Qui sera et que fera le ministre de la santé d'Emmanuel Macron ?

Paris, le mardi 9 mai 2017 - Démentant la prétendue imprécision des instituts de sondage, Emmanuel Macron a, comme prévu, été largement élu à la magistrature suprême ce dimanche. Parfois raillé pour le flou de son programme, notamment en matière de santé, le désormais président Macron aura fort à faire en la matière durant son quinquennat, tant ces questions sont apparu prégnantes durant la campagne, notamment concernant le remboursement des soins…

Une piqure de rappel du projet Macron en matière de santé

Seules cinq propositions colligées dans un mince chapitre de son programme imprimé baptisé « plus pour la santé » y figuraient. La prise en charge à 100 % des lunettes et des prothèses auditives et dentaires, 5 milliards d’investissements pour la santé (dont certains syndicats de libéraux redoutent déjà qu’ils soient uniquement alloués à l’hôpital), un "service" sanitaire obligatoire pour les étudiants en santé pour faire de la prévention dans les établissements scolaires et professionnels, le renforcement du droit à l’oubli pour les malades et le doublement du nombre de maisons de santé.

Sur le plan "sociétal", il se déclarait en faveur de la PMA pour les femmes seules et les couples lesbiens et pour la reconnaissance des enfants né à l’étranger par GPA. 

Outre ces quelques mesures, Emmanuel Macron, par la voix de ses représentants (notamment interviewé par nos soins) avait aussi fait savoir qu’il souhaitait un tiers payant généralisable plutôt que généralisé, en finir, à l’hôpital avec la tarification à l’activité, la mise en place d’achats groupés des médicaments innovants au niveau européen, une « révolution de la prévention » et une lutte accrue contre les conflits d’intérêts (dont l’un de ses conseillers santé, aujourd’hui révoqué, a d’ailleurs été accusé). Au chapitre des conditions d’exercice des médecins libéraux il a fait à plusieurs reprises part de son souhait de supprimer le RSI, en imaginant le tour de force d’aligner les prestations sur le régime général sans pour autant augmenter les cotisations. 

Il est néanmoins demeuré flou sur certains sujets, inquiétant ainsi certaines catégories de professionnels de santé, notamment sur la possibilité pour la grande distribution d’ouvrir des pharmacies.

Au total, les changements les plus importants devraient plus concerner la méthode que les orientations et il a promis davantage de dialogue et d’évaluation.

Mais tout ceci pourrait être caduque dans quelques semaines si le parti du Président perdait les élections législatives...

Profession : ministrable !

En santé, comme dans tous les domaines, la ronde des ministrables a commencé dès les résultats connus ! Esquissant le profil du futur locataire de l’avenue de Ségur, Emmanuel Macron avait annoncé qu’il souhaitait y voir un médecin…

Deux personnalités semblent tenir la corde pour ce poste. En premier lieu, le Dr Olivier Véran. Comme Emmanuel Macron il a mené, sur plusieurs fronts une carrière brillante tambour bâtant, digne d’un baron du premier empire. Tout juste âgé de 37 ans (il a fêté son anniversaire le jour du premier tour), il est à la fois praticien hospitalier dans le service de Neurologie du CHU de Grenoble et diplômé de sciences politiques. Il est également député PS de la première circonscription de l’Isère depuis 2012 ce qui l’a amené à siéger à la commission des affaires sociales de l’assemblée nationale où il s’est montré particulièrement actif. En 2016, le ministre de la Santé, Marisol Touraine, l’a même chargé du pilotage du comité de réforme du mode de financement des établissements de santé. Il a souvent été qualifié de "monsieur santé" d’Emmanuel Macron. Autre avantage de ce prétendant, il semble (pour le moment !) être en odeur de sainteté auprès des syndicats de médecins libéraux.

Moins sur le devant de la scène, mais tout aussi brillant, le Professeur Jerôme Salomon, 48 ans, est lui aussi un praticien de terrain (médecin des hôpitaux spécialisé en maladies infectieuses actuellement en détachement) et un spécialiste des questions de politique de santé. Il est professeur des universités, titulaire de la chaire hygiène et sécurité au Conservatoire national des arts et métiers de Paris.

Mais Emmanuel Macron, pourrait aussi faire le pari de la notoriété et il a ainsi autour de lui 3 hommes bien connu des professionnels.

En tout premier lieu Claude Evin, cet avocat de 67 ans spécialiste des questions de santé, a ainsi été président de l’Agence régionale de santé (ARS) d'Île-de-France à sa création et bien sûr ministre des affaires sociales du gouvernement de Michel Rocard…mais sa nomination correspondrait assez peu à la volonté de renouvellement !

