Perturbateurs endocriniens : 60 millions de consommateurs à un cheveu de la redite !

Paris, le jeudi 20 avril 2017 – Les substances suspectées d’être des perturbateurs endocriniens (ou avérées l’être) suscitent une inquiétude marquée dans le public ; inquiétude dont s’est emparé le monde politique. Cependant, les travaux scientifiques sur le sujet demeurent complexes tant les questions sont nombreuses et portent sur l’effet dose, l’accumulation des expositions, ce que certains nomment l’effet cocktail ou encore sur les conséquences directes de l’exposition à ces substances.

Des substances très différentes

Ces multiples inconnues n’empêchent pas les associations écologistes ou de consommateurs de renforcer régulièrement l’inquiétude du grand public (inquiétude décuplée par l’incertitude) en présentant les résultats d’études dont la portée reste difficile à déterminer. Ainsi, dans le sillage de certains médias, de Greenpeace ou de Générations écologie, 60 millions de consommateurs a fait rechercher par un laboratoire la présence de 254 substances « répertoriées comme des perturbateurs endocriniens potentiels ou avérés » dans la chevelure de 43 enfants et adolescents âgés de 10 à 15 ans, vivant en France, en ville comme à la campagne. Les substances recherchées étaient des phtalates, des pesticides, des bisphénols (le A, interdit dans tous les contenants alimentaires et le S son substitut qui pourrait être aussi néfaste), les PCB (interdits depuis 30 ans), les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) (d’abord redoutés pour leur caractère cancérigène), les métaux lourds et les retardateurs de flamme bromés (PBDE). On le voit, ces différentes substances renvoient à des réglementations, à des risques, à des modes d’exposition, à des considérations concernant les doses et à des niveaux de preuve de leur toxicité bien différents.

Et après ?

La présence de substances a été retrouvée dans les cheveux de tous les enfants, à raison de 23 à 54 molécules différentes (avec 34 substances en moyenne). Les concentrations étaient très différentes en fonction des substances, mais toujours à l’état de traces, de l’ordre de la dizaine de picogrammes. Les concentrations les plus faibles concernaient les PCB, interdits depuis 1987 (0,32 picogrammes/mg de cheveux) et les plus élevées les phtalates, avec des différences importantes entre les filles et les garçons qui présentaient respectivement 1 586 pg/mg et 3 229 pg/mg. La concentration moyenne de pesticide était de 18 pg/mg, de 43 pg/mg pour les de bisphénols, de 44 pg/mg pour les HAP et de 353 pg/mg pour les métaux lourds (mercure, plomb, cadmium, chrome). Enfin, des retardateurs de flamme (pour lesquels les concentrations ne sont pas données) ont été retrouvés dans cinq échantillons sur 29. A noter en effet que toutes les familles de substances n’ont pas été recherchées sur l’ensemble des mèches de cheveux, limitant la significativité de l’échantillonnage.

En dépit de la faiblesse des quantités retrouvées, la fréquence est pour 60 millions de consommateurs la confirmation de la nécessité d’agir en adoptant une réglementation plus restrictive. L’organisation, qui utilise le mot sensible de « contamination », mais qui rappelle cependant les nuances existantes en fonction des substances et les travaux encore à réaliser, juge en outre que la coexistence dans les chevelures des enfants de plusieurs substances « pose en plus la question des effets cocktail ».

Si ces résultats confirment effectivement la présence de substances toxiques dans notre environnement et les produits utilisés quotidiennement, ils ne sont en rien une preuve définitive de l’existence d’un danger réel (qui pourrait être lié à la dose, à la voie d'administration ou à la répétition des expositions). Si la question des effets cocktails doit être nécessairement posée, ces travaux ne permettent pas de la même façon d’y répondre de manière définitive.

Léa Crébat

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Vos réactions (10)

  • PE et développement cérébral

    Le 20 avril 2017

    Le doute doit bénéficier à qui ? Aux produits ou aux personnes contaminées, parmi eux les fœtus et les enfants ? La question se pose-t-elle vraiment ?

    Dr Fourmaintraux, pédiatre et généticien

  • Sans définition, pas de réglementation

    Le 20 avril 2017

    Dire que "ces résultats ne sont en rien une preuve définitive de l'existence d'un danger réel" est exactement l'argument de l'industrie chimique pour refuser toute définition. Sans définition, pas de réglementation. Pendant ce temps, les pubertés précoces chez les petites filles augmentent, les malformations génitales chez les petits garçons aussi (à cause de l'exposition in utéro). Le Professeur Sultan à Montpellier voit une progression exponentielle de ces anomalies depuis 15 ans, sans que personne ne réagisse. Bravo à ceux qui veulent que rien ne change !

    Dr Daniel Barbotin

  • Danger et risque

    Le 23 avril 2017

    Cet article souligne bien l'importance de distinguer le danger du risque.
    Le danger est la capacité d'une molécule ou d'une substance à provoquer un dommage (un cancer, une maladie, etc.). Le risque est l'exposition au danger (en fonction de la situation, de la dose, de la période de la vie...). Une politique de santé publique s'appuyant sur le seul danger serait intenable.

    À ce titre, pour ne parler que des perturbateurs endocriniens, il faudrait "dans le doute" interdire aussi : le soja (et plus généralement les fruits et légumes contenant "naturellement" des phytoestrogènes), les antalgiques (paracétamol, aspirine et indométacine...), la pilule contraceptive (au delà de la personne qui en consomme, on retrouve des traces dans l'eau ensuite) et bien d'autres (comme la vitamine D, donnée aux nourrissons, et suspectée à forte dose d'être perturbateur endocrinien). Une recherche de ces substances dans les dans les cheveux aurait toutes les chances d'être aussi positive.

    C'est donc bien une politique de gestion du risque qui doit être considérée (dose, exposition, seuil), et pas la peur du seul danger. Sinon, il faut aussi interdire la viande rouge, le café, la viande transformée, etc. (cancérigènes probables ou certains).

    C'est exactement ce que dit l'ANSES dans sa page sur les perturbateurs endocriniens qui propose cinq étapes :
    1) Caractériser les dangers des substances

    2) Identifier les produits et articles de consommation grand public contenant des substances toxiques pour les fonctions de reproduction, ou susceptibles de l’être

    3) Caractériser les expositions de la population générale à ces substances par ces articles ou produits. Cette expertise porte en particulier sur les populations vulnérables (période de gestation notamment) et les personnes exposées à ces substances dans un cadre professionnel

    4) Evaluer les risques pour la santé

    5) Identifier les substitutions possibles pour les produits ou substances pour lesquels un risque sanitaire aurait été mis en évidence.

    Jean-Paul Krivine

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