    - "il n'y a pas une seule réponse"
    - "c'est un sujet très complexe"
    - "pas de position dogmatique"
    - "nous souhaitons surtout évaluer..."
    - "une approche fluide"
    Bon, moi je n'ai pas compris grand chose dans cette ratatouille destinée à satisfaire tout le monde et finalement complètement opaque. Une belle coquille vide.

    Dr Franck Boutault

  • Le discours sur la prévention trouve peu d’écho

    Le 20 avril 2017

    Je m'étonne de prises de positions aussi radicales.
    Qu'attendez-vous d'un candidat ? Le grand jour de la médecine (ou plutôt des médecins peut-être ?). Les positions tranchées (y a qu'à faut qu'on) et des promesses jamais tenues parce qu’irréalistes ?

    La réalité est une "ratatouille": les patients, les soignants, les assurances maladies et l'industrie pharmaceutique peuvent avoir des intérêts partagés ou contradictoires. Le corps médical lui-même n'a pas une vision claire de la politique de santé publique qu'il faudrait mener, quand ce n'est pas carrément sur sa propre mission qu'il a des interrogations. Ne parlons pas de nos ministères et des nombreuses agences de santé qui tirent à hue et à dia.

    Des médecins font de faux certificats de vaccination...et par là soutiennent implicitement le camp des anti-vaccins. Certains croient en l'homéopathie, d'autres pas...Les cures thermales qui n'auraient pas d'effet sont pourtant prescrites depuis des décennies et entraînent l'adhésion des patients dont elles peuvent augmenter la qualité de vie et permettre la réduction de la consommation de médicaments. Pour une MICI par exemple, le coût d'une seule dose d'anti-TNF équivaut à peu près celui d’une cure thermale de trois semaines. (https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000032577031&categorieLien =id)

    Par ailleurs je m’étonne que le discours sur la prévention trouve si peu d’écho dans le corps médical et ne se traduise pas en actions concrètes sur le terrain. Cela relève certes des pouvoirs publics mais aussi des professions de santé. Pourquoi ne pas se fédérer et prendre ces sujets à bras le corps plutôt que de laisser le champ libre aux « guérisseurs » et « coach de vie » de tout poil ?

    Marie-Emanuelle Behr-Gross

Voir toutes les réactions (5)

Réagir à cet article