Obligation vaccinale pour les soignants : on remet une pièce ?

Paris, le lundi 6 mars 2023 – A rebours de la HAS, la SPILF et l’Académie de Médecine sont favorables au maintien de l'obligation vaccinale contre la Covid pour les soignants.

C’est un débat qui dure depuis maintenant 18 mois et qui pourrait bientôt prendre fin : celui de l’obligation faite aux soignants de se vacciner contre la Covid-19 et de la réintégration des soignants non-vaccinés suspendus. Saisi pour un avis sur la question par le ministre de la Santé François Braun, la Haute Autorité de Santé (HAS) a en effet rendu le 20 février dernier un avis favorable à la levée de l’obligation vaccinale pour les professionnels de santé, une vaccination qui resterait cependant « fortement recommandée ».

Pour justifier son revirement sur cette question (la HAS s’étant prononcé en faveur du maintien de l’obligation vaccinale en juillet dernier), l’institution évoquait l’évolution de la situation épidémiologique et des connaissances sur les vaccins à ARNm. On sait en effet que ces vaccins ont un effet certes non nul mais beaucoup plus faible qu’espéré sur la transmission du SARS-Cov-2. Surtout, l’arrivée fin 2021 des variants Omicron a totalement changé la donne sur le front de l’épidémie : tout risque de saturation des hôpitaux semble désormais écarté (du moins à court terme), les restrictions de liberté ont été abandonnés et la Covid-19 n’est plus l’enjeu majeur de santé publique qu’elle était.

« Aucune raison d’arrêter l’obligation vaccinale » pour l’Académie de médecine

Mais l’avis du 20 février n’était pas définitif. Conscient de l’importance scientifique, mais aussi éthique et politique de la question, la HAS a organisé une consultation publique sur le sujet. Du 20 février au 3 mars, différents organismes concernés (association de patients, sociétés savantes, ordres professionnels, syndicats de professionnels de santé…) ont été invités à donner leur avis, afin d’étayer la recommandation définitive sur le sujet que rendra la HAS en avril.

Une consultation publique qui démontre que, malgré l’avis assez tranché de la HAS, la levée de l’obligation vaccinale pour les soignants ne fait pas l’unanimité, loin de là. L’association Renaloo, qui défend les intérêts du malades du rein particulièrement à risque de forme grave de la Covid-19 (et qui ont parfois une réponse immunitaire faible aux vaccins), a été la première à défendre le maintien de l’obligation vaccinale, dès le 23 février. Pour l’association de patients, les soignants qui ont refusé de se vacciner ont « manifesté une défiance importante vis-à-vis de la science et de la médecine basée sur des faits incompatibles avec les valeurs du soins » et ne doivent donc pas être réintégrés.

L’Académie de médecine n’a pas non plus dévié de sa ligne et continue de défendre cette obligation vaccinale. « Il n’y a aucune raison d’arrêter l’obligation vaccinale, toutes les infections convergent vers l’hôpital, les patients ne doivent pas être surinfectés par d’autres virus » estime le Pr Yves Buisson, spécialiste de la Covid-19 au sein de l’Académie. Alors que la HAS doit se prononcer sur les autres obligations vaccinales qui concernent les professionnels de santé, le Pr Buisson estime même qu’il est nécessaire de rendre obligatoire la vaccination contre la grippe saisonnière pour ces derniers.

La France seul pays européen à maintenir l’obligation vaccinale des soignants

Dans un avis du 2 mars, la Société de pathologie infectieuse de langue française (SPLIF) réfute également l’avis de la HAS. Pour défendre le maintien de l’obligation vaccinale, les infectiologues s’appuient sur des arguments tout autant scientifique que politiques. Sur le plan scientifique, ils rappellent que le vaccin permet de diminuer, certes de manière limitée, le risque de transmission du virus et que même les sujets qui ont seulement reçu trois doses et n’ont donc pas bénéficié de rappels sont mieux protégés que les non-vaccinés.

Mais surtout, la SPLIF estime qu’il n’y a pas lieu de lever une obligation vaccinale globalement bien perçue par les soignants (moins de 1 % d’entre eux ont refusé de se vacciner), alors même que les simples recommandations sont généralement peu efficaces (environ un tiers des soignants seulement se font vacciner contre la grippe). « La levée de l’obligation sera interprétée, au moins par une fraction de la population comme un message négatif : en mettant fin à l’obligation, on envoie pour beaucoup le message que les vaccins sont dorénavant facultatifs, voire inutiles » rajoutent les infectiologues.

Ces différentes prises de positions en faveur de l’obligation vaccinale feront-elles changer d’avis les experts de la HAS ? Il faudra attendre que l’institution rende son avis définitif en avril pour le savoir. Le ministre de la Santé François Braun a promis qu’il s’appuiera sur cet avis, ainsi que sur celui rendu au même moment par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) sur la question pour prendre une décision d’ici l’été. Rappelons que depuis les récents changements de réglementation en Italie et en Grèce, la France est le seul pays européen à maintenir une obligation vaccinale pour les soignants.

Nicolas Barbet

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (16)

  • République bananière

    Le 07 mars 2023

    Toutes ces bonnes institutions qui veulent le maintien de l'obligation vaccinale doivent aller au bout de leur raisonnement. Il va donc falloir imposer la 4ème dose obligatoire sous peine de suspension et le rappel tous les 6 mois si l'on veut rester scientifique. Mais vous ne le ferez pas car vous savez très bien que la communauté médicale dans son ensemble ne suivra pas cette fois, car personne n'en veut plus de ce vaccin et pour cause. Je pense qu'on touche là aux derniers soubresauts de la bête, encore une manœuvre politique. C'est à la fois délirant et désespérant...

    Dr V Bentolila

  • L'hypocrisie de la HAS

    Le 07 mars 2023

    Si l'on comprend bien cette noble institution, quand une action de santé publique est "fortement recommandée", cela signifie tout professionnel est déclaré libre de n'en faire qu'à sa tête ?
    Voila un triste déni de politique sanitaire, mais un bel exemple de politique populiste.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Question métaphysique

    Le 07 mars 2023

    Comment vous, les fervents supporters de l'obligation vaccinale et de la suspension de ceux qui ont désobéi, arrivez-vous encore à croire et à justifier dans votre tête que c'est la bonne solution alors que seule la France l'applique contrairement au reste du monde ? Franchement j'admire une telle abnégation et cela doit demander une sacrée énergie de maintenir un tel grand écart. Je suis réellement et honnêtement curieux de savoir comment raisonne un Dr Rimbaud ? Si possible, pas de réponse violente, mais plus quelque chose de constructif aidant à la compréhension mutuelle. Merci d'avance

    Dr V Bentolila

Voir toutes les réactions (16)

Réagir à cet article