Recherche : ne m’appelez plus jamais France ?

Jacques Antoine Rabaut-Pommier (1744-1820)*
Paris, le samedi 25 février 2021 – Pour ceux (et il est probable que la rédaction du JIM en fasse partie) qui voulaient croire que la France était encore une grande nation de recherche médicale, l’épidémie de Covid-19 est une expérience amère. « Les Français auxquels on a toujours dit que le pays est une grande puissance, en position numéro six dans le monde, sont stupéfaits de découvrir avec la crise du coronavirus qu’il est extrêmement dépendant de l’étranger pour un très grand nombre de produits, y compris les plus essentiels comme les médicaments » résume dans Contrepoints, Claude Sicard docteur en économie et intervenant à Sciences Po. Or, après la quasi absence d’usines pouvant produire à grande échelle des masques, des respirateurs artificiels ou encore des réactifs pour les tests PCR, le coup de grâce a probablement constitué l’absence de vaccin « français » faisant la course en tête parmi les vaccins en cours homologation. « La France, l’un des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (avec les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Russie et la Chine) est le seul à ne pas avoir encore mis au point de vaccin contre le Covid-19. Elle apparaît aujourd’hui comme en marge des grandes puissances, développant puis proposant leur(s) vaccin(s) à l’ensemble de la planète » constate implacable dans le Monde, Carine Milcent, chercheuse au CNRS sur les systèmes de santé. Pourtant, la mise au point rapide d’un vaccin efficace contre la Covid-19 constituait un test grandeur nature pour éprouver la qualité et le dynamisme de notre recherche. Quelle analyse peut-on faire de cet échec, de ce « déclassement » pour reprendre l’expression du Haut-commissaire au Plan François Bayrou ?

Des talents français partout dans le monde

Pourtant, la France est partout. Et certains à l’étranger remarquent même parfois avec un brin de triste ironie qu’il est remarquable qu’avec les faibles moyens dont la recherche française dispose elle puisse conserver un tel niveau. Les Français, eux aussi, sont partout. Le dernier Prix Nobel de médecine a été attribué à une chercheuse ayant fait tout son parcours de formation en France, Emmanuelle Charpentier, tandis que les patrons des laboratoires Moderna ou AstraZeneca sont Français. Français, mais travaillant aujourd’hui ailleurs. Force est de constater que la France ne sait pas conserver ses talents.

Sanofi pas si différent de Pfizer

Or, outre ses talents, la France connaît également une structuration qui n’a rien à envier à ses partenaires internationaux. « On retrouve à chaque fois un modèle similaire : une structure universitaire pour la recherche fondamentale, une start-up pour la recherche appliquée, des géants pharmaceutiques signant des partenariats permettant de bénéficier de leur force de frappe en termes de production et de logistique, et un investissement d'origine publique ou privée. Ces associations ignorent les frontières : dans le cas de l'Institut Pasteur, il s'agissait d'une collaboration avec des chercheurs de l'université de Pittsburg, le géant américain Merck, et le ministère de la Santé américain. En plus de son alliance avec le groupe britannique GSK pour son premier candidat vaccin, Sanofi a en outre misé sur l'entreprise américaine de "biotech" Translate Bio, elle aussi spécialisée dans l'ARN messager. Notons au passage que Pfizer n'est pas elle-même une entreprise plus "innovante" que Sanofi - moins de 25 % de ses médicaments ont été développés en interne - et a également supprimé des emplois dans sa branche R&D » nous rappelle Louis Nadau dans Marianne.

