L’Ordre des infirmiers s’oppose à la légalisation de l'euthanasie et du suicide assisté

Après l’Ordre des médecins, c’est au tour de l’Ordre des infirmiers (ONI) de manifester son opposition à la légalisation de l'euthanasie et du suicide assisté. Dans un rapport publié sur son site le 19 décembre, l’ONI émet 10 propositions sur la prise en charge de la fin de vie et appelle à « faire de la prise en charge de la douleur une cause nationale de santé publique ».

L’immense majorité des Français se déclare favorable à légalisation de l'euthanasie…

Selon un sondage commandé cette année par l'Association pour le droit de mourir dans la dignité, 92 % des Français seraient favorables à la légalisation de l'euthanasie (contre 94 % en 2011).

La voix des Français s’est également fait entendre au sein d’un panel citoyen (18 personnes âgées de 22 à 75 ans, tirées au sort par l’Institut Ifop pour refléter la diversité de la population), réuni en 2013 par le Comité consultatif national d’éthique pour discuter de cette question. Après avoir passé 4 week-ends à huis clos, en novembre et décembre, à auditionner des professionnels et des familles concernés par la fin de vie, cette conférence des citoyens s’était prononcée le 16 décembre en faveur du suicide assisté et de la création d'une exception d'euthanasie, estimant qu’il n’y a pas « une », mais « des » fins de vie. La Conférence a tout particulièrement retenu un chiffre : seuls 20 % des malades qui en auraient besoin bénéficient actuellement des soins palliatifs. « La possibilité d’être sédaté à hauteur de ses besoins constitue à nos yeux un droit pour tout patient en fin de vie ou atteint d’une pathologie incurable même si cela peut avoir pour effet d’abréger sa vie », estiment les citoyens du panel dans leurs conclusions. Ils insistent également sur l’importance de « ne pas créer un marché de la fin de vie » ni au profit d’entreprises ni au profit d’associations.

… Mais les professionnels de santé s’y opposent toujours

Si les professionnels de santé approuvent la nécessité d’une meilleure connaissance et application de la loi Leonetti, ils estiment néanmoins qu’elle répond à l’immense majorité des situations. Rappelons que la législation actuelle admet notamment la possibilité de soulager les malades en stade terminal avec des produits anti-douleurs au risque d’abréger leur vie.

L’ordre des Médecins a été le premier à réagir aux conclusions de la Conférence des citoyens, par la voix du Dr Jean-Marie Farroudja, président de la section éthique du CNOM. Interviewé par Pourquoidocteur le 19 décembre, il rejette fermement l’idée qu’on puisse demander au médecin de donner délibérément la mort et réaffirme la notion de « clause de conscience » : « Le médecin qui estimerait ne pas pouvoir accompagner son patient jusqu’au bout de ce qui serait inscrit dans la loi devra l’en informer au plus tôt, sans pour autant l’abandonner, mais comme pour l’interruption volontaire de grossesse, la clause de conscience doit être absolument inaliénable ».

Dans un rapport publié le 19 décembre sur son site, le conseil national de l’Ordre national des infirmiers exprime à son tour son rejet de toute légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté, jugeant qu’il est « dangereux, inopportun et foncièrement contraire à la déontologie d’organiser l’aide au suicide ». L’ordre propose dix pistes pour faire évoluer la loi Léonetti et souligne au passage l’importance du rôle de l’infirmier dans la prise en charge de la fin de vie. Parmi ces propositions, l’ONI prône l’instauration d’une formation obligatoire sur le thème de la fin de vie pour les médecins et infirmiers. Il recommande aussi la présence obligatoire d’un infirmier de nuit au sein des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Enfin, il exige la garantie de la clause de conscience de l’infirmier. Ce rapport peut être consulté sur le site de l’Ordre des Infirmiers (www.ordre-infirmiers.fr).

Après le rapport Sicard, remis à François Hollande en 2012, qui recommandait un aménagement de la loi Léonetti, en y ajoutant notamment la notion de « sédation terminale », le Comité consultatif national d’éthique devrait rendre ses conclusions fin janvier-début février. Le gouvernement pourra alors se mettre au travail pour préparer un nouveau texte de loi sur la fin de vie, conformément à l'engagement de campagne de François Hollande.

Amandine Ceccaldi

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Vos réactions (1)

  • Le problème est ailleurs

    Le 25 décembre 2013

    J'approuve la formation des médecins et infirmiers sur la fin de vie. La prise en charge correcte de la douleur s'il y en a par des moyens médicamenteuses ou non adaptés au cas par cas suffit parfois pour accompagner sereinement la personne en fin de vie. Le vrai problème est le manque de personnel disponible. Quand la personne a de la famille disponible pour être à son chevet, la majorité des problèmes est réglé.
    Je propose à la place de l'euthanasie de donner des jours de disponibilité payés pour les membres de la famille qui travaillent et qui désirent accompagner leur proche en ce moment délicat de la vie. En fin de vie, on a besoin plus de la chaleur humaine que de médicaments.
    A vrai dire, on voudrait en finir avec cette personne qui pompe de l'énergie des soignants.
    AP Degboe

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