Pratique avancée : le collège infirmier dénonce le « mépris » du gouvernement et du « lobby médical »

Paris, le mardi 13 mars 2018 – Après la présentation, le 8 mars dernier, par la Direction Générale de l’Offre de Soins (DGOS) du projet de décret sur la pratique avancée infirmière, le Collège Infirmier Français qui regroupe « 22 personnes morales représentatives de la profession infirmière » publie un communiqué au vitriol qui pointe « une sévère déconvenue pour la profession infirmière en France ».

Le « mépris » du gouvernement

Le communiqué dénonce en premier lieu le « mépris pour la reconnaissance de l’expertise infirmière en pratique avancée » du gouvernement qui se manifesterait par un « projet de décret qui exclut la profession infirmière ». « Nous avions connu une première déconvenue à la lecture de l’article 119 de la loi de modernisation de notre système de santé du 26 janvier 2016 qui fixait un périmètre assez resserré aux paramédicaux exerçant en pratique avancée » estime le Collège qui souligne « avec ce décret, nous avions l’occasion de bousculer la structuration passéiste des professions de santé en France » mais « les textes conservent une logique clivante séparant approche médicale et paramédicale alors que dans de nombreux pays une démarche intelligente et aplanie a été retenue, réunissant des professionnels de santé autour des situations, pour faire vivre l’interdisciplinarité et mieux servir la population ».

Le CIF dénonce aussi la méthodologie gouvernementale « faisant alterner temps de latences et pression imposée par un calendrier contraint » et « une approche initiale obligeant les participants à analyser des projets de textes en extemporané sans même disposer d’une version papier ».

Le « lobby médical » à la manœuvre ?

Pour l’organisme, c’est le « lobby médical » qui serait à l’œuvre pour tirer vers le bas les pratiques avancées infirmière dans notre pays et interdire consultations, diagnostics et recherche à cette profession.

Au total, le CIF dénonce des « arbitrages (…) en accord avec la vision de la pratique avancée portée par certains groupes de pression médicaux (…) radicaux sur le sujet, dans une vision archaïque et médico-centrée du soin ».

Elle conclut qu’elle souhaite « une reconnaissance à part entière de l’IPA, expert autonome conforme au modèle international et nourri des savoirs issus de la discipline des sciences infirmières ».

F.H.

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Vos réactions (4)

  • Sortir d'un système féodal

    Le 13 mars 2018

    Une fois encore l'archaïsme français fait ses preuves. Combien de temps encore la profession infirmière devra se contenter de strapontins généreusement accordés par délégation par la toute puissante autorité Médicale pour participer aux soins. Ce système pyramidal imposé, reléguant les infirmières (peut être là encore un relent de domination masculine) à ce rôle d'"auxiliaire" est encore en vigueur.

    Il y a bien longtemps que dans d'autres pays évolués, le système de soins n'est plus construit comme une pyramide mais est pensé comme une collaboration de professions de santé avec leurs pleines compétences. Les termes de Diagnostic, physiologie, pathophysiologie, pharmacologie, anatomie et la possibilité de prescription ne sont pas l'apanage génétique d'une seule espèce soignante. Différentes professions de santé partagent les connaissances et les compétences nécessaires et devraient en avoir le droit d'usage. Il est temps de sortir d'un système féodal et de s'ouvrir à plus de pragmatisme, réalisme et objectivité. Il n'y a aucune mise en danger avec la pratique avancée infirmière, car elle ne sort pas d'un chapeau du jour au lendemain et est réservée aux personnes en ayant les compétences même acquises depuis longtemps pour certaines spécialités. Il est temps d'avoir un peu de lucidité.

    Pascal Rod
    IADE

  • Travailler en complémentarité

    Le 14 mars 2018

    Nous voici arrivé à l'heure de la pénurie de médecins. Beaucoup d'effort pour en arriver là: le numérus clausus, le rapport Choussat, le secteur 2, les choix de la profession (qui a aussi ses responsabilités), l'absence de réaction du public (les malades en puissance), les schémas proposés par l'ARS imposant deux médecins porteurs de projet.

    Maintenant qu'on est installé dans la pénurie et on va faire appel aux infirmiers cliniciens. Pourquoi pas. Nombre d'entre nous ont beaucoup appris à leur contact. Pourquoi ne favorise t-on pas la constitution de dispensaire où les professionnels de santé pourraient travailler en complémentarité? Oui pour les infirmiers cliniciens mais il faut qu'ils soient rémunérés décemment!

    Dr Michel Simonot

  • Un échelon de plus (à Pascal Rod)

    Le 18 mars 2018

    La lecture de votre message m'attriste profondément. Je ne sais pas où et avec qui vous travaillez, mais on ressent clairement votre mépris des médecins, que j'imagine plus dû à une expérience très négative avec des confrères condescendants (ce que je peux parfaitement concevoir) qu'à un positionnement dogmatique.

    Néanmoins il me semble important de vous faire part de quelque chose : les infirmiere.e.s travaillant dans des ESP, libéral.e.s ou ASALEE, me semblent tout à fait heureux.ses de l'évolution de leur métier et de leurs interactions entre professionnel.le.s de santé. N'hésitez pas à leur demander s'il/elles appellent les IPA de leurs voeux. Sachant que vous révoquez le système pyramidal, sans vous rendre compte que ce serait exactement la même chose, mais en version hospitalo-centrée (car à qui pensez-vous que les IPA rendraient compte ? à un service de type HAD certainement). Tout en créant un échelon de plus dans le mille-feuille, que d'habitude nous rejetons tous lorsqu'il s'agit d'une administration.

    Il m'aurait d'ailleurs semblé plus judicieux de mettre en avant les ASALEE, expérimenté et validé depuis longtemps et d'ailleurs poussé par les ARS, avant de trouver encore une nouvelle idée pour répondre aux inégalités territoriales de santé (soyons clair, c'est le raisonnement) qui n'est plus forcément indispensable à l'heure de la télémédecine.

    Et j'espère sincèrement que vous retrouverez la joie d'exercer votre belle profession, peut-être au contact d'une nouvelle génération de médecins qui ne sont majoritairement plus dans une logique de hiérarchie mais d'interdisciplinarité ?

    Dr David Azerad

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