Pour la Cour des comptes, la médecine libérale doit être le moins libre possible !

Paris, le mercredi 29 novembre 2017 - Après avoir déjà épinglé les médecins en septembre dans son rapport sur la Sécurité Sociale, la Cour des Comptes récidive avec ses travaux sur l'avenir de l'Assurance-maladie dévoilés ce mercredi.
Pour la haute juridiction, « les outils actuels de régulation ont atteint leur limite ». Par conséquent, selon elle, la principale planche de salut est, pour atteindre l’équilibre des comptes, des restrictions de liberté infligées aux médecins libéraux.

Quand la Cour des comptes se mêle de ce qui ne la regarde pas (vraiment)

L’un des points marquants de ce rapport est la dénonciation « des dépassements tarifaires, qui entravent l’égal accès aux soins », et qui, selon les sages de la rue Cambon, « devraient être mieux maîtrisés, et le cadre de la négociation conventionnelle revu en profondeur ».
La Cour propose ainsi que soient établies des règles de plafonnement des dépassements d’honoraires entraînant en cas de non-respect l’exclusion du conventionnement du professionnel de santé. On pourra remarquer ici, que n’entrant pas dans la comptabilité publique, les dépassements d’honoraires ne paraissent pas faire partie du domaine de compétence de la Cour des comptes, qui n’en est cependant pas à sa première sortie sur le sujet.

La Cour des comptes poursuit et fustige la mauvaise répartition des médecins sur le territoire, mauvaise répartition qui serait à l’origine de 800 millions d’euros de dépenses inutiles. La rue Cambon estime ainsi «indispensable» de réguler l'installation des médecins par un conventionnement sélectif et l’obligation pour les jeunes médecins à exercer dans les "déserts".

Rémunération : le tout forfait !

Concernant les revenus des médecins « augmenter significativement la part des rémunérations forfaitaires » est le leitmotiv de la Cour des comptes.
Par ailleurs, si ces recommandations étaient suivies, serait instaurée dans le sacrosaint ONDAM « pour les soins de ville une réserve prudentielle permettant de réduire les tarifs ou de suspendre les augmentations tarifaires en cas de non-respect de l’objectif prévisionnel de dépenses ». 
La Cour des compte souhaite également que soient mises « sous enveloppe régionale les rémunérations des médecins libéraux de façon à limiter le nombre d’actes réalisés et de prescriptions »…tout un programme !

Les libéraux au garde-à-vous !

« Afin de désengorger les urgences hospitalières », la Cour appelle encore à « l’extension des horaires d’ouverture » des cabinets. Elle prône, de la même manière, une meilleure réponse aux demandes de soins non programmées et préconise « d’expérimenter à l’entrée des urgences une régulation médicale indépendante de l’hôpital permettant d’orienter les patients vers la réponse de soins, ambulatoire ou hospitalière, la mieux adaptée à leur état ». En résumé, travailler plus, pour gagner moins et avec plus de contrainte !

Les libéraux sous contrôle

Dans le monde rêvé par la rue Cambon, les libéraux seront enfin sous contrôle avec un système de recertification périodique et la généralisation de l'ordonnance électronique qui permettra « l’analyse de la qualité des soins et des effets des médicaments ».
A la lecture de telles propositions, on s’interroge : pourquoi ne pas tout simplement promouvoir la fin de la médecine libérale, qui n’aurait en effet plus de libre que le nom ?

Frédéric Haroche

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Vos réactions (21)

  • La colonisation et l'asservissement ont encore de beaux jours

    Le 29 novembre 2017

    Les premiers à vouloir être soigné pour pas un centime sont les derniers à respecter notre profession. Ce sont les premiers à user de passe-droits et d'influence pour obtenir des consultations privées au tarif public.

    A quand la recertification de ceux qui ont fait le tiers de nos études, qui ont tout pouvoir de décisions sans retour bâton, qui rêvent d'égalité quand la réalité et le bons sens appelle l'équité? Rue Cambon: liberté je vous hais, mais seulement celle des autres.

    Dr Isabelle Gautier

  • Appliquons également l'obligation de célibat !

    Le 29 novembre 2017

    Plus de conjoint ni d'enfants dans les pattes, d'où une plus grande liberté d'installation, et personne pour nous reprocher de sacrifier la vie de famille pour des horaires de travail à rallonge, et pour un salaire horaire comparable à celui de notre femme de ménage (pour ceux qui en ont une ...). La médecine n'est-elle pas un sacerdoce ? Ne sommes-nous pas les "curés" de la médecine ? A la réflexion, je me demande si je ne vais plutôt devenir un vendeur de pizzas ! Mêmes horaires, mieux payé, aucune remarque désobligeante de la part de nos dirigeants... Seul bémol: je vais faire grossir le budget maladie de la sécu par la malbouffe...

    Dr Philippe Vassart

  • Liberté médicale, Non dictature des cons

    Le 29 novembre 2017

    Vous dites Cour des Comptes ou Cour des Cons ...j'hésite...

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