Malgré les recommandations, l’allaitement ne progresse pas en France

La République nourrissant ses enfants. Honoré Daumier, 1848.

Paris, le jeudi 21 avril 2016 – Les autorités sanitaires françaises et l’OMS recommandent l’allaitement « de façon exclusive jusqu’à 6 mois, et au moins jusqu’à 4 mois ». En forte hausse dans la décennie 90, la prévalence de cette pratique en France semble s’être ensuite stabilisée. Une étude de la DRESS (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques) réalisée en 2013, et dont les résultats viennent d’être publiés, apporte de nouvelles données sur cette question.

Il en ressort que globalement 65 % des nourrissons sont allaités à la naissance en France. Ce taux est l’un des plus faibles d’Europe, notamment au regard des pays scandinaves, où plus de 90 % des femmes allaitent !

De fortes disparités régionales et sociales

La DRESS souligne cependant que les disparités locales sont importantes. L’allaitement est plus particulièrement pratiqué en Ile-de-France, dans l'Est, et dans les départements et régions d'outre-mer, qui affichent une proportion de 85 % (et de 90 % en Martinique, Guyane et Guadeloupe), alors qu’il semble « boudé » dans le Nord et le Centre.

De plus, le sevrage est rapide. A 5 semaines, elles ne sont plus que 45 % à allaiter et à 11 semaines un peu moins de 40 %.  À 4 mois, 30 % des enfants sont encore nourris au sein et 18,5 % seulement à 6 mois.

En moyenne, le sein est donné durant 19 semaines, avec une médiane située entre 15 et 16 semaines, constate la DRESS.

Ces travaux mettent en avant plusieurs facteurs déterminants, à commencer par la situation professionnelle de la mère : les cadres (74 %), les agricultrices, et les inactives sont plus nombreuses à utiliser ce mode d’alimentation pour leurs nourrissons que les ouvrières (51 %) ou les employées (61 %).

Le niveau de diplôme joue également (71 % des femmes diplômées de l'enseignement supérieur allaitent leurs bébés, contre 55 % des non-bachelières), ainsi que l'âge (67 % des femmes de plus de 30 ans contre 61 % des plus jeunes).

Autre fait notable, le premier enfant est plus souvent allaité que le second. Par ailleurs, l’accouchement dans une maternité de type 3, à domicile, ou le suivi de séances de préparation à la naissance, favoriseraient cette pratique.

Parmi les freins à l’allaitement, les auteurs de l’étude rapportent une naissance prématurée ou par césarienne, le fait de fumer et la jeunesse des mères.

Les recommandations de la DRESS pour augmenter ce taux

La DRESS estime qu' « une politique de protection sociale des familles peut favoriser l'allaitement […] : le fort taux d'allaitement des femmes scandinaves s'accompagne de congés parentaux longs (aux alentours d'un an) avec un allaitement maternel souvent perçu comme une obligation sociale ».

Pour autant, l’Institut se garde de toute « injonction culpabilisante, tant les raisons physiologiques, professionnelles ou personnelles qui peuvent amener une femme à ne pas allaiter sont nombreuses ».

Frédéric Haroche

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Vos réactions (4)

  • Il reste tant à réaliser

    Le 21 avril 2016

    Malgré les recommandations, l'allaitement ne progresse pas en France : c'est bien la preuve que "les recommandations" ne suffisent pas. En matière de santé, et que cela implique à ce point les personnes concernées (donner de sa personne, physiquement, affectivement, psychiquement 8 à 12 fois par jour...) que peuvent faire des recommandations ou quelques ordres venus d'en haut sans support concret ? Les non-congés de maternité durent à peine 2 mois en France (1 an au Canada). Tout est dit. On met la pression sur les femmes, mais on ne donne que si peu de moyens pour rencontrer leurs objectifs. Beaucoup de progrès ont été fait en matière de formation initiale et continue des personnels soignants. Mais il reste tant à réaliser : notamment, engager des consultantes en lactation dans les services de maternités et les PMI, mieux outiller les médecins généralistes et obstétriciens. La question de convaincre toutes les femmes n'a aucun sens. Mettons plutôt le focus sur celles qui désirent allaiter et qui mériteraient plus de support, professionnel et administratif ("congé" plus long entre autre).

