Réforme des indemnités journalières des libéraux : de la théorie à la pratique

Paris, le jeudi 16 juin 2022 – Selon une enquête menée par l’UNPS (Union Nationale des Professionnels de Santé), la mise en place de la réforme des indemnités journalières est plus que laborieuse en pratique.

Mise en place le 1er juillet dernier, la réforme des indemnités journalières (IJ) a été accueillie très favorablement par la majorité des professionnels de santé libéraux. Désormais, ces derniers sont alignés sur le même régime que les salariés du privé et les travailleurs indépendants et peuvent se voir verser des IJ par l’Assurance Maladie après trois jours de carence seulement et non plus 90 jours. Des IJ égales à la moitié des revenus du professionnel de santé, dans la limite de 169 euros par jour.

Si cette réforme était donc en théorie salutaire, il y a bien sûr un monde entre la théorie et la pratique. Pour en savoir plus sur l’application de cette réforme, l’UNPS a interrogé 1 291 professionnels de santé libéraux (essentiellement des kinésithérapeutes et des orthophonistes) dont 1 171 indiquent avoir du arrêter leur activité pendant au moins 3 jours depuis le 1er juillet dernier (dans 76 % des cas pour maladie).

Plus d’un mois pour être indemnisé dans la moitié des cas

Les résultats de cette enquête de l’UNPS, publiés vendredi dernier, montrent les grandes difficultés que rencontrent les professionnels de santé libéraux confrontés aux affres de l’administration française pour se faire indemniser. Ainsi, 40 % des praticiens interrogés déclarent que la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) a mis plus de deux mois pour traiter leur dossier et seulement 11 % indiquent que cela leur a pris moins de 15 jours.

Plus grave encore, alors que la réforme se voulait simplificatrice, 59 % de ceux ayant touché des IJ indiquent qu’ils ont dû faire une réclamation pour être finalement indemnisé, ce qui se traduit par des appels téléphoniques voire des rendez-vous au bureau de la CPAM, processus particulièrement chronophage. 45 % des professionnels de santé ayant été indemnisés déclarent d’ailleurs avoir dû attendre au moins un mois pour être payé dont 29 % plus de deux mois, tandis que 42 % ayant fait une demande d’indemnisation attendent toujours leur paiement. Seul point positif de cette consultation, les litiges semblent relativement rares : seulement 18 % des professionnels de santé interrogés ont dû fournir des informations complémentaires sur demande de la CPAM et seulement 3 % de sont vu demander de rembourser un trop-perçu (demande justifiée dans la moitié des cas de l’aveu même des praticiens).

La CSMF reste optimiste

A l’heure où les médecins libéraux ne se sentent pas reconnus à la mesure de leur engagement et se plaignent de plus en plus de devoir consacrer une part importante de leur temps à des tâches administratives, ces difficultés n’améliorent pas l’attractivité de la médecine libérale. L’UNPS le souligne, ces procédures d’indemnisation peut être vécues comme très stressantes par les professionnels de santé. Elle réclame donc que la CNAM améliore sa communication et facilite des démarches parfois trop complexes, quitte à mettre en place une véritable aide administrative à destination des professionnels de santé libéraux.

Malgré ces données peu encourageantes, le Dr Luc Duquesnel, président de la branche généralistes de la CSMF, se veut optimiste. Selon lui, nous sommes encore en train d’essuyer les plâtres et il faut se montrer patient. « Le régime des IJ est nouveau, la CNAM comptait sur une réponse informatique pour tenir les délais et n’avait pas embauché de personnel supplémentaire » explique-t-il. Espérons que la machine se mette en route rapidement et que les libéraux n’aient bientôt plus à attendre plusieurs mois pour obtenir leur dû.

Quentin Haroche

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Vos réactions (1)

  • Indemnités journalières: choses vues

    Le 16 juin 2022

    Bon courage !
    Médecin salarié et en arrêt depuis le 4 avril pour une intervention du côté gauche pour une maladie professionnelle reconnue, je reste en attente de mes IJ.
    Motif du blocage : pour la CPAM je suis guérie depuis 1 an suite à mon intervention à droite !
    Quelle idée de m'être fait opérer de l'autre côté !
    Après plusieurs échanges de courriers, de rédactions de nouveaux certificats et de bonnes rasades de musique d'attente téléphonique interminable, le long entretien en présentiel avec un technicien a tout résolu ce jour : il me faut un nouveau certificat, de rechute cette fois-ci !
    De rechute administrative, bien sûr, et surtout surtout ne pas parler du côté droit.
    Quant à mes séquelles du côté droit où j'ai été placée en "guérison administrative" (sic), il me faut bien sûr un certificat de consolidation. Et surtout surtout ne pas parler du côté gauche, dont les séquelles viendront en leur temps !

    Dr A

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