Prêts pour la télémédecine suédoise ?

En 2015, le prestataire de soins Suédois KRY s’est lancé dans la téléconsultation vidéo. Près de 250 médecins sont désormais accessibles par les patients sur une application (sur smartphone ou tablette) en quelques minutes, de 6h à minuit, essentiellement sur des soins de premier recours : médecine générale, pédiatrie, dermatologie etc. En partie subventionnées par la sécurité sociale Suédoise, ces consultations vidéos représenteraient entre 2 et 3 % de l’ensemble des consultations généralistes du pays. L’application devrait très bientôt arriver en France (Interview réalisée le 4 avril 2018 auprès de Jonathan Ardouin, Directeur Général de KRY France, et du Dr Axel Rodhe médecin suédois ayant participé au développement de la plateforme).

Traiter environ 60 % des cas de médecine générale en téléconsultation

On peut s’interroger sur la possibilité de se passer de tout examen physique au cours d’une consultation médicale. Dans les faits, le premier contact du patient avec l’application KRY consiste à répondre à un questionnaire pour renseigner les symptômes et les antécédents, ce qui permet de proposer une réorientation pour les cas dont on sait qu’une prise en charge uniquement par vidéo ne sera pas suffisante. KRY a conçu ce questionnaire en se basant sur 3 années d’expérience accumulées. « Sur les patients que je reçois, je peux en aider 9/10 (…) il y a beaucoup de diagnostics qu’on peut faire, notamment en pédiatrie », affirme le Dr Rodhe. « J’ai l’impression que la relation patient-médecin est presque plus forte en digital parce que le patient peut choisir d’où il consulte et à quel moment il consulte. Il n’a pas été en salle d’attente pendant 2h (…). En fait, ces 10-15 minutes de consultation sont relationnellement très fortes, en termes d’écoute. »

« Quand on a lancé notre service on a calculé qu’on était capables de traiter entre 45 et 50 % des cas de la médecine générale » ajoute Jonathan Ardouin. KRY a par la suite développé des partenariats avec des laboratoires d’analyse médicale afin de pouvoir transmettre les résultats directement sur l’application. Ils ont également rendu possible la consultation d’un médecin de KRY avec l’aide d’un pharmacien dans certaines officines (notamment dans les "déserts médicaux" où la couverture internet est faible, ou pour les sujets âgés qui utilisent moins spontanément l’application). « On élargit ainsi l’offre à environ 60 % des cas de médecine générale ».

Un réseau de médecins travaillant collégialement

Le passage par une application, alliée à la digitalisation importante du système de soins Suédois, offre de vrais avantages sur le plan de l’organisation et du partage de l’information. Les informations fournies permettent de constituer un dossier patient sur KRY, et peuvent être réutilisées lors d’une consultation ultérieure pour assurer une continuité du soin. Les vidéos sont cryptées et ne sont pas conservées, assurant ainsi la sécurité et la confidentialité des consultations. Les patients sont identifiés par un numéro que chacun possède en Suède, et les médecins peuvent consulter un dossier informatisé commun aux différents praticiens (proche du dossier médical partagé que nous peinons à mettre en place). Pour prescrire ? Comme tout médecin suédois, le praticien de KRY n’a qu’à passer par un logiciel dédié et le traitement attendra le patient dans sa pharmacie.

Pour le médecin, KRY offre le confort du télétravail. Le Dr Rodhe actuellement médecin à Paris, peut continuer à consulter des patients depuis son bureau via KRY. « Tous les jours je travaille avec des patients Suédois, ça marche très bien ». Pour lui, l’avantage est également de travailler en collégialité avec les autres médecins de KRY, qu’il est possible de contacter à tout moment en faisant ‘pause’ au cours de la consultation. « On se consulte entre collègues, on met des photos, on discute des diagnostics, des traitements, c’est très "ludique" ». Des médecins ‘séniors’ dédient une partie de leur temps à conseiller les moins expérimentés.

Des médecins régulièrement évalués

Les médecins ne sont pas rémunérés à la consultation, mais en fonction du temps passé sur la plateforme (quel que soit le nombre de patients vus), avec un salaire équivalent au salaire moyen des médecins généralistes Suédois. En Suède, les patients sont très satisfaits par le service (la note de satisfaction des patients est de 4,8 sur 5). Les médecins de KRY sont régulièrement évalués sur la qualité de leur prise en charge (par exemple sur des critères comme la prescription d’antibiotiques). En cas de soucis, les patients peuvent contacter le service patientèle : « Quand le retour du patient est mauvais, nous essayons systématiquement de comprendre ce qu’il s’est passé et essayons de résoudre le souci du patient » précise Jonathan Ardouin.

L’offre de téléconsultation modifie nécessairement la façon dont on a recours aux soins, et doit trouver sa place dans le système actuel. « Le patient type est une mère de 30 ans avec deux enfants à la maison, dont un qui a par exemple une infection virale (varicelle), et qui n’a pas envie de prendre la voiture, d’attendre dans la salle d’attente... » témoigne le Dr Rodhe Les statistiques montrent que les patients n’abusent pas du service avec un délai avant la consultation suivante de 5 à 6 mois (proche de ce qui est rencontré dans le circuit classique). Des suivis sont également possibles, l’application permettant au médecin de proposer un rendez-vous au patient. En Suède, KRY est actuellement en train de développer la prise en charge de pathologies chroniques comme la dépression légère à modérée.

La consultation coûte au patient environ 25 euros (qui lui restent à charge), auquel il faut rajouter 40 euros qui sont payés à KRY par l’assurance maladie Suédoise gérée régionalement, un coût et un remboursement équivalent aux consultations physiques. A noter que les consultations sont toujours sans reste à charge pour les enfants en Suède (y compris celles de KRY). L’état semble y trouver son compte, KRY ayant pour vertu de désengorger les salles d’attente, notamment dans les déserts médicaux, et de répondre en partie à la question de la permanence des soins (KRY est ouvert avant et après les cabinets de consultation classique). De plus, les consultations ne sont pas payées lorsque le médecin estime qu’une consultation « physique » s’avère finalement nécessaire (évitant de faire payer deux fois l’assurance maladie).

Bientôt en France ?

Déjà présent en Norvège et en Espagne, KRY envisage de se lancer en France au cours de l’année 2018. Le prestataire de soin a ainsi obtenu l’agrément de l’ARS île-de-France et sont en cours de discussion avec la CNIL. « D’un point de vue technique, nous sommes prêts à lancer. Nous nous lancerons quand nos discussions avec les instances et les médecins nous feront dire ‘ça c’est un besoin sur lequel on peut aider’. Les systèmes de soins suédois, norvégien, espagnol et français sont très différents. Nous ne sommes pas là pour concurrencer le système, nous sommes là pour aider où nous en sommes capables » précise Jonathan Ardouin.

KRY aura-t-il le même succès en France ? En Suède, certains médecins se sont bien entendu déclarés sceptiques à son lancement : « C’est facile de dire ‘on ne peut pas le faire, ça marche pas comme ça’. [Mais] Il y a des jeunes qui veulent voir le côté positif des choses : ‘qu’est-ce qu’on peut faire ?’. » nous dit le Dr Rodhe « Si les patients sont bien soignés, c’est ce qui comptera au final » conclut Jonathan Ardouin.

Pour toutes questions ou demandes de précision, ou si vous voulez participer au lancement de KRY en France, vous pouvez vous adresser à cette adresse : docteur@kry.se.

Dr Alexandre Haroche

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