Où l’on souhaite une bonne santé au vin !

Paris, le mercredi 19 février 2014 – Les ombres tutélaires d’Hippocrate et de Serge Renaud planaient sur la Pitié Salpêtrière un soir de janvier 2014. Aux côtés du docteur Marc Lagrange et des professeurs André Vacheron, Ludovic Drouet, David Khayat et Jean-Didier Vincent, le « père de la médecine » et le père du « french paradox » semblaient avoir été conviés par Jean-Robert Pitte pour s’intéresser aux liens entre vin et santé. Le fait que la réunion soit proposée par le président de l’Académie du Vin semblait laisser peu de surprises quant au menu : on ne ferait que s’enivrer des vertus supposées de ce breuvage vieux (parait-il) de 4 000 ans. Si la teneur des discussions présenta effectivement le vin sous sa plus belle robe, la rigueur scientifique fut cependant loin d’être absente !

Pour faire une conférence enivrante : un peu d’histoire…

Après les très intéressants rappels de Marc Lagrange sur les liens entre le vin et la santé de l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui (Hippocrate en vantait ainsi déjà les mérites à condition qu’on en use avec modération !), sujet auquel il a consacré un livre, André Vacheron, ancien président de l’Académie de médecine s’est concentré plus précisément sur les liens entre le vin et les maladies cardiovasculaires. C’est ici que Serge Renaud a été convoqué, André Vacheron rappelant comment ce chercheur à l’INSERM de Lyon avait mis en évidence l’intérêt du vin dans la pathologie artérielle et comment il popularisa (sur la chaîne américaine CBS !) la notion de « french paradox » ! André Vacheron ne s’est pas contenté de ces précisions historiques : il a rappelé par exemple que « l’action antiathérogène du resvératrol » fut vérifiée par des chercheurs chinois à partir d’une étude menée chez le lapin. Il a également souligné comment l’étude PAQUID avait mis en évidence le fait que chez « les buveurs modérés de vin et âgés, la maladie d’Alzheimer survenait de façon beaucoup moins fréquente ».

… quelques litres d’expérience…

Chef du service d’angio-hématologie à l’hôpital Lariboisière, le professeur Ludovic Drouet a poursuivi la réflexion initiée par André Vacheron. Le praticien a tout d’abord rappelé sa participation au programme « ONIVins » lancé il y a une dizaine d’années par le ministère de l’Agriculture visant au financement par l’état d’études s’intéressant aux liens entre vin et santé. Outre ce rappel, Ludovic Drouet a évoqué les travaux de physiologie réalisés par son équipe et d’autres concernant le vin et l’athérosclérose. Il n’a pas nié la complexité des observations établies : « En étudiant le comportement de souris naturellement hypercholestérolémiques et en leur donnant un régime enrichi en vin, les chercheurs ont constaté qu’il n’y avait pas d’effet sur l’athérosclérose. En revanche, cela a des effets sur la composante dite thrombotique. Nous avons donc l’impression que le vin a un effet antithrombotique et antiathérosclérose » a-t-il par exemple remarqué avant de détailler étape par étape les différentes expériences mises en œuvre afin « d’avancer dans la compréhension des effets du vin ».

… un soupçon de démystification…

Après cet exposé physiopathologique logique, allait-on revenir à des considérations plus pragmatiques autour par exemple du régime crétois ? La présence de David Khayat, dont on connaît les conceptions en la matière, aurait pu le laisser croire. Le chef du service d’oncologie médicale de la Pitié Salpêtrière s’est cependant appesanti sur un autre sujet : les « mythes et réalités » autour du vin et du cancer. En se concentrant plus spécifiquement sur les cancers ORL et multipliant les remarques méthodologiques à propos des très nombreuses études menées sur le sujet, David Khayat finit par conclure que « boire du vin de façon modérée n’augmente absolument pas, ni le risque de contracter un cancer ni le risque, lorsqu’on en a eu un de mourir plus vite ».

… et une pointe d’oubli !

Ainsi on le voit, même si les invités de Jean-Robert Pitte étaient incontestablement des « défenseurs » du vin et s’il est certain que cette réunion s’inscrivait dans la volonté de l’Académie du vin de rappeler les qualités de ce breuvage, les débats se sont attachés à offrir une vision scientifique de la question et ne se sont pas contentés de présupposés épidémiologiques.

Enivrés par leur sujet, ces intervenants ont cependant quelque peu passé sous silence les aspects socio-économiques essentiels de la consommation de vin, qui expliquent pourtant sans doute pour une grande part ses bienfaits. Dans une étude cosignée avec Claire Bal dit Sollier, Ludovic Drouet n’omettait pas de remarquer en conclusion que « Dans l’explication physio-pathogénique, une part des effets revient aux polyphénols du vin et en particulier à la composante flavonoïde, une part des effets revient à l’alcool (…) et une part va revenir à ce que représente une consommation régulière et modérée du vin depuis ses conséquences socioculturelles jusqu’à ses conséquences alimentaires et métaboliques. La question qui n’est pas résolue est celle de savoir quelle est la taille relative de ces différentes parts » soulignaient les auteurs. Or, si l’on en croit une étude publiée en septembre 2013 dans l’European Journal of Preventive Cardiology, l’influence du « socio-culturel » est loin d’être négligeable. En analysant les achats de plus de 196 000 clients réguliers des magasins Casino, ces chercheurs Français ont en effet mis en évidence que les acheteurs de vin consacrent une part plus importante de leur budget à l’achat de produits sains comparativement à ceux qui n’ajoutent jamais d’alcool dans leur panier et à ceux qui préfèrent la bière !

Aurélie Haroche

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