Il pourrait aussi choisir Martin Hirsch, qui est à  la fois diplômé d’un doctorat de neurobiologie, de l’Ecole normale supérieure et de l’ENA et qui a, notamment, était directeur général de l’assistance publique (où il a souvent été contesté) et membre du gouvernement Fillon (en tant que Haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté et à la jeunesse). Il a également été président d’Emmaüs. 

Le Professeur Jean-Louis Touraine (homonyme de la précédente) pourrait aussi parfaitement incarner la figure de l’homme d’expérience, médecin de terrain fin connaisseur des rouages politiques. Spécialiste du Sida reconnu, il est député PS de la troisième circonscription du Rhône depuis 2007 et a également été maire du 8e arrondissement de Lyon. Il est un soutien de longue date d’Emmanuel Macron (au regard du parcours napoléonien du jeune Président !).

D’autres prétendants, moins en vue pour l’heure, pourraient également faire leur entrer avenue de Ségur, ou au moins y jouer un rôle important dans les prochaines semaines.

Ainsi du Pr Patrick Pessaux, 45 ans, professeur de chirurgie viscérale des hôpitaux universitaires de Strasbourg, du Dr Michel Amiel, médecin généraliste et sénateur des bouches du Rhône.

Parité oblige, il se murmure aussi qu’une femme pourrait être à la tête du ministère malgré ce casting provisoire très masculin…et pourquoi pas, certains le redoutent déjà, Marisol Touraine, qui peu après l’élection a fait savoir : « la victoire d'Emmanuel Macron est positive pour notre démocratie (…) Des choix clairs, républicains, démocratiques, européens ont été portés. Cette victoire donne à Emmanuel Macron tous les atouts pour rassembler ». 

Notons enfin l’offre de service amusée de Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France (FMF) : « si Macron choisit un médecin libéral, je suis volontaire », plus sérieusement, le syndicaliste a un nom en tête : « s’il veut vraiment faire l’ouverture, qu’il choisisse Jean Léonetti. Il connaît vraiment les dossiers et le terrain » a-t-il ainsi fait savoir à nos confrères du Généraliste.

Attendu au tournant par les syndicats de médecins libéraux

Les syndicats de médecins libéraux ont fait part, entre les deux tours, de leurs volontés de « faire barrage » à Marine Le Pen. Ils n’en restent pas moins très vigilant !

Ainsi, dès les résultats connus, comme d’autres représentants syndicaux avec lui, Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) a immédiatement placé le futur gouvernement devant ses responsabilités : « la confiance va être très difficile à retrouver. Nous attendons du prochain ministre de la Santé qu’il rétablisse la confiance avec la médecine libérale qui sort d’un conflit enkysté avec Marisol Touraine qui n’a pas su prendre en compte la crise ».

Pour le futur locataire de l’Elysée, l’état de grâce avec les professionnels de santé risque donc d’être de courte durée, s’il ne rétablit pas rapidement cette confiance perdue durant la précédente mandature. 

Soulignons, enfin, qu’au sujet de sa santé personnelle, interrogé sur le sujet par le Quotidien du médecin, il avait fait savoir, que, pour lui, il est normal que les Français soient informés sur ces sujets, mais « dans des proportions raisonnables ».  Il souhaite ainsi que soit préservé, pour lui, le secret médical tout en affirmant qu’il ne manquerait pas de faire savoir s’il était atteint d’une pathologie potentiellement incapacitante…un style décidément mitterrandien !

Frédéric Haroche

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Vos réactions (7)

  • Un ministre pour obéir à Merckel

    Le 09 mai 2017

    E. Macron va chercher, tout comme Hollande le tenta en son temps, à négocier la gouvernance de la zone euro à côté de Mme Merckel et non contre elle. Il l’a dit et répété de nombreuses fois, lui rendant visite avant même les élections.

    Chacun connaît le succès (sic) qu’a eu, en 2012, François Hollande, à propos du volet budgétaire du pacte de stabilité et de croissance dans la gouvernance de l’Europe. Il a échoué.

    C’est que l’UE gouverne la plupart de nos lois. Nos ministres sont contraints d’en tenir compte. J.C. Juncker n’a pas tardé à nous avertir et ceci dès hier. Ainsi : «Nous sommes confrontés avec la France à un problème particulier, les Français dépensent trop d’argent et ils dépensent au mauvais endroit». C’est ce qu’il a déclaré à la presse, à Berlin, en allemand et soutenu par les gouvernants allemands au lendemain même de l’élection du centriste à la présidence française.

