Plomb de Notre-Dame : alerte sur la contamination dans les écoles

Paris, le jeudi 18 juillet 2019 - Le 15 avril, les Parisiens et tous les Français étaient frappés d’effroi, leur cathédrale, Notre-Dame de Paris, était en proie aux flammes. Ce qu’ils n’imaginaient pas alors c’est que près de 400 tonnes de plomb se sont répandues en poussière dans les environs.

Après les accusations de dissimulations contre l’ARS et la préfecture, Mediapart met aujourd’hui en cause la mairie de Paris qui aurait « sciemment menti sur les taux de concentration au plomb relevés dans les crèches, les maternelles et les écoles, exposant ainsi les enfants et le personnel au risque de saturnisme ».

Rappel sur les recommandations de la DGS

Les instructions de la Direction générale de la santé (DGS) relative au dispositif de lutte contre le saturnisme infantile et de réduction des expositions au plomb dans les écoles sont pourtant claires.

Une concentration de 25 μg/m2 de plomb nécessite une vigilance et, lorsque le seuil de 70 μg/m2 est atteint, les enfants doivent être écartés du lieu pollué afin de procéder à son nettoyage, qui doit être fait avec des pièces humides et jetables.

« À 25 μg/m2, il est attendu que 5 % des enfants présentent une plombémie comprise entre 25 et 49 μg/L [25 étant le seuil de vigilance pour la plombémie et 50 déclenchant une déclaration de saturnisme]. Au seuil de 70 μg/m2, il est attendu que 5 % des enfants aient une plombémie supérieure à 50 μg/L. ». À ce seuil, il convient donc de « nettoyer souvent les sols avec une serpillière mouillée, de ne pas utiliser de balai et, si nécessaire, de mettre en œuvre des mesures de gestion complémentaires : zone de déchaussement pour limiter l'entrée de poussières, travaux de suppression de l'accessibilité au plomb » détaille un fonctionnaire de la DGS.

Notons, en outre, que selon l’Organisation mondiale de la santé, il n'y a pas de seuil en deçà duquel le plomb peut être considéré comme sans danger pour le cerveau.

Des taux bien supérieurs à 70 μg/m2 dans les écoles à moins de 500 mètres de Notre-Dame

Le 13 mai 2019 la mairie de Paris a réalisé une série de prélèvements dans les établissements scolaires (trois crèches, deux maternelles, trois écoles élémentaires, un collège et une école privée) situés à moins de 500 mètres du lieu de culte.

Or, sur 196 prélèvements, 31 montrent des taux jusqu’à dix fois supérieurs au seuil (70 μg/m2). « Les poussières de plomb recouvrent certains sols de classes, de cours ou de réfectoires où les enfants peuvent l’ingérer en mettant leur main dans la bouche » note Mediapart.

Les établissements les plus concernés sont l'école privée Sainte-Catherine (maternelle et élémentaire qui abrite aussi la crèche municipale Sainte-Lucie) où le taux de concentration au plomb atteint 698 μg/m2, soit près de dix fois le seuil d’alerte de 70 μg/m2. La crèche collective de la rue Lobau dans laquelle, sur le sol du jardin de jeux, « devant une petite maison en plastique », le taux est de 130 μg/m2. Dans la maternelle de la rue Sommerard, six classes sont contaminées, affichant des taux de concentration au plomb de 85 à 130 μg/m2. Dans l'école élémentaire de la rue Saint-Jacques, les agents chargés des prélèvements précisent que dans des soupiraux situés à environ 20 cm du niveau du trottoir et débouchant au niveau des fenêtres des réfectoires du sous-sol, quotidiennement ouvertes, les taux sont de 4 773 μg/m2 !

« Les enfants (…) ont dû ingurgiter des poussières de plomb (…) C’est catastrophique d’avoir laissé une telle situation perdurer » s’indigne ainsi une institutrice: « sans être alarmiste, il est évident qu’il faut lancer des analyses de sang pour l’ensemble des enfants. Ne serait-ce que par prévention. »

Notons, en outre, que ni des travaux, ni la présence d’anciennes peintures au plomb ne pourraient expliquer ces taux selon l’enquête de Mediapart.

« Sur dix, seuls deux établissements ont des peintures dégradées contenant du plomb. Et les taux de concentration au plomb supérieurs au seuil autorisé relevés dans ces écoles le sont également dans des espaces dépourvus de peintures polluées » souligne Pascale Pascariello qui a réalisée cette enquête journalistique. 

Des analyses sans conséquences…sauf pour la crèche de la préfecture de police de Paris !

La constatation de ces contaminations n’aura déclenché aucune fermeture d’établissements en contradiction avec les recommandations de la DGS.

Pire aucune communication de la part de la mairie sur les mesures d’hygiène à adopter n’a été faite auprès des familles.

Seule, la préfecture de police de Paris bénéficiera du sacrosaint principe de précaution et décidera de fermer temporairement sa crèche après avoir relevé des taux de concentration de plomb de 40 μg/m2 dans la biberonnerie et dans une classe.

Le public n’a en rien été informé. Quant aux chefs d’établissement, ils ont reçu, le 20 mai, un courriel des affaires scolaires et de la petite enfance de la ville de Paris les invitant à rassurer les parents « les rapports signalent une absence de pollution au plomb dans chacun de vos établissements. Vous pouvez donc rassurer les parents en cas de question sur le sujet. »

Frédéric Haroche

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Vos réactions (6)

  • Un peu beaucoup d'aplomb !

    Le 18 juillet 2019

    Bertrand Delanoé a été surnommé "Notre Dame de Paris" (on se demande bien pourquoi?) ;
    Anne Hidalgo a été surnommée "Notre Drame de Paris" (on sait bien pourquoi!) ;
    ni l'un(e) ni l'autre(e) ne manque pourtant d'aplomb !

    M. Vimeux

  • Encore du plomb dans l'aile !

    Le 18 juillet 2019

    Si Mediapart dit vrai, c'est scandaleux, et cela devrait être lourd de conséquences pour nos décideurs. L'été sera chaud pour des raisons non uniquement liées au dérèglement climatique et à la cuisson des homards ! Cela me rappelle étrangement le nuage de Tchernobyl en 1986, qui s'était arrêté à la frontière allemande... Si encore ça avait mis un peu de plomb dans la tête des élites qui ont assisté contrits et contraints au spectacle!

    R. Gries

  • Alerte au gaz !

    Le 19 juillet 2019

    Il serait grand temps d'alerter sur les flatulences des rats infestés par la peste et autres maladies ictéro-hemorragiques.

    P. Castaing

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