La faute à pas de chance

Il ne faudrait pas plus incriminer un possible manque d’inventivité ou d’audace. L’économiste Elie Cohen dans une analyse détaillée publiée sur Slate, consacrée au retard du laboratoire Sanofi observe que les Américains ont cru dans le projet de la firme française (avec un soutien financier apporté à travers l’opération Warp Speed). Aussi, la part de hasard qui existe dans ce type de projet ne doit pas être sous-estimée. « Les critiques contre Sanofi sont injustifiées, l'entreprise a déployé face au Covid une stratégie faite de prudence et d'audace: prudence en choisissant de développer avec GSK un vaccin basé sur la technologie éprouvée de la protéine recombinante; audace avec Translate Bio, une start-up américaine chargée de développer un vaccin avec ARN messager. Les aléas de la recherche et plus encore de l'industrialisation font que Sanofi arrivera sur le marché avec quelques mois de retard sur ses concurrents. La faute à pas de chance, en somme » et poursuit encore :
« Ensuite, en termes de résultats, Sanofi combine le pire des deux mondes. S'il est vrai que les Big Pharma se désengagent des recherches disruptives et font ensuite leur marché auprès des start-up, Sanofi fait plus mal que Pfizer (allié a BioNTech) AstraZeneca (allié à Oxford) ou Bayer (allié à CureVac). En s'alliant avec Translate Bio après avoir considéré des partenariats avec BioNTech et CureVac, Sanofi a fait clairement les mauvais choix: incapacité à sortir un vaccin classique par ses propres moyens, incapacité à choisir le bon partenaire parmi les start-up en quête de partenaires parmi les grandes firmes pour l'industrialisation et la production ». Louis Nadau paraît abonder « Il y a une part de "chance" dans le pari (rationnel) gagnant de Pfizer et Moderna : "L'idée de partir de quelque chose qu'on connaît bien, comme Sanofi avec son vaccin contre la grippe, pouvait être une stratégie pertinente. Il y a une part de hasard, de risque dans la recherche", souligne Nathalie Coutinet, enseignante-chercheuse à l'Université Sorbonne Paris Nord. "D'une manière générale, même si c'est aussi un discours que tiennent les industries pharmaceutiques, lancer des nouvelles thérapies innovantes, c'est toujours un pari risqué », abonde Henri Bergeron, directeur de recherche au CNRS et sociologue spécialiste des questions de santé publique. « Rappelons que pour la plupart des molécules étudiées par l'industrie pharmaceutique, la probabilité moyenne d’atteindre le marché pour un projet au stade préclinique est inférieure à 5 %. Actuellement, l'OMS dénombre 237 vaccins contre le Covid-19 en cours de développement dans le monde. 173 sont en phase pré-clinique, 64 sont testés sur les humains. Une vingtaine seulement a atteint la troisième phase de tests, et seuls deux (trois aujourd’hui ndrl) ont été pour l'heure approuvés par les autorités sanitaires en Europe » décrypte Louis Nadau.

Un problème simple : le manque d’argent !

Peut-on cependant simplement se consoler en considérant que la France n’a pas eu de chance ? Le fait qu’au retard de Sanofi s’ajoute également le renoncement de l’Institut Pasteur et de MSD à leur projet commun suggèrent que la plaie est bien plus profonde. Le gouvernement lui-même en est conscient : «De la baisse du nombre d’inscriptions en doctorat à la stagnation des rémunérations des personnels de recherche en passant par l’âge moyen d’entrée dans la carrière, tous les voyants sont au rouge et conduisent à un même constat: la recherche française décroche», observait ainsi en octobre, Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Pas de mystère dans cette situation : l’argent est le nerf de la guerre.

La recherche française semble tout d’abord sous financée. « L'effort de recherche et développement stagne en France autour de 2,2 % de notre produit intérieur brut, alors qu'il dépasse désormais 2,8 % aux Etats-Unis, 3 % en Allemagne et 3,3 % en Suède. Une situation préoccupante car elle explique en grande partie le manque de compétitivité de l'économie française » rappelle dans sa chronique publiée par Les Echos, Frederic Cherbonnier (professeur à Sciences Po Toulouse et chercheur à la Toulouse School of Economics).

Des rémunérations honteuses

Restreints (même si les comparaisons ne sont pas nécessairement totalement sans biais), ces fonds sont en outre parfois mal employés. D’abord parce que le niveau de rémunération des chercheurs est ridiculement bas, ne pouvant que favoriser une fuite des cerveaux, d’autant plus que pour accéder à ces piètres revenus, les candidats doivent s’engager dans un parcours de titularisation souvent plus ubuesque que pertinent scientifiquement. « Si les dépenses publiques en recherche et développement se situent dans la moyenne des pays de l’OCDE, une note de la direction générale du trésor (2018) indiquait que la recherche publique française se distingue par la proportion élevée de personnels de soutien et la faible rémunération des chercheurs, expliquant un manque d’attractivité pour les éléments les plus brillants » résume Carine Milcent.