    Ingrid Bayot, sage-femme et formatrice en allaitement

  • Du benchmarking jusque sur nos seins...

    Le 21 avril 2016

    On est content de savoir que les scandinaves allaitent plus que nous parcequ'elles subissent une injonction sociale, une de plus ! Est-il souhaitable d'en arriver là ?
    On est content aussi d'apprendre qu'un congé parental prolongé favorise l'allaitement ! Pas besoin de benchmarking, ma grand-mère aurait pu vous le dire ! Vous avez déjà tiré votre lait au bureau, entre 2 réunions, avant de le mettre au frigo pour le soir ?
    Le plus intéressant dans cet article c'est d'apprendre que le deuxième bébé est moins allaité que le premier. Une mauvaise expérience l'allaitement ?
    Quoi que l'on dise et malgré les ayatollahs et les associations bien-pensantes oscillant entre réac et bobo, allaiter c'est peut-être naturel mais c'est compliqué. C'est long, c'est "tout le temps", c'est douloureux au moins au début, c'est stressant parfois, ça tache, ça coule, ça gonfle, ça brûle, ça enferme.
    Et en plus quand ça s'arrête, ça culpabilise.
    Parce qu'au biberon, nos bébés, ils vont être plus gros, plus allergiques ou plus cons...

    En fait aujourd'hui, allaiter c'est le début d'une course à la performance pour nos chers petits, ces êtres délicieux, ces "mieux que nous mêmes" qui non seulement, ont décidé que nous étions nés pour être à leur service mais qui tôt ou tard vont nous dire que nous n'en avons pas fait assez.

    Alors je vous dis : Foutez la paix aux mères ! Elles subissent assez d'injonctions comme ça.
    Je propose une solution, faire allaiter les pères (surtout certains pédiatres ou obstétriciens...), je les vois bien partir au boulot après une courte nuit, avec leur petit tire-lait dans leur malette et leur coques de protection sur les mamelons...

    Dr Laurence Champsaur

  • Allaitement au Colorado

    Le 24 avril 2016

    Il est général et organisé, dans la plupart des entreprises se trouvent des lieux réservés, soit pour allaiter, soit pour tirer le lait et le mettre au congélateur. Toutes les femmes allaitent sans se soucier d'être regardées, les pères l'acceptent, ils reçoivent une instruction avant les naissances.

    Ma fille a allaité son fils durant deux ans et demi, l'enfant ayant lui-même décidé d'arrêter.
    On voit ces petits enfants largement profiter de cet avantage, dégourdis, sûrs d'eux, bien portants.
    La mère, ma fille, est ingénieur avec des responsabilités assez conséquentes. J'ai assisté à ses cours d'allaitement, une fois par mois les premiers mois, passionnant et efficace, une heure tranquille avec une pédiatre spécialisée qui écoute et donne les conseils techniques et autres. Les mamans peuvent échanger leur expérience et allaiter durant le cours.
    L'industrie des laits maternisés qui fournit en France les échantillons à nos jeunes mères dès la maternité n'y trouvent donc pas leur avantage, tant mieux pour les bébés et leurs mères. Oui, ici tout reste à faire, les femmes les plus instruites ont compris, ce que disent les chiffres.

    Chercher principalement son indépendance juste après avoir mis au monde un bébé me semble une drôle d'idée. Le lait maternel, une fois congelé, est utilisé dans des biberons et les pères peuvent s'y mettre parfaitement, comme les nounous et les membres de l'entourage.
    Preuve est ainsi faite que l'on peut allaiter en travaillant dans un pays moderne, question de culture.

    Marie-France Hugot

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