Mon cannabis au Canada

Ottawa, le mercredi 17 octobre 2018 – Depuis minuit, le Canada est devenu la deuxième nation au monde après l'Uruguay et la première du G7 à légaliser le cannabis récréatif, après l’avoir déjà autorisé dans un but thérapeutique il y a plusieurs années*. Il s’agissait d’une promesse de campagne de Justin Trudeau, en 2015. Ce dernier est en effet convaincu qu’une telle mesure permettra, d’une part, de faire diminuer la criminalité organisée et, d’autre part, de protéger les jeunes de cette substance. 

Ainsi, désormais, toute personne âgée au moins de 18 ou 19 ans (en fonction de la province ou du territoire) peut consommer du cannabis, mais aussi en acheter et en cultiver dans une quantité limitée (jusqu'à 4 plants par ménage) et en détenir sur soi jusqu'à 30 grammes.

Concernant l’usage dans les lieux publics, depuis plusieurs jours, les interdictions se multiplient. Des institutions, des propriétaires d'immeubles ou encore des écoles ont pris des mesures afin d'empêcher les amateurs de marijuana de fumer dans leurs locaux. En, outre cette pratique est de jure interdite dans les bars, restaurants, certains parcs et bien entendu au volant. 

Prochaine et dernière étape : la production de produits dérivés (cosmétiques, nourriture…) à partir du 17 octobre 2019.

La belle province pas emballée !

Soulignons néanmoins que la mise en œuvre de cette nouvelle législation dépend des provinces et des territoires dans cet état très décentralisé.

Par exemple « au Québec, depuis le 1er octobre, il y a un nouveau gouvernement plutôt réfractaire au cannabis. Ils veulent augmenter l'âge légal pour consommer du cannabis à 21 ans et abaisser la quantité maximale de 30 à 15 grammes » explique l’avocate canadienne Stéphanie Myre au quotidien Le Figaro.
 
Au-delà des régimes d’autorisation, le gouvernement a voulu permettre à chaque province d’organiser ce commerce, et de Montréal à Vancouver en passant par Toronto et Winnipeg, chaque région a retenu sa propre recette pour organiser ce marché, évalué à 4 milliards d’euros par an.

Ainsi, dans la belle province, digne héritière de la tradition étatique française, une régie a été mise en place, la Société québécoise du cannabis (SQDC) dont les boutiques ont ouvert leurs portes ce matin à 10 heures. La SQDC démarre avec douze magasins mais projette d’en mettre 150 à la disposition du public d’ici trois ans.

L’or vert

Si des différences existent donc en fonction des territoires, dans tout le pays, un impôt d'un dollar canadien (0,66 centime d'euros) sera prélevé avec une répartition entre l'État fédéral et les provinces pour chaque gramme vendu dans les magasins autorisés, à un prix égal ou inférieur à 10 dollars. Le ministre des Finances, Bill Moreau, table donc sur une manne fiscale de plus de 260 millions d'euros.

Ce changement n’a pas non plus laissé indifférent les places boursières canadiennes, où des milliards de dollars ont été investis dans cette nouvelle industrie au cours des derniers mois. Le leadeur du marché, Canopy Growth, a par exemple gagné 448 % en un an et valait mardi soir 13,88 milliards de dollars !

Avant-après

Prenant acte de cette évolution, l’établissement public Statistique Canada surveillera la consommation de cannabis avant et après la modification législative. Pour l’heure, la dernière enquête indique que 16 % des Canadiens âgés de plus de 15 ans ont consommé du cannabis dans les trois derniers mois.

Les démographes ont par ailleurs déjà demandé à un panel de Canadiens s'ils pensaient changer leur comportement après l’autorisation. Parmi les sondés, 82 % ont déclaré qu'ils n’étaient « pas susceptibles d'essayer le cannabis ou d'augmenter leur consommation avec la légalisation ». Cependant, cela « dépend en grande partie de la situation de consommation actuelle de la personne » soulignent les statisticiens. Ainsi, chez les utilisateurs, 28 % ont indiqué qu'ils seraient susceptibles d'augmenter les quantités qu’ils fument…

Doit-on entrevoir un changement de comportement chez Justin Trudeau ? Durant sa campagne, il avait reconnu avoir lui-même expérimenté quelques joints par le passé, y compris lorsqu’il était député d’opposition, mais son cabinet a prévenu : « il ne prévoit pas d’acheter ou de consommer du cannabis une fois que ce sera légalisé » !