« Elle est belle la start-up nation »

Cette mauvaise utilisation des fonds disponibles s’observe également dans les projets soutenus. « Par ailleurs, le financement public sur projet par l’Agence nationale de la recherche (ANR) ne favorise pas l’innovation en priorisant implicitement une recherche où les résultats attendus sont anticipés, ce qui est antinomique à la recherche fondamentale. De surcroît, l’articulation entre la recherche et son opérationnalité sous forme de start-up est ralentie par des règles du secteur public en opposition avec celles du privé », explique encore Carine Milcent. L’incapacité de la France à faire la course en tête du développement d’un vaccin contre la Covid révèle de façon criante ces ratés en ce qui concerne le déploiement des start-up de biotechnologie. « Côté start-ups, le bât blesse surtout sur le financement : en France, il est efficace pour amorcer un projet, mais n'est pas suffisamment suivi dans le temps, alors même que la recherche dans le secteur biomédical se fait sur le temps long. Les investissements privés, surtout nationaux, sont insuffisants : à titre de comparaison, là où la structure capitaliste des entreprises biomédicales américaines reposait à 82 % sur des fonds nationaux en 2017 (public et privé confondus), celle des entreprises françaises ne bénéficiait que de 11% de fonds nationaux, selon les chiffres de Biotech France. De sorte qu'on peut parler à cet égard d'un manque de patriotisme économique. Les start-ups françaises lèvent en outre moins d'argent que leurs voisines européennes : pour l'année 2019, 9 millions d’euros en moyenne en France, contre 12 millions au Royaume-Uni et 16 millions en Allemagne. Elle est belle, la "start-up nation"… » ironise Louis Nadau, soulignant la responsabilité du gouvernement actuel qui en dépit de l’affichage d’une volonté de soutenir une économie « disruptive » n’a pas su contrer les schémas sclérosés d’hier. Si un grand nombre de mécanismes d’aide est mis en place par l’État (crédits d’impôts, pépinière…), la frilosité des investisseurs privés est sans doute le résultat d’un défaut de volonté politique, un manquement de la puissance publique, qui ne parvient pas à insuffler une dynamique, à créer les conditions d’une nation scientifiquement innovante. Nombreux sont d’ailleurs les exemples d’entreprises françaises s’expatriant en raison de perspectives plus dynamiques à l’étranger. L’histoire récente donne des illustrations édifiantes de ce phénomène « De ce point de vue, l'histoire de Valneva, start-up française spécialisée dans les vaccins, est éclairante. Après avoir émergé en France, l'entreprise nantaise a dû très vite se marier avec une entreprise autrichienne pour croître. La mise au point d'un vaccin anti-Covid et les besoins de financement afférents notamment pour les essais cliniques ne parviennent pas à capter l'attention des pouvoirs publics. Valneva est repérée par Boris Johnson qui accepte de financer les essais cliniques et une usine en Écosse en échange de l'exclusivité des premières productions de cette usine » nous rappelle Elie Cohen.

Il n’y a pas de fatalité

Cette situation est-elle une fatalité ? On peut espérer que les leçons pourraient être tirées de la crise. Il faudrait que nos dirigeants en capitalisant sur les atouts de la France (une formation excellente notamment comme en témoigne par exemple le parcours d’Emmanuelle Charpentier) apprennent à les redéployer en s’inspirant des exemples étrangers, même s’il faudrait peut-être pour cela repenser certaines organisations (comme le fait que les agences de recherche soient d’abord des agences de recrutement avant d’être des agences de financement de projets). Les freins fiscaux à l’investissement du secteur privé devraient également être repensés. Claude Sicard remarque ainsi : « La France manque cruellement de business angels, ainsi que de fonds d’investissements qui viendraient apporter aux jeunes entreprises les capitaux dont elles ont besoin pour croître rapidement. Certes, il s’agit d’investissements à risque, et là aussi la fiscalité a un rôle clé à jouer : elle doit être conçue pour permettre aux détenteurs de capitaux d’orienter leur épargne dans le bon sens, ce qui n’est pas le cas actuellement en France ». Lever les freins réglementaires au développement de technologies innovantes (cellules souches, OGM…) semble également indispensable.

La France n’a pas produit de vaccin, et alors ?