    Voici sa déclaration traduite de l'allemand et peu connue: «Les Français consacrent entre 53 % et 57 % de leur Produit intérieur brut à leurs budgets publics, compte tenu du niveau relativement élevé de la dette cela ne peut pas fonctionner dans la durée», a ajouté Jean-Claude Juncker, qui estime que le futur chef de l’État français ne pourra pas compter à sens unique sur la mansuétude de ses partenaires européens sur ces questions. " Il appartient aussi aux Français de faire un geste en direction des autre en faisant les réformes nécessaires" a-t-il dit.

    On peut ainsi supposer que Mme Merckel tordra donc le bras à notre Président Macron si ce dernier tente de maintenir notre système de protection sociale.

    Que faut-il en penser en toute simplicité nous médecins en dehors des budgets de nos administrations ?

    Quand on voit que le système d'assurance Maladie de Bismark (1882), coûte moins cher que le nôtre (Cotisation par tête d'habitant inférieur de 15 % au nôtre selon l'IFRAP et selon l'institut MORE deux instituts comptables sérieux), quand on voit que leur système d’assurance maladie fonctionne deux fois mieux que le nôtre, et qu'il est, de plus, chaque année, bénéficiaire quand le nôtre est de plus en plus déficitaire, quand on voit tout cela on peut se demander s'il ne serait pas plus sage de se laisser tordre le bras et d’adopter la bonne façon des voisins allemands ?

    Je sais bien que les héritiers des concepteurs de 1945 Thorez Laroque vont refuser ce constat. Mais faut-il les écouter ?

    Dr Jean Doremieux

  • Et les paramédicaux ?

    Le 09 mai 2017

    Pourquoi est ce qu'en France la santé n'est considérée que du point de vue des médecins ? Plus de 600 000 infirmieres, des milliers de kinésithérapeutes, de sages femmes, et d'autres soignants de la ville et des hôpitaux qui œuvrent tous de façon complémentaire à la santé de nos concitoyens. Sans faire de communautarisme, quelle place leur laisse t-on dans la stratégie nationale? Les solutions se trouveront en pluridisciplinarité, comme c'est le cas dans une équipe de soins. Il y aussi des cadres et cadres supérieurs comme moi, diplômées en management, Master 2 et autres, expérimentées et connaissant le terrain, mais aussi le contexte économique de la santé. Pourquoi ne pas nommer un ministre médecin et un paramédical en secrétaire d'état par exemple ? Un vrai renouvellement? Chiche !

    Julie Gadet

  • Santé : résistance infirmière face à la finance.

    Le 10 mai 2017

    Après le quinquennat de la honte et de la trahison du président Hollande, mis en oeuvre dans le domaine de la Santé par la méprisante et hautaine Marisol Touraine, que nous réserve le quinquennat Macron ?

    Aidé, soutenu et installé à l’Elysée par son précepteur socialiste, (le même qui a été le premier Président de la République à ne pas pouvoir se représenter du fait de ses misérables résultats en matière de chômage et autres), Emmanuel Macron a pour programme de consolider la casse du système de santé entamée sous Sarkozy et prolongée sous Hollande. Maintenir les effectifs (comment pourrait on encore en enlever ?) dans les services de soins signifie ne pas en rajouter là où ils ont été sabrés, est son credo. Alors que les infirmières et les autres blouses blanches sont épuisées, le programme annoncé du libéral président Macron ne prévoit pas de les soulager.

    Pire, il veut autonomiser les établissements encore plus et a pour objectif "d’engager une réflexion sur les compétences et métiers en santé, de développer les pratiques avancées des paramédicaux." ... la belle affaire.

    Car ce qui manque avant tout dans les hôpitaux ce sont des personnels afin de ré-humaniser le soin. Plus de temps donné aux soignants pour travailler correctement en sécurité et en qualité des soins auprès des patients (qui le sont de moins en moins).

    Selon l’adage bien connu "le temps c’est de l’argent", selon le fait établi que c’est la finance qui commande aux hommes politiques, il y a bien à craindre le pire d’un banquier devenu Président, qui n’a pour seul bilan dans la sphère publique que la coordination du programme économique de Hollande (à l’Elysée) et la conduite du ministère des finances (à Bercy), pour mettre en oeuvre sur le terrain ce même programme libéral.

    Nous, infirmières, n’avons pas d’autres choix que de continuer à nous battre et à résister. Cela commence dès aujourd’hui en nous donnant, aux législatives, le contre pouvoir nécessaire au plus jeune Président que la République ait donné à la France depuis...Napoléon.

    Elisabeth Moisson

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