Psychiatrie et terrorisme : Gérard Collomb persiste

Paris, le mardi 22 août 2017 – Au lendemain de l’attentat perpétré à Barcelone la semaine dernière, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb avait évoqué son ambition de mobiliser les psychiatres et les hôpitaux psychiatriques afin qu’ils puissent participer à la lutte contre le terrorisme. Il évoquait la possible mise en place de  "protocoles"  afin de renforcer la détection des profils à risque, notamment des personnes développant des « délires autour de la radicalisation islamique ». Nous avons souligné les limites d’une telle proposition et la complexité des présupposés sur lesquels elle semblait reposer. Pourtant, aujourd’hui, Gérard Collomb a confirmé sa volonté d’impliquer davantage les psychiatres dans la « prévention » des passages à l’acte terroriste. A l’antenne de RMC/BFMTV, il a ainsi détaillé : « Dans le fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation (FSPRT), nous considérons qu’à peu près un tiers des personnes présentent des troubles psychologiques », précise-t-il.  Face à cet état de fait, le ministre de l’Intérieur considère : « Il est clair que le secret médical, c’est quelque chose de sacré, mais en même temps, il faut trouver le moyen qu’un certain nombre d’individus, qui effectivement souffrent de troubles graves, ne puissent pas commettre des attentats ».

La maladie mentale est loin d’être omniprésente chez les terroristes

Nous l’avions pressenti, cette sollicitation de la psychiatrie face au terrorisme suscite des réactions de rejet chez les spécialistes. Le psychiatre David Gourion signe ainsi aujourd’hui dans le journal le Monde une tribune où il s’indigne des déclarations du ministre de l’Intérieur, qu’il qualifie de « consternantes ». Le spécialiste rappelle en effet tout d’abord que de nombreuses analyses ont invité à prendre ses distances avec l’idée d’un lien obligatoire entre maladies psychiatriques et terrorisme. « Les trajectoires individuelles des terroristes sont très variées. Le fait d’avoir été soumis à des difficultés socio-économiques ou d’être passé par un circuit psychiatrique est loin d’être omniprésent. Idem pour les maladies mentales : contrairement aux idées reçues, les patients dépressifs, schizophrènes ne sont absolument pas représentatifs des bataillons terroristes » écrit-il. David Gourion rappelle par ailleurs le caractère fondamental du respect du secret médical et de l’indépendance des praticiens.

Comment faire la différence entre délire psychiatrique et délire prophétique ?

Au-delà, les liens établis par le ministre de l’Intérieur rappellent au spécialiste la longue tradition de brimades, de discrimination et de poursuites dont les patients atteints de maladie mentale ont été les victimes au cours de l’histoire. « Plutôt que de chercher les terroristes chez nos patients en souffrance, les responsables politiques feraient mieux de nous aider à battre en brèche les stéréotypes stigmatisants que véhicule la société sur la maladie mentale » conclut le psychiatre.

Plus précisément, il estime que l’existence de délires autour de la religion ne saurait être considérée comme suffisante pour suspecter un risque de passage à l’acte. « Les patients jeunes schizophrènes, quand ils rentrent dans la maladie, font souvent des bouffées délirantes aigües avec des idées très mystiques qui font partie de leur maladie. Ils ont l'impression que Dieu leur parle, leur donne une mission. C'est très caractéristique, mais ils ne sont pas dangereux. S'il est musulman et qu'il se met à dire Allah, le jihad, etc, on serait dans le cadre d'une sorte de protocole, tenu de le signaler, il y a quelque chose qui ne colle pas » remarque le spécialiste interrogé pour France Info.

Phénomène de contagion

Néanmoins, l’actualité récente où l’on a vu des personnes présentant manifestement des troubles psychotiques commettre des homicides sans rapport avec le terrorisme islamiste mais en utilisant des méthodes évoquant celles des jihadistes interroge sur le phénomène « d’imitation ». Remarquée par Gérard Collomb, cette tendance n’est pas niée par les psychiatres qui sont cependant nombreux à considérer que sa prévention ne passe pas nécessairement par la mise en place de dispositifs spécifiques s’inscrivant dans la lutte contre le terrorisme.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (7)

  • Soigner qui ?

    Le 22 août 2017

    Le ministre veut sans doute psychiatriser les victimes du terrorisme et ceux qui ont peur de le devenir. Je ne vois pas d'autre explication !

    Dr André Marquand

  • Instrumentalisation

    Le 22 août 2017

    Tout au long de l'histoire récente, des responsables politiques ignares en matière de médecine, ont cherché à instrumentaliser les médecins et en particulier les psychiatres. Tous les prétextes sont alors bons pour que des médecins soient poussés à s'aligner sur des idéologies totalitaires de tous bords et devenir le bras droit de politiciens en mal de popularité, dont la pauvreté des connaissances médicales n'a d'égal que l'inefficacité des mesures suggérées voire imposées.

    Ne nous laissons jamais dicter une conduite médicale sans qu'elle soit dument validée par les études les plus poussées et nos pairs dans le domaine incriminé.

    Dr Paul Tolck

  • Sens du secret médical

    Le 22 août 2017

    Le secret médical n'est pas quelque chose de sacré, c'est une condition indispensable pour que les malades, surtout psychiatriques, acceptent de consulter et de se confier. Aucune guérison n'est possible sans cette assurance donnée aux malades.

    Dr Bernard Hoche

Voir toutes les réactions (7)

Réagir à cet article