L’ésotérisme dans les facultés de médecine... et le silence des ministères concernés

Paris, le mardi 3 novembre 2015 - La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) n’a cessé de rappeler dans ses derniers rapports à quel point la santé représentait un secteur à risque. La vulnérabilité des patients les expose en effet peut-être plus encore que les citoyens non malades à la tentation de suivre certains préceptes dangereux et sectaires. Cet enrôlement peut avoir des conséquences néfastes non seulement pour la vie sociale et financière des victimes, mais également pour leur santé physique, si la poursuite des traitements conventionnels est discutée par les "gourous" et autres charlatans.

Thèses de fasciathérapie

Cette introduction des mouvements sectaires dans le secteur sanitaire est facilitée par la défiance actuelle vis-à-vis de la médecine "classique", mais également par l’ouverture des institutions officielles à un certain nombre de pratiques ésotériques. Ainsi, les facultés de médecine accueillent de plus en plus de formations où la rigueur scientifique est souvent totalement absente.

On se souvient comment en novembre 2012, un reportage publié par Sciences et Avenir avait révélé que quelques 17 thèses sur la fasciathérapie étaient en cours dans les universités françaises chargées de former les futurs médecins. Rebondissant sur ce phénomène, quelques mois plus tard, un groupe de sénateurs avait considéré comme une priorité l’encadrement et de l’évaluation des 2 600 diplômes universitaires existant en France et dont le contenu pédagogique demeure peu contrôlé.

Se soigner grâce aux mouvements des yeux : mon œil !

Deux ans plus tard, cette recommandation n’a pas été suivie et il demeure assez facile d’accéder à des formations plus que fantaisistes moyennant finance dans plusieurs universités françaises. Dans sa dernière édition, le Canard Enchaîné propose ainsi un florilège de ces "diplômes" : à Metz on se familiarise avec une technique censée "soigner" les traumatismes enfouis grâce aux mouvements des yeux, tandis qu’à Lyon-I la gestalt-thérapie est librement enseignée. Plusieurs universités proposent par ailleurs de s’initier à la méditation de pleine conscience ou encore à la "programmation neurolinguistique". Si les universités n’hésitent pas à intégrer ces disciplines plus que discutables dans leur panel, c’est d’une part parce qu’elles font face à une demande croissante, mais aussi parce que ces diplômes payants leur permettent souvent de trouver de nouvelles ressources, à l’heure où l’indépendance renforcée des universités crée certaines difficultés.

Ministres aux abonnés absents

Dans le sillage de la Miviludes ou des sénateurs et face aux dangers que représentent une telle "officialisation" de disciplines nullement scientifiques et potentiellement néfastes pour les patients, l’alerte avait été lancée par plusieurs grands noms de la médecine, dont le président de la commission médicale de l’AP-HP et un ancien doyen de la faculté de médecine de Necker, qui avaient trouvé dans le président de la Ligue des droits de l’homme, le Prix Nobel de Chimie Jean-Marie Lehn ou le président de la Ligue contre le cancer des porte-paroles très solides. Le Canard Enchaîné indique que ces derniers ont ainsi adressé une lettre aux ministères de la Santé et de l’Education nationale pour les inciter à une vigilance renforcée sur le sujet. Aucune réponse ne leur a été adressée ni en mars, ni en mai lorsqu’avant de quitter la présidence de la Ligue, Pierre Tartakowsky a souhaité lancé une piqûre de rappel. Quelques 90 diplômes universitaires devraient disparaître selon les signataires de cet appel, demeuré jusqu’à aujourd’hui lettre morte  (notamment parce qu’ils n’ont été l’objet d’aucune évaluation nationale).

Reste à savoir si les ministères concernés accepteront enfin de se pencher sur ce dossier dont ils ne paraissent pas pour l’heure avoir mesuré l’importance.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (50)

  • Tous dans même panier ?

    Le 03 novembre 2015

    Article intéressant mais à vous lire, il me semble que vous ignorez la littérature scientifique sur l'EMDR et la Mindfulness notamment (très nombreuses études randomisées et contrôlées sur ces sujets).
    L'exemple de la PNL doit également être relativisé car si ce n'est pas une forme de psychothérapie reconnue (car finalement peu étudiée scientifiquement et surtout utilisée aux Etats-Unis), elle partage un certain nombre d'outils avec les TCC, dont l'efficacité est très largement reconnue.

    Nicolas Guillard

  • Pourquoi s'offusquer ?

    Le 03 novembre 2015

    Tient pas si nouveau tout cela!
    Le président Khrouchtchev d'une certaine époque avait un cancer en phase terminale.
    Il a congédié tous ses médecins de l'époque et a fait venir d'un trés grand hôpital renommé Russe,"une guérisseuse" qui était employée comme "fonctionnaire d'état"!
    Un film en a été tiré.
    Alors je ne vois pas pourquoi on s'offusque "du silence de l’État"!

    Dr Claude Le Garrois

  • Extrémisme

    Le 03 novembre 2015

    Cette personne me semble bien péremptoire dans ses jugements. Ne serait-elle pas un peu jeune?
    Assimiler toute croyance non officiellement admise à une dérive sectaire me semble extrêmement abusif.
    Il faudrait quand même se rappeler de la définition de la notion de secte.
    S'imaginer que tous les gens qui pratiquent des thérapies alternatives conseillent à leurs patients de quitter leur médecin est totalement faux.
    Dans la plupart des cas, il ne s'agit que d'un complément qui apporte un plus.
    Enfin, si affirmer sans preuve que telle pratique est efficace est contestable, affirmer sans preuve qu'elle est inefficace et dangereuse l'est tout autant.
    Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre, Horatio, que n'en rêve votre philosophie.

    Dr Joël Delannoy

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