Mais une autre méthode, plus fataliste, ou plus réaliste, pourrait être de mesurer la bizarrerie de ces réflexes nationalistes. La pandémie a de fait permis de constater que ce fort sentiment nationaliste était loin d’avoir disparu : comparaison des performances des pays, dénomination trompeuse des variants en référence au pays où ils ont été séquencés pour la première fois, accumulation des clichés sur les prétendus caractères des peuples l’ont mis en évidence. Pourtant, la pandémie le rappelle également : les frontières sont aujourd’hui plus que fictives et les échanges mondialisés structurent notre façon de vivre, tandis que les différences entre les peuples sont probablement moins fortes que celles qui existent entre les classes sociales. Dès lors, les « affects » nationalistes, pour reprendre l’expression de l’historien Jean-Baptiste Fressoz (chercheur au CNRS) à propos de la course au vaccin peuvent être perçus de façon un peu incongrue. « Parmi les effets secondaires du vaccin contre le Covid-19, peut-être faudrait-il ajouter les bouffées actuelles de nationalisme. (…) Les infographies associent à chaque vaccin un petit drapeau (alors qu’on ignore en général la nationalité des médicaments que l’on ingère). Les cas du Spoutnik V russe ou du Royaume-Uni post-Brexit, si fier de son « vaccin d’Oxford », paraissent clairs. Mais le nationalisme est toujours plus visible chez les voisins et la façon dont l’échec de Sanofi a été vécu en France comme un affront national, comme un signe de déclassement non seulement de la recherche pharmaceutique mais du pays tout entier, témoigne, à sa manière, de la prégnance d’un affect nationaliste particulier : le patriotisme technologique. Il s’agit là d’une passion ancienne. (…) Les vaccins actuels démontrent bien mieux encore la nature globale de la science vaccinale et de l’industrie pharmaceutique contemporaine. Les savoirs sur l’ARN messager ont été construits par une communauté cosmopolite de chercheurs. Et les vaccins sont produits par des entreprises globales par leurs implantations industrielles, leurs marchés, leurs subventions publiques, leurs capitaux et leur recherche et développement. C’est ce que rappelait le patron de Sanofi au gouvernement français : son entreprise n’est pas plus française qu’américaine. Et on voit aussi à l’occasion des disputes sur les vaccins la nature également cosmopolite du management : AstraZeneca et Moderna sont dirigées par des Français et Sanofi, notre « fleuron national », par un Anglais… D’une manière générale, le nationalisme technologique est un phénomène intellectuel étrange. Pour deux raisons tout à fait évidentes. Premièrement, tout comme il est souvent délicat d’attribuer un inventeur à une technologie, il est aussi difficile de lui donner une origine nationale. Deuxièmement, chaque pays ne représentant qu’une petite partie de l’humanité (1 % pour la France), il est au fond tout à fait normal, naturel et même sain que la plupart des techniques que nous utilisions proviennent de l’étranger » analyse ainsi dans Le Monde le chercheur historien nous invitant à un autre regard sur notre déclassement. Ici, alors la grandeur de la France pourrait s’illustrer d’une autre manière, par exemple en se faisant leader pour garantir l’accès des pays pauvres aux précieux vaccins. Emmanuel Macron s’y est essayé, mais sa proposition que 5 % des vaccins achetés par les Etats-Unis et l’Europe soient réservés aux états les plus pauvres à la veille du G7 la semaine dernière n’a pas été retenue par ses partenaires. Et s’il était là le déclassement français ?

On pourra relire :

Claude Sicard : https://www.contrepoints.org/2021/02/23/391659-reindustrialisation-un-enjeu-vital-pour-lavenir-du-pays
Carine Milcent : https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/02/12/vaccins-anti-covid-19-l-echec-de-la-france-est-lie-a-la-lourdeur-et-a-la-rigidite-des-instances-de-regulation_6069670_3232.html
Louis Nadau : https://www.marianne.net/societe/sante/echecs-de-sanofi-et-de-linstitut-pasteur-dou-vient-le-retard-de-la-recherche-francaise
Elie Cohen : http://www.slate.fr/story/201588/sanofi-echec-vaccins-covid-19-lecons-politique-industrielle-critiques-systeme-france-sante
Frederic Cherbonnier : https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-recherche-francaise-les-raisons-dun-echec-1285083
Jean-Baptiste Fressoz : https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/02/16/vaccins-anti-covid-19-l-echec-de-sanofi-temoigne-de-la-pregnance-d-un-affect-nationaliste_6070189_3232.html

* Jacques Antoine Rabaut-Pommier (1744-1820), qui remarque malicieusement Jean-Baptiste Fressoz était « pasteur et député montpelliérain (…) passionné de médecine, qui avait proposé dans les années 1780 d’inoculer la « picote » des vaches. Il aurait, par l’intermédiaire de médecins anglais en villégiature à Montpellier, soufflé l’idée à Jenner lui-même »

Aurélie Haroche

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Vos réactions (6)

  • Excellent

    Le 27 février 2021

    Au moins cet article prouve que certaines sont capables d'écrire des articles de synthèse particulièrement complets et pertinents. Mais si ce n'est pas de nationalisme dont il s'agit, on est en droit de demander des comptes sur la fuite des cerveaux français à l'étranger alors que la nation en a payé la formation donc c'est bien qu'ils sont honteusement sous payés, qu'ils passent plus de temps à chercher des financements que leurs voisins et qu'ils se heurtent à une administration bonapartiste sclérosé qui d'ailleurs ne vise que son auto entretien. Il suffit de se tourner vers les hôpitaux pour voir le rapport personnel de soin/personnel administratif pour comprendre notre inertie. Il est grand temps de dégraisser le mammouth et de réorienter les salaires vers les productifs.

