Nouvelles missions des pharmaciens : a-t-on trop chargé la barque ?

Paris, le mardi 14 juin 2022 - Le syndicat UNPF (Union nationale des pharmacies de France) publie les résultats d’une enquête en ligne sur les nouvelles missions des pharmaciens d’officine menée en mai 2022 auprès de 304 titulaires.

Le sentiment général est mitigé, ainsi si 94 % observent que leur métier a changé au cours des dernières années, ils ne sont que 43 % à être optimistes pour l’avenir.

La vaccination ancrée dans les mœurs pharmaceutiques

Sur les nouvelles missions à proprement parler, la vaccination est celle qui a le plus le vent en poupe : 96 % des répondants disent vacciner contre la grippe. Très loin derrière vient la dispensation adaptée, pratiquée par 46 % des officinaux. Les dispositifs entretiens pharmaceutiques et bilans de médication ne sont en revanche utilisés que par 19 et 18 % des répondants.

L’enquête de l’UNPF laissait la possibilité aux personnes interrogées de proposer des commentaires. Un pharmacien résume ainsi l’avis des officinaux sur ces entretiens, ils seraient « trop cloisonnés et académiques dans l'analyse des cas et par conséquent trop superficiels ».

Concernant la nouvelle convention signée le 9 mars 2022 : 90 % des pharmaciens envisagent de réaliser les vaccinations adultes autorisées dès l’automne 2022, 77 % le dépistage des infections urinaires, 71 % le dépistage du cancer colorectal (71 %), la nouvelle mission la moins attendue est la dispensation à l’unité facultative, que seuls 10 % envisagent de mettre en œuvre (en raison probablement des importantes contraintes logistiques impliquées).

Les freins à la mise en œuvre de ces nouvelles missions sont bien identifiés, il s’agit du manque de temps (69 %), de trop faibles rémunérations (67 %) et de manque de personnel (65 %).

Pharmacie à deux vitesses

Une pharmacienne écrit : « Pharmacien titulaire travaillant seule, je ne suis pas contre toutes ces transformations. Mais avec des locaux non adaptés, un manque de temps, un manque de moyens financiers, comment je fais ? ». « Pour assurer toutes ces nouvelles "missions" de santé, il faudrait au moins deux personnes supplémentaires dans mon officine, chose absolument impossible avec [...] le manque total de reconnaissance de nos compétences exercées au quotidien » fustige un autre. Un problème de personnel qui risque d’aller en s’accentuant : les officinaux font de plus en plus part de leurs difficultés de recrutement.

Pour beaucoup d’officinaux, avec ces nouvelles missions, le risque d’une pharmacie à deux vitesses se dessine : « La plupart de ces missions seront chronophages et les petites officines employant peu de personnel ne pourront pas suivre », analyse ainsi un pharmacien.

On le voit, l’heure n’est pas à transformer les officines en zone de triage des soins non programmés comme le proposent certains élus…

Christophe Le Gall, Président de l’UNPF, conclut : « Notre enquête confirme un certain malaise de la profession, partagée entre la forte motivation de développer ses services pour la population et un désarroi lié au manque de reconnaissance effective et de moyens pour assumer pleinement son rôle. Le déséquilibre entre le manque de personnel et les besoins de santé croissants, alors que la ressource médicale se raréfie, fait peser sur le réseau officinal une menace qu’il convient de lever avec toutes nos énergies, par une réflexion globale avec les pouvoirs publics sur la place durable de l’officine au cœur du système de santé ».

Laisser les officinaux reprendre leur souffle après toutes ces transformations serait peut-être judicieux…

Emmanuel Haussy

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Vos réactions (2)

  • Mission impossible pour petites...et grosses pharmacies ?

    Le 15 juin 2022

    En dehors des vaccinations, on peut estimer que les autres missions nouvelles "embouteillent" l'exercice professionnel. Des petites pharmacies mais aussi des grosses, car elles doivent être effectuées par des pharmaciens, et justement les grosses officines se sont récemment battues pour que les médicaments chers sans rentabilité ne soient plus pris en compte pour leur imposer des Adjoints. Les 2 500 € de salaire plus 2 200 € de charges diverses chaque mois ne sont pas "payés" par les nouvelles missions, en cas d'effet de seuil. D'ailleurs la surprenante discrétion sur les chiffres de, par exemple, les entretiens sur les anti coagulants (1ere mission historique), montre que ça ne doit pas être un succès après plusieurs années. D'ailleurs nous n'entendons jamais, en clientèle ou en famille, de questions du genre: Pourquoi les pharmaciens deviennent ils si curieux envers nos traitements, maintenant?

    Maignan (Pharmacien)

  • L'espace santé va démolir cette confidentialité

    Le 19 juin 2022

    Doit on justifier à un pharmacien notre prescription d'anticoagulant ...plus un secret est partagé moins c'est un secret ... hélas l'espace santé va démolir cette confidentialité.

    Dr Bruno Lebourgeois

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