Paracétamol hors officines : une expérience douloureuse en Suède

Paris, le mardi 7 octobre 2014 – En matière de médicaments, la France connaît plutôt des records de consommation que de tempérance. Il est cependant un domaine où elle pourrait faire figure d’exemple par rapport à nombre d’autres pays : les intoxications au paracétamol. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne se sont ainsi débattus pendant des années et continuent encore aujourd’hui face au fléau que représentent les surconsommations involontaires et les overdoses volontaires de paracétamol. Selon des données récentes de la Food and Drug Administration (FDA), on recense ainsi chaque année 100 000 cas d’intoxication au paracétamol, dont 450 mortelles. A titre de comparaison, selon l’extrapolation de ces chiffres à la population française, notre pays devrait comptabiliser près de 19 000 cas par an. L’incidence est cependant quatre fois plus faible : le nombre d’intoxications par an ne dépasse en effet pas les 5 000 (dont moins d’une dizaine sont mortelles).

Explosion de la vente de paracétamol en Suède… et des intoxications depuis la libéralisation du marché

L’une des différences majeures entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne d’une part et la France d’autre part concerne le mode de distribution du paracétamol. En accès totalement libre dans les premiers états, il ne peut être délivré qu’en officine dans l’hexagone. Plusieurs études ont déjà mis en évidence combien cette restriction de l’accès associée à des conditionnements permettant d’éviter une dose supérieure à 8 grammes par boîte constituaient des gardes fous efficaces. Un nouvel exemple vient de le confirmer.

En 2009, la Suède, suivant la voie de nombreux autres pays, décidait d’autoriser la vente de plusieurs médicaments sans prescription, dont le paracétamol, en dehors des pharmacies. Bureaux de tabac, stations services et petits supermarchés ont donc été autorisés à proposer ces produits. Ceux qui à l’époque s’inquiétaient dans le royaume des conséquences délétères d’une mesure présentée comme prometteuse d’un meilleur accès aux soins (dans un pays où l’on ne compte que 12 pharmaciens pour 100 000 habitants) ont bientôt vu leurs craintes confirmées. Entre 2009 et 2013, le nombre d’appels au Centre d’information antipoison a en effet augmenté de 36 %. Par ailleurs, le nombre d’hospitalisations pour surdosage de paracétamol a plus que doublé par rapport à la période précédent la fin du monopole des pharmacies. Des données qui sont en lien direct avec une très forte augmentation des ventes de paracétamol, qui a atteint 60 % dans les commerces non officinaux contre 7 % dans les pharmacies.

Pas suffisant pour convaincre les partisans de l’ouverture du monopole

Face à cette situation, les autorités suédoises ont décidé de revenir sur la vente libre de cette substance. A partir du 1er mars 2015, elle ne sera plus commercialisée en dehors des officines. « L’objectif est de limiter l’accessibilité et les achats compulsifs » explique le directeur de l’autorité du médicament, Anders Carlsten. Cette mesure édifiante sera sans doute lue comme une nouvelle confirmation des dangers de la libéralisation du marché du médicament par ceux qui s’y opposent, notamment en France. Mais chez les partisans d’une telle évolution, des arguments devraient être trouvés pour ne pas faire de la Suède un contre exemple, comme l’absence de personnel pharmaceutique dans les espaces où la vente des médicaments est autorisée. En Suède, d’ailleurs, le choix de l’Autorité du médicament est l’objet de contestations et beaucoup estiment qu’une meilleure information des patients et des vendeurs serait préférable afin de ne pas limiter l’accès à ce traitement.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Vive les technocrates bien pensant

    Le 07 octobre 2014

    Si seulement nous avions encore le dextropropoxyphène ! Pour éviter les intolérances et dépendances, au Tramadol !
    Vive les technocrates bien pensant sans conflit d'intérêt...Pas comme ces vilains, ces gueux , ces incompétents de médecins de famille ... Dont je suis depuis ...37 ans avec bonheur !
    La vente en OTC ou sans contrôle, de nombre de molécules puissantes et efficaces ne peut que desservir la santé publique ! Et accessoirement donner des moyens toxiques à des êtres fragiles.
    Dr Eric de Romémont, Médecin généraliste à Nancy

  • Mort sans ordonnance

    Le 10 octobre 2014

    Dans un pays où le pouvoir politique est détenu par des nuls, les technocrate ne peuvent trouver choquant que le marché de la santé soit offert à d'autres nuls surtout lorsqu'ils leur font miroiter une relance de l'économie.
    Quand toutes les molécules en OTC auront rejoint les rayons de la GMS les épiciers de hangars s'arrangeront pour vendre des benzodiazépines de cheval.

    Hervé Guillon

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