Maladies hivernales : leur absence cette saison doit-elle amener à pérenniser le port du masque ?

Paris, le mardi 19 janvier 2021 – Gastro-entérite, grippe, bronchiolite…les maladies hivernales habituelles semblent absentes cette année.

Concernant la gastro-entérite, le Réseau Sentinelles note un taux d’incidence de 95/100 000 habitants contre environ 300 en moyenne à cette période de l’année. Pour ce qui est de la grippe c’est encore plus éloquent : seuls 11 cas de grippe confirmés biologiquement ont été identifiés en France depuis le début de la surveillance en octobre ! Quant à la bronchiolite, elle ne représente que 2 % de l’activité des urgences contre jusqu’à 20 % en temps normal en janvier. 

Ce phénomène s’explique sans doute, par l’application stricte des gestes d'hygiène, et en premier lieu le lavage des mains pour la gastro-entérite, ainsi que le port du masque auquel s'ajoute le taux élevé d’adhésion à la vaccination antigrippale pour ce qui est de la grippe.

Transport, travail, crèche, EHPAD : le port du masque ad vitam ?   

De là à penser qu’il est temps de changer durablement nos habitudes de vie, il n’y a qu’un pas que franchissent certains praticiens sur France Info.

Fabienne Kochert (Association Française de Pédiatrie Ambulatoire) entend ainsi pour l’avenir attirer l'attention des personnes "aux deux extrêmes de la vie : les plus jeunes et les plus âgés". Pour elle, "le port du masque par les personnes qui encadrent les collectivités de jeunes enfants et de personnes âgées fragiles est une chose qu'il va falloir étudier".

"On avait tendance à sourire en voyant nos concitoyens d'origine asiatique qui portent le masque plus facilement que nous, alors que c'est une évidence aujourd'hui : quand on est malade, il faut mettre un masque" explique aussi le Pr Christèle Gras-Le Guen, pédiatre au CHU de Nantes. D’ailleurs, le directeur de l'EHESP (Ecole des hautes études en Santé Publique) estime lui aussi que le port du masque pourrait devenir usuel, y compris en dehors de la pandémie, et que porter ce type de protection dans les transports en commun ou au travail pourrait devenir banal dans les années à venir.

Xavier Bataille

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Vos réactions (3)

  • Oui, mais...

    Le 20 janvier 2021

    1- La quasi disparition actuelle des virus saisonniers pédiatriques est un FAIT qui contribue à alléger le fardeau sanitaire et la crainte initiale des co-viralités. Les mesures barrières, la limitation des voyages internationaux en est une explication NON univoque avec quelques paradoxes :

    • Grippe : Certains pays d’Amérique du Sud où le contrôle de la COVID-19 était très imparfait ont aussi vu leurs taux de grippe s’effondrer.

    • Rotavirus : Triomphe des solutés hydro-alcooliques, plus que de la couverture vaccinale(2-6 Mois).
    Il sera intéressant de suivre le devenir des INVAGINATIONS intestinales aigues sur 2020.

    Un distinguo malaisé par rapport aux «gastro» dues à SARS-CoV- 2 dont la transmission fécale chez l’enfant (ou l’adulte) en couche a probablement été sous-estimée :

    Viner RM, Ward JL, Hudson LD et coll . Systematic review of reviews of symptoms and signs of COVID-19 in children and adolescents. Arch Dis Child. 2020 Dec17 doi:10.1136/archdischild-2020-320972

    Wang JG, Cui HR, Tang HB et coll. Gastrointestinal symptoms and fecal nucleic acid testing of children with 2019 coronavirus disease: a systematic review and meta-analysis. Sci Rep. 2020 Oct 20;10(1):17846. doi: 10.1038/s41598-020-74913-0.

    • Bronchiolites VRS ou pas : La poussée d’octobre n’a pas eu lieu avec crèches et écoles ré-ouvertes et absence de mesures barrières crédibles chez le petit ou le plus grand. Ceci pose effectivement la question du rôle des adultes dans la dynamique de transmission de ces infections.

    L’exception inattendue : Les rhinovirus qui semblent poursuivre leur chemin sans grande implication sanitaire.

    2- PAR CONTRE : Les projections de quelques pédiatres comme moi, citées par X Bataille peuvent sembler prématurée, anxiogène et à vrai dire INUTILES.
    N'oublions pas les errances initiales concernant la DYNAMIQUE de TRANSMISSION, avant l’émergence des «VARIANTS» épidémiologiquement significatifs : l’enfant avait été considéré, parfois avec opportunisme économique, comme maillon FAIBLE par analogie inappropriée puis FORT et en définitive NEUTRE :

    Viner RM, Mytton OT, Bonell E et coll. Susceptibility to SARS-CoV-2 Infection Among Children and Adolescents Compared With Adults: A Systematic Review and Meta-analysis. JAMA Pediatr. 2020 Sep 25 : e204573
    doi: 10.1001/jamapediatrics.2020.4573
    Cf JIM 06/12/2020 : « Encore beaucoup d’inconnues sur l’élimination du SARS-CoV-2 et
    l’immunité chez l’enfant »

    Et les ECOLES ? : Certains argumentaires publiés résistent difficilement à la lecture critique, aussi louable que soit le but initial des auteurs (Cf JIM 15/01/2021 : « Et voilà pourquoi il faudrait laisser les écoles ouvertes ! ») :

    Ludvigsson JF, Engerström L, Nordenhäll C et coll . Open Schools, Covid-19, and Child and Teacher Morbidity in Sweden. N Engl J Med. 2021 Jan 6. doi: 10.1056/NEJMc2026670

    Avec le même souci d'évoluer du simple au compliqué, de l'urgent au non urgent, du factuel au supputé, de ne pas diluer les priorités et l'information : les discussions vaccin covid-enfant, passeports sont fort prématurées mais aussi chronophages, fussent t-elles jugées anticipatives, brillantes et médiatiques.

    La Société Française de Pédiatrie a su s’adapter en fonction des impératifs comme des acquis : la vocation (enviable) de l'expertise est de partager des constats et non de suggérer des décisions politiques (moins enviable) ou des anticipations hasardeuses : Oui certes il faut se laver les mains.

    Dr JP Bonnet

  • Contre réaction de la nature ?

    Le 24 janvier 2021

    Masques pour augmenter notre protection : quid de l'impact sur notre système immunitaire ? Quid de l'impact sur la virulence des virus ? Quid des résistances ?

    Dr Sophie Prevot Nerot

  • Reponse au Dr Sophie Prevot Nerot

    Le 25 janvier 2021

    Les questions posées sont floues voir ambiguës.
    Ma réponse sera pragmatique : Parole de chirurgien depuis 30ans, Parole des citoyens des démocraties asiatiques : Le port du masque ne semble pas impacter "notre système immunitaire, la virulence des virus, les résistances"
    Les enfants muco et/ou immunodéprimés, leur entourage devraient confirmer.

    Dr JP Bonnet

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