    Dr Pierre-André Coulon

  • Parier sur le futur

    Le 27 février 2021

    Les revenus pouvant découler de la recherche sont futurs et hypothétiques. Un chercheur qui trouve doit être récompensé. Rappellons nous l'épopée Montagnier-Gallo autour de la découverte du VIH : Montagnier a gagné quelques félicitations et un prix Nobel, alors que pour Gallo il y avait des millions de dollars en jeu.
    Déplorable : la mendicité de la recherche, qui fait appel (très partiellement) à des dons du peuple plutôt qu'à des vrais investisseurs.

    Les journalistes (qui façonnent l'opinion) montrent des usines de production et des seringues plantées dans des deltoïdes mais rarement des chercheurs penchés sur leur paillasse, le métier n'est pas valorisé.

    Après il y a les problèmes d'ego de chefs et demi-chefs, comme partout, regrettable dans un secteur qui devrait être reconnu d'utilité publique.

    Dr Jean-Marie Malby

  • Recherche française : nous voici désormais au pied du mur !

    Le 27 février 2021

    Depuis des décennies on nous raconte que "la recherche française serait sous financée".
    Oui, peut-être mais avec cependant 2 bémols de taille !
    - les différences d'"efforts en R&D" ne sont pas si significatives (2,2% du PIB français contre 2,8 à 3,3% pour les plus vertueux) que cela pourrait paraître car, en valeur absolue, la Suède investit donc beaucoup moins que la France !
    - rapporter la relative 'atonicité' de la R&D française au seul déficit d'investissement public prêterait à faire croire que ce sont les chercheurs du public qui sont à l'origine de la découverte de médicaments...ce qui est évidemment totalement faux !

    L'immense majorité des découvertes (je parle bien entendu de celles qui ont vraiment apporté de l'innovation...) depuis 50 ans ont été réalisées par les laboratoires privés, notamment - s'agissant avant tout de leur capacité à miser énormément de capital - de taille mondiale.
    Que les compétences du public aient participé à ces réussites, oui évidemment !

    Toutefois qu'on arrête de faire croire au bon peuple que c'est la recherche publique qui invente les nouveaux traitements !

    Le net recul de la France en matière pharmaceutique est en réalité la résultante de plusieurs facteurs combinés, essentiellement :
    - le principe de précaution déployé depuis 20 ans et magnifiquement exacerbé par une règlementation européenne (et nos fonctionnaires français ont l'art d'en rajouter !) castratrice.

    - le recul désarmant de l'industrie française (sa part de PIB a été divisée par 2 en 30 ans!), y compris bien entendu de la pharmacie (je parle ici des centres de R&D et non des sites industriels qui se sont dvpés en fonction du seul critère 'produire près du marché national').

    - les choix de carrières : en sortie d'université, 2 voies s'offrent aux chercheurs :
    . publique : le statut fonctionnaire protégeant systématiquement l'emploi, rien n'oblige un chercheur à "trouver" ; dans ces conditions il est permis de nous demander si la seule hausse de la part de PIB suffirait à ce que notre pays décolle significativement...

    J'ajoute que bénéficiant d'un emploi 'à vie', il est parfaitement normal que les rémunérations du public ne soient pas à la hauteur de celles du privé !

    . privé : les parcours de carrières restant évidemment beaucoup plus aléatoires, ce sont les chercheurs les plus dynamiques qui par principe prennent de tels risques, avec à la clef logiquement des rémunérations en regard à la fois des enjeux des entreprises et des risques pris par le candidat...les entreprises étant mondialisées, ces chercheurs vont là où se trouvent les centres de R&D, càd pas vraiment en France !

    Au final, force est de constater que, au fur et à mesure que la mondialisation pharmaceutique devenait totale, les ex atouts de la France gaullienne ont peu à peu disparu....

    Pétris de nos certitudes idiotes (les soi-disant 'excellences françaises' en matière tant d'éducation que de santé) nous voici désormais au pied du mur ! CQFD

    Alain Cros
    pharmacien industriel

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