Pratique avancée infirmière : la base des discussions…et des disputes !

Paris, le jeudi 8 mars 2018 – La concertation entre syndicats d’infirmiers, de médecins libéraux, ordres professionnels et ministères s’ouvrent aujourd’hui sur la pratique avancée infirmière. L'enjeu est de définir les contours  du métier « d’infirmier clinicien », profession "intermédiaire" entre l’infirmier et le médecin.

Le Quotidien du médecin a dévoilé, dans ses colonnes, les projets de décrets et d’arrêtés sur lesquels porteront les discussions.

Infirmier de pratique avancée : un projet bien avancé !

Il apparaît que l'infirmier en pratique avancée pourrait intervenir dans quatre domaines. Tout d’abord dans certaines pathologies chroniques stabilisées*, mais aussi l'oncologie, la transplantation rénale et encore la santé mentale en face à face ou à distance et ce à trois niveaux : l'orientation, l'éducation, la prévention et le dépistage ; la coordination du parcours de soins et enfin l'évaluation clinique.

L'infirmier pourrait aussi « réaliser des actes techniques nécessaires au suivi de la ou des pathologies et interpréter les résultats », « prescrire des examens complémentaires nécessaires au suivi du patient et interpréter les résultats », prescrire des dispositifs médicaux ou des médicaments « non soumis à prescription médicale obligatoire » ou « renouveler ou adapter des prescriptions médicales en cours ».

En outre, il pratiquerait 16 actes techniques, sans prescription médicale, mais dont beaucoup font déjà partie des compétences infirmières.

Quelle place pour le médecin ?

Le projet de décret précise également ce que devront être les rapports entre les médecins et l'infirmier clinicien. Les praticiens détermineront « pour chaque domaine d’intervention, les patients auxquels sera proposé, avec leur accord, un suivi par un infirmier exerçant en pratique avancée » qui devra en retour informer le praticien s'il repère une dégradation de l'état de santé du patient ou « une situation dont la prise en charge dépasse son champ de compétences ». Une autonomie relative donc, qui, révolte déjà les syndicats !

« Un énorme marché de dupes » ! 

Ainsi, le SNIIL (Syndicat National Infirmiers Libéraux) a dores et déjà réagi en se déclarant « stupéfait » d’un « énorme marché de dupes ».

Le syndicat estime en effet que « les textes réglementaires en projet ne donnent strictement aucune autonomie aux futures infirmières et infirmiers exerçant en pratique avancée (IPA) ».  Alors même que « dans tous les pays du monde, la pratique avancée se caractérise (…) par un degré élevé d’autonomie professionnelle, l’intégration de la recherche, la gestion de sa propre charge de travail, des compétences cliniques étendues et reconnues comme telles et la fourniture de services de consultation ». Pour le SNIIL, « en l’état actuel des choses, ce n’est pas du tout la définition qui a été choisie par les autorités Françaises ! »

Le CESE (Le Conseil Économique Social et Environnemental) soulignait d’ailleurs à cet égard, il y a quelques mois,  que les décrets concernant la pratique avancée infirmière qui « font l’objet d’un lobbying intense » ne seraient efficients « que si les auxiliaires médicaux peuvent exercer de façon autonome ».

« Éparpiller la médecine libérale façon puzzle » !

Paradoxalement, si un syndicat d’infirmier a déjà pu considérer que "le compte n’y est pas", un  syndicat de médecin libéraux, l’UFML qui ne participera aux discussions, n’étant pas (encore…) représentatif, voit dans ce projet une manière « d’éparpiller la médecine libérale façon puzzle » ! Au syndicat, de préciser sa pensée : « après avoir sciemment créé la non attractivité de la médecine libérale, le politique (…) sous couvert d’amélioration va baisser encore les tarifs des actes par leur transfert de la médecine au paramédical ! (…) comme toujours, les syndicats sont consultés une fois le texte écrit (Par qui ?  Quand ? Comment ?) (…) la délégation des actes, et la construction d’une médecine globale relèvent d’une vraie démocratie sanitaire et d’une gouvernance partagée, pas de textes préécrits ni d’orientations imposées ! », s’insurge l’organisation. Les débats promettent donc d’être houleux.

*accident vasculaire cérébral, artériopathies chroniques, cardiopathie, maladie coronaire, diabète de type 1 et diabète de type 2, insuffisance respiratoire chronique, maladie d'Alzheimer et autres démences, maladie de Parkinson et épilepsie

Frédéric Haroche

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