*contrairement à une idée largement répandue, le cannabis n’est pas dûment autorisé aux Pays-Bas mais réglementé (et bénéficie d’une large tolérance).

Xavier Bataille

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Vos réactions (1)

  • Ma cabane au cannabis

    Le 22 octobre 2018

    Ça y est, au Canada, l’irréparable vient d’être commis. Ce 15 octobre 2018, le Premier ministre, Justin Trudeau, légalise à des fins récréatives le cannabis, qui était interdit depuis 1923. Vingt ans auparavant (préalable obligé), d’autres avaient entrouvert la porte en déguisant le cannabis en médicament. Le Canada est ainsi le premier État du G20 à avoir succombé.

    Promesse électorale tenue : « élection, piège à chichon ».

    La consommation devrait bien vite y exploser, à l’image des files qui se forment devant les magasins aux premiers jours de cette légalisation. Des initiatives isolées se font jour pour tenter de calmer le jeu dans les universités, la police, l’armée, les transports… Quand la loi s’effondre, des règlements intérieurs essaient d’y suppléer, avec une légitimité qui sera bien vite contestée...

    Cette légalisation a fait feu de tous les poncifs dont nous sommes abreuvés depuis vingt ans : meilleur contrôle du produit, de sa qualité, de sa teneur en tétrahydrocannabinol (THC), disparition du trafic ; mise au jour d’une économie souterraine que le fisc va pouvoir ponctionner ; figures sémantiques imposées auxquelles ne croient même plus ceux qui les déversent(fric et shit/frite est chic).

    C’est d’une main tremblante que le politique devrait légiférer quand ses décisions confinent à l’irréversible. On ne met pas de nom sur la personnalité qui aurait légalisé le tabac et devrait assumer ses 79.000 morts annuels en France. On ne met pas de nom sur tel autre qui a légalisé l’alcool, et qui devrait rendre des comptes pour ses 49.000 morts. Cela ne s’est pas passé comme ça ; on ne sait plus qui a fait quoi et à combien ils s’y sont mis.
    Pour le cannabis le paysage est tout autre. Le législateur "modèle 2018", au Canada ou ailleurs, ne peut ignorer le pouvoir d’accrochage de cette drogue (20 % de ceux qui l’on essayé en deviennent dépendants) ; il ne peut méconnaître les principales manifestations de sa toxicité physique (supérieure à celle du tabac) ; il connaît forcément un certain nombre de ses méfaits psychiques : perturbations des capacités éducatives, effets désinhibiteurs avec prise de risque ou agressivité, perturbation de la conduite des véhicules à moteur et de diverses activités professionnelles, troubles de la maturation cérébrale pouvant déboucher sur la schizophrénie, selon une relation désormais irréfragable, induction d’anxiété, de dépression, de démotivation, incitation au passage à d’autres drogues quand l’intensité des effets du cannabis s’atténue, par le jeu d’une tolérance.

    Tout comme la truffe qui rend fous les cochons, le cannabis fait entrer en rut : des alcooliers (Pernod-Ricard pense l’associer à ses whiskies), des chocolatiers, des confiseurs, des producteurs de tisanes, tous sont prêts à en mettre partout, même dans le sirop d’érable…

    Que les concurrents commerciaux du Canada se réjouissent : s’ils savent résister eux-mêmes aux sirènes du cannabis, ils l’emporteront sur ceux que Trudeau chausse des semelles de plomb du cannabis.
    Cette législation fera davantage de victimes que le tabac ; elle exacerbera les effets de l’alcool ; elle conduira à la légalisation d’autres drogues.

    Mais au fait, Monsieur Trudeau, à partir de combien de victimes s’expose-t-on à l’accusation de crime contre l’humanité ?

    Pr. Jean Costentin
    Président du centre national de prévention, d'études et de recherches sur les toxicomanies (CNPERT). Derniers livres ("Pourquoi il ne faut pas dépénaliser l'usage du cannabis" Ed. Odile Jacob 2013 ; "Le désastre des toxicomanies en France" Ed. Docis 2018

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