Les stocks de produits sanguins menacés par la pénurie… de médecins

Paris, le mercredi 16 mai 2018 – L’année est désormais rythmée par les appels aux dons lancés par l’Établissement français du sang (EFS). Les périodes critiques semblent en effet se multiplier, tandis que progressent les besoins. Ainsi, des appels sont-ils régulièrement lancés comme en ce mois de mai, marqués par de multiples jours fériés qui ne sont pas sans impact sur les stocks de produits sanguins. Pour fidéliser les donneurs, l’EFS mène régulièrement des enquêtes auprès d'eux afin de déterminer les leviers à privilégier. Ces investigations ont notamment pu mettre en évidence l’importance des facteurs organisationnels. Ainsi, entre les personnes qui donnent régulièrement leur sang et ceux qui se sont écartés de cette pratique, on retrouve comme différence notable une insatisfaction plus marquée des seconds vis-à-vis de détails pratiques concernant l’accessibilité des centres. Or, aujourd’hui, cette accessibilité est de plus en plus menacée.

Donner son sang d’accord, mais près de chez soi !

Partout en France, des centres de l’EFS connaissent des difficultés importantes de recrutement d’infirmiers mais plus encore de médecins. Faute de pouvoir trouver des remplaçants pour des praticiens sur le point de partir à la retraite, différents centres sont ainsi contraints de fermer ou de réduire considérablement leur amplitude horaire. Ainsi, alors que les ponts du mois de mai accroissent le besoin de dons, les candidats vivant dans la région de Bourges trouveront porte close jusqu’à samedi à l’hôpital Jacques Cœur. Le centre est en effet fermé faute de personnels suffisants. Des collectes mobiles devraient pallier ce défaut. Cependant, ce type d’opérations n’est pas une réponse parfaite, puisque les prélèvements de plasma ne peuvent être réalisés dans ces conditions.

Jacques Cœur est loin d’être une exception. A Saint-Dié (Vosges), la structure fermera ses portes le 1er juillet, si aucun remplaçant au praticien titulaire qui doit prendre sa retraite n’est trouvé. L’annonce postée il y a déjà de longues semaines n’a pour l’heure séduit aucun candidat dont les compétences répondent aux critères demandés. Les médias locaux ont pu le constater : une telle perspective devrait avoir un impact certain sur le nombre de dons. Beaucoup de donneurs réguliers signalent en effet que des trajets plus longs les conduiront sans doute à espacer davantage les ponctions. La situation est particulièrement critique dans la région ou le centre d’Epinal connaît également des tensions, qui pourraient conduire à sa fermeture prochaine. D’autres localités sont touchées : le centre d’Alençon (Orne) vit ainsi lui aussi ses probables derniers mois, tandis qu’à Châteauroux, la mobilisation est intense pour ne pas connaître le même sort. L’Ile de France n’est pas épargnée. Le Parisien rapport ainsi comment l’hôpital de Lagny a récemment cessé son activité de collecte. Là encore, les donneurs les plus fidèles accusent le coup, sans toujours être persuadés qu’ils assumeront les trajets supplémentaires pour "verser" leur sang.

Une préoccupation bientôt nationale ?

Si la désertification médicale est désignée pour expliquer ces difficultés, le manque d’attractivité des postes au sein des EFS peut également être évoqué. En tout état de cause, la multiplication des situations inquiétantes invite probablement à une réponse globale, afin de ne pas fragiliser un secteur d’activité essentiel et déjà fortement dépendant de nombreuses variables complexes.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (2)

  • Désertification horaire

    Le 20 mai 2018

    Même si les médecins sont là, ils dépendent des professionnels qui sont à 35 heures et ont des récupérations. La couverture médicale du salarié n'est pas celle du libéral ... Horodésertification.

    Dr Isabelle Gautier

  • Médecin du don du sang

    Le 20 mai 2018

    De mon jeune temps il y avait 1 "médecin-chef" sur chaque site de don du sang, et ceux qui étaient dans les "cabines" et interrogeaient les donneurs et prenaient leur tension étaient de misérables vacataires ayant validé au moins leur 5° année de médecine.

    Ils étaient payés 3 fois rien et etaient révocables du jour au lendemain sous le moindre prétexte non vérifiable, et de préférence au moment où leur ancienneté leur donnait droit à être un peu moins sous-payés.
    Le travail de médecin-chef ne semblait pas très excitant, et le boulot ne faisait pas envie aux vacataires qui avaient d'autres ambitions.

Réagir à cet article