Peine de mort par injection aux Etats-Unis : non, ce n’était pas mieux avant !

Washington, le vendredi 2 mai 2014 – Une fois encore, les Etats-Unis sont confrontés au récit de l’horrible agonie d’un condamné à mort. Les faits se sont déroulés mardi 29 avril en fin d’après-midi dans une prison de l’Oklahoma. Le condamné Clayton Lockett a d’abord reçu du midazolam, puis du bromure de vécuronium et du chlorure de potassium. L’homme n’a cependant pas sombré dans l’inconscience et a bientôt manifesté des signes de souffrance par des mouvements, une respiration très bruyante ou encore le bredouillement de mots incompréhensibles. Face à ces manifestations et constatant « l’échec de l’intraveineuse », le directeur des prisons de l’Oklahoma a ordonné la suspension de l’exécution quelques minutes après l’injection des trois produits. Mais 43 minutes après les avoir reçus, Clayton Lockett succombait.

Des Etats obligés de s’approvisionner en dehors des réseaux légaux

Depuis le récit de cette nouvelle exécution « ratée », les controverses reprennent sur la constitution des cocktails létaux par les états américains appliquant la peine de mort. Nous l’avons déjà évoqué à plusieurs reprises, depuis qu’en février 2011 l’unique laboratoire américain acceptant encore de fabriquer le thiopental sodique, utilisé jusqu'ici pour les injections létales, a mis fin à sa production, les difficultés d’approvisionnement des pénitenciers sont nombreuses. Face aux refus successifs des laboratoires européens de continuer à fournir les Etats-Unis en thiopental, ils doivent en effet fréquemment se tourner vers des officines privées et non réglementées par la FDA. Ces conditions opaques alimentent les soupçons et les discussions. Avant même l’exécution de Clayton Lockett les interrogations étaient ainsi nombreuses sur les produits qui seraient utilisés par l’Oklahoma et notamment sur leur provenance. Les conditions dans lesquels le condamné a expiré n’ont pu que renforcer ces controverses. « L’Etat doit dévoiler toutes les informations sur les médicaments, y compris leur degré de pureté, leur efficacité, leur origine et les résultats de tous les tests » a ainsi exhorté Madeline Cohen, avocate du second condamné qui devait être exécuté mardi dans l’Oklahoma et dont l’exécution a été suspendue in extremis à la suite de ce "ratage".

Des « complications » depuis toujours

Ces débats concernant la composition des cocktails létaux se focalisent sur l’idée que les produits utilisés aujourd’hui sont à l’origine de ces agonies spectaculaires. En réalité, la peine de mort par injection létale n’a jamais été une méthode permettant d’éviter systématiquement un châtiment « cruel et inhabituel », interdit par le huitième amendement de la constitution américaine. Déjà en 2008, des experts réunis par le New England Journal of Medecine à l’occasion d’une table ronde sur la peine de mort avaient rappelé les nombreux accidents survenus au cours des années précédentes. Le docteur Atul Gawande, professeur de chirurgie d’Harvard avait par ailleurs déclaré que le taux de « complication » était estimé entre 4 et 5 % tandis que l’anesthésiste David Waiser remarquait qu’il était très difficile de connaître exactement la part de complications et avait affirmé que selon lui elle était beaucoup plus élevée. Ce dernier expliquait notamment l’impossibilité d’avoir une perception exacte en raison de la difficulté représentée par la pose de la voie intraveineuse par des non professionnels de santé, à l’heure où la très grande majorité des médecins et des infirmières refuse de participer aux exécutions capitales. D’ailleurs, dans le cas de  Clayton Lockett, il semble que ce soit plus sûrement la façon dont l’intraveineuse a été posée et donc l'extravasation du "cocktail" qui a posé problème et non pas d’abord l’efficacité des produits.

Châtiments cruels et inhabituels

Dès lors la concentration du débat sur la qualité des produits n’est qu’une nouvelle illustration de la schizophrénie (de l’hypocrisie ?) des Etats-Unis sur la peine de mort. Tout se passe en effet comme si pour beaucoup, le principal scandale était l’opacité des Etats quant à leurs modes d’approvisionnement. De même, une nouvelle fois, il apparaît que les Etats-Unis sont aux prises avec le caractère totalement paradoxal de ce huitième amendement  de leur constitution interdisant les châtiments cruels et inhabituels. Passionnés par ce type de discussions, ils pourraient dans l’avenir se confronter à des débats du même type si certains Etats confirmaient leur velléité de recourir à des modes d’exécution abandonnés afin de contourner les difficultés actuelles posées par l’injection létale. La chaise électrique (qui pourrait être réintroduite dans l’arsenal des méthodes autorisées au Tennessee selon un récent projet de loi) est-elle un châtiment cruel et inhabituel ? Et qu’en est-il du peloton d’exécution (qui intéresse le Wyoming et le Missouri) ? Autant de questions qui éludent celle du bien fondé de la peine capitale. A moins que comme certains l’espèrent les turbulences actuelles entraînent plusieurs états sur la voie de l’abolition.


Mais rien n’est moins sûr.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (4)

  • Combien de vie perdues pour combien de sauvées ?

    Le 02 mai 2014

    Intéressant de lire cet article très arrogant, qui ironise sur l'incapacité de certains Etats à s'interroger sur le bien fondé de la peine de mort, mais ne reconnaît pas du tout le problème des pays ou la peine de mort est interdite (à quand les études sur le récidivisme pour les crimes graves ?). Notre système est il vraiment juste et protège-t-il vraiment la société ? Apres 30 ans, nous devrions être en mesure d'analyser le bien-fondé de cet idéal. Combien de vie perdues pour combien de sauvées ? Les prisons débordent, et les gouvernements paient des sommes astronomiques pour donner des conditions de vie aux prisonniers meilleures (tv, yoga, formation etc) plus que pour les personnes âgées /démunies de la société... C'est une perception, peut être fausse, peut être vraie, et j'aimerais vraiment voir une recherche qui se penche dessus.

    Nadia Blaney

  • Merveilles du raisonnement juridique

    Le 02 mai 2014

    "Cruel et inhabituel". En droit il faut les deux conditions. Si une seule est remplie, plus de problème. Donc, si le châtiment, certes cruel devient beaucoup plus fréquent, il n'est plus inhabituel et devient licite !
    Merveilles du raisonnement juridique... Voila la solution au problème: augmentons le nombre d'exécutions bâclées, elles ne seront plus inhabituelles, et tout deviendra acceptable !
    Bref, que de contorsions intellectuelles pour ne pas admettre que la peine de mort américaine reste un scandale ?

    Robert Boini

  • Réponse à Nadia Blaney

    Le 04 mai 2014

    Vous avez écrit: "Notre système est il vraiment juste et protège-t-il vraiment la société ? "
    Les USA appliquent largement la peine de mort et pourtant la criminalité en meurtres/100 000 habitants y est 3 fois plus importante qu'en France (5,6 contre 1,7).
    C'est bien la preuve que l'application de la peine de mort ne sauve pas de vies.

    Patrick Dumont

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