Quand les dealers utilisent les nouveaux canaux de vente, de promotion et de livraison…

Paris, le mardi 14 mars 2017 – De nouvelles tendances s’imposent chez les trafiquants et les consommateurs de drogues. Déjà, il  y a quelques semaines, la Brigade des stupéfiants de Paris évoquait l’évolution du profil des victimes d’overdose dans la capitale. Alors que ces dernières étaient, il y a une cinquantaine d’années, principalement des marginaux, les jeunes gens des beaux quartiers, bien insérés dans la société sont désormais majoritaires.

Se droguer, mais sans risquer sa peau 

Ces changements sociologiques ont un impact sur les méthodes de vente des produits stupéfiants. On constate une réticence « croissante des acheteurs à se rendre sur les zones de trafic » relève en effet l’Office français des drogues et des toxicomanies (OFDT) dans son dernier numéro de Tendances. Les populations aisées s’inquiètent des violences fréquentes autour des points de vente traditionnels, d’autant plus que ces violences connaissent une intensification. Cet accroissement concerne de nombreuses villes et non plus seulement Marseille et Lille, Rennes ou Bordeaux sont également marqués par une recrudescence « sans précédent (…) des meurtres liés aux trafics de drogue ». Par ailleurs, la présence renforcée des forces de l’ordre dans le contexte de l’état d’urgence a également conduit les dealers à revoir leur mode de distribution.

Call centers, Drive, relance par SMS : les dealers rivalisent d’ingéniosité

C’est ainsi que depuis plusieurs années, les trafiquants vont désormais vers les clients. Ils sont de plus en plus nombreux à prendre contact avec eux par le biais de SMS. Mais cette pratique s’est industrialisée. L’OFDT évoque ainsi la création dans la région parisienne de « "Cocaine Call Centers" où les commandes s’effectuent par SMS et sont honorées par des livreurs à domicile ». Hier réservé à la cocaïne, ce système concerne également désormais, la MDMA, l’herbe de cannabis, mais aussi le crack dont la consommation est en forte hausse à Paris. Autre dispositif mis en place par les trafiquants : les Drive. A Paris, Bordeaux, Lille, Rennes ou Toulouse, les trafiquants ont mis en place des lieux de distribution qui permettent aux clients de ne pas sortir de leur voiture. Enfin, internet prend également dans ce contexte une place croissante. Ainsi, on assiste à une utilisation de plus en plus fréquente de ce que l’OFDT, appelle le "dark web". Néanmoins, pour inquiétante qu’elle soit, cette progression reste marginale. En effet, ce « mode d’achat (…) exige non seulement de planifier sa consommation à l’avance, mais également du matériel informatique, un minimum de connaissance pour accéder aux sites de vente et réaliser la transaction, ainsi que pour se protéger des risques d’escroqueries ». Ces évolutions vont de pair avec une intensification des méthodes marketing utilisées par les trafiquants, qui n’hésitent pas à proposer des offres promotionnelles par SMS, à l’instar de la plupart des grandes enseignes.

Le sexe c’est encore mieux sous ecstasy

Outre ces techniques de distribution nouvelles, l’OFDT fait état dans ce dernier numéro, d’une diffusion des pratiques de "chemsex" et de "slam". Ces termes désignent la consommation programmée de substances psychoactives dans le cadre d’une activité sexuelle. « Chez certains, notamment les sexeurs, les stratégies d’utilisation des produits sont de plus en plus élaborées, grâce à l’utilisation de sites spécifiques de rencontre qui permettent la sélection du ou des partenaires », précise l’OFDT, qui évoque encore l’existence d’épisodes de « frénésie de consommation "de partenaires" et de produits, lors de sessions pouvant couvrir un long week-end et menant à l’épuisement ». Là encore, les réseaux sociaux et certaines applications mobiles contribuent au développement de ces pratiques dangereuses et inquiétantes, qui pourraient en outre faire le lit de la diffusion de l’épidémie de VIH-Sida, notamment dans le milieu homosexuel.

Les pain killers entrent en action en France

Enfin, au titre des nouvelles habitudes en matière de produits, on relèvera que l’OFDT s’inquiète d’un accroissement des pratiques de détournement des médicaments codéinés, des opioïdes forts ou plus faibles « par des personnes a priori non usagères des drogues ». Alors que les Etats-Unis sont confrontés en la matière à une véritable épidémie, cette tendance française doit alerter et inciter les pouvoirs publics à prendre le plus rapidement possible des mesures, notamment le rappel des recommandations de prescription aux praticiens. 

 

Les données de l’OFDT

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Les trafiquants évoluent, mais notre tutelle ?

    Le 14 mars 2017

    Je suis "stupéfait" par les moyens modernes utilisés par les trafiquants, ils s'adaptent !
    Je suis navré par la réponse administrative : la kétamine, coupable d'avoir été trop "détournée"de ses usages thérapeutiques, est classée dans les stupéfiants : encore un registre à ouvrir et à remplir et à stocker dans la montagne des archives, des ampoules à compter, du temps de soignant, de médecin et de pharmacien gaspillé, à partir d'avril ... sûr qu'il va y avoir un coup d'arrêt au trafic avec ça !

    Dr F.Chassaing

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