Réforme du troisième cycle des études médicales: Vers une grève des anesthésistes réanimateurs ?

Paris, le vendredi 17 février 2017 - L’application de la réforme du 3è cycle des études médicales suscite la colère de plusieurs spécialités. La parution de l’arrêté ministériel du 26 décembre 2016, qui fixe le nombre d’internes par spécialité sur la période 2016-2020, concentre celle des anesthésistes réanimateurs.

Pour rappel, un mouvement d’union nationale des composantes de l’anesthésie-réanimation (AR) dénonce la répartition des postes d’internes fixée dans le co-DES Anesthésie-réanimation/Médecine intensive réanimation (DESAR MIR). Le décret de décembre 2016 a réajusté à la baisse le nombre de postes d’internes en AR (459 pour la période 2017-2018, 460 en 2016-2017) alors que l'arrêté du 22 décembre 2015 prévoyait 487 postes en AR pour 2016-17 (487 en 2015-2016). L'anesthésie-réanimation perd donc 28 postes avec la création du coDES. Pour la filière MIR, 97 postes sont prévus par an, ce qui apparait aux spécialistes de l’AR comme nettement supérieur aux capacités hospitalières de formation. Ils avaient estimé ces capacités autour de 50-60 postes par an. Pour eux cette répartition remet en cause la qualité des soins dispensés au bloc opératoire, en réanimation et unité de surveillance, et elle ne tient pas compte de la démographie de l’AR ni des capacités de formation.

Le 17 janvier dans un communiqué commun, les organisations signataires* ont interpellé les pouvoirs publics sur « la défaillance du système actuel de régulation et l’incohérence de la distribution du nombre de postes au sein du DESAR MIR », et leurs conséquences. Elles demandaient notamment à être reçues par le ministère de la Santé sous l’égide de leur Conseil national professionnel (CNP).

La médecine intensive-réanimation souhaite faire retomber la polémique

En réponse à ce communiqué, le CNP-MIR, qui regroupe les différentes composantes de sa spécialité**,défend la pertinence du nombre de 97 postes d'internes MIR et la justifie : « Deux raisons majeures expliquent la pertinence du chiffre retenu de la formation annuelle d’une centaine d’internes MIR : la première correspond à la prise en compte de la très importante proportion de malades médicaux dans les structures de réanimation polyvalente (supérieure à 60%) et la seconde à la nécessité d’un effectif médical de huit équivalents temps plein pour respecter les textes réglementaires concernant en particulier la durée du temps de travail et la nécessité d’assurer la permanence des soins ». L’effectif MIR reste même sous-évalué, ajoute t-il dans son communiqué du 20 janvier.

Il explique d’autre part qu’ « en aucun cas (…) il n’a été envisagé que notre filière de formation impacte le nombre d’internes à même de s’inscrire dans la filière AR. Il est à noter que l’ONDPS a très logiquement veillé au maintien à l’unité près des effectifs AR ». Il apparait pour lui « totalement incohérent de prétendre que la transformation d’une spécialité complémentaire en spécialité à part entière aura un impact négatif sur la formation et les débouchés professionnels des AR avec de plus une dégradation de la qualité des soins. » Souhaitant se placer au-delà de toute polémique, le CNP-MIR estime que « les enjeux pour la qualité des soins des malades les plus graves sont majeurs et exigent une collaboration sereine et réfléchie entre les différents acteurs ». Il demande l’organisation d’une réunion de concertation entre les deux filières MIR et AR, sous l’égide de la DGOS, du ministère de la santé et de celui de l’enseignement supérieur.

Menace de grève

Les CNP d’AR et de MIR ont été reçus à la DGOS le 10 février en présence de l’Observatoire National Des Professionnels de Santé (ONDPS) et du Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM). Cette réunion a permis de préciser 2 points, expliquent le SNPHAR-e, le SMARNU, la SFAR, le CFAR et l'INSCCA dans un communiqué commun du 14 février : le caractère caduc du chiffre de 97 MIR à former pour l’année 2017 et la réévaluation des chiffres du flux d’internes AR/MIR pour novembre prochain ; l’élaboration d’une grille de critères prospectifs et pérennes par l’ONDPS, corrigée par les 2 CNP, à destination des comités régionaux et permettant d’établir besoins démographiques et capacités de formation.

Les anesthésistes-réanimateurs demandent un pourcentage de 50 % d’AR et de 50 % de MIR à former dans les réanimations polyvalentes, conformément à une analyse de la Fédération de la réanimation*** ; la prise en compte, dans la grille de critères de l’ONDPS, non seulement des besoins démographiques régionaux, mais aussi des capacités de formation ; et le respect de la date du 24 février 2017 pour le retour des grilles remplies à l’échelon régional, délai sur lequel ils seront extrêmement fermes. Ils ont écrit à Marisol Touraine et au secrétaire d’Etat à l’enseignement supérieur et à la recherche Thierry Mandon le 31 janvier 2017 pour un rendez-vous et notent que la situation oblige à tenir des délais très serrés. « En l’absence de nouvelle réunion à la date du 24 février 2017 avec des chiffres exposés clairs et cohérents en termes de démographie associée aux capacités de formation, un préavis de grève sera déposé pour début mars » annoncent les anesthésistes-réanimateurs.

Les pédiatres interpellent les pouvoirs publics sur les options

De leur côté, l’Association des juniors en pédiatrie (AJP), le Collège national des pédiatres universitaires (CNPU), la Société française de pédiatrie (SFP), et à nouveau l’InterSyndicat national des internes (ISNI) s’associent pour exiger la mise en place des options de sur spécialités demandées dans le cadre de la réforme du troisième cycle des études médicales. Les syndicats déplorent que certaines options aient été mises de côté par décision unilatérale. « Avec ces options, nous sommes persuadés que les filières de soins peuvent être allégées avec des parcours optimisés et moins de recours hospitaliers chez l’enfant », défendent les syndicats, qui interpellent les pouvoirs publics « pour mettre en place des options dont l’utilité publique est limpide ». Les représentants de la pédiatrie s’alarment du manque d’écoute de la part des instances en charge de la réforme. Ils préviennent dans un communiqué du 9 février qu’ils « ne tolèreront aucun passage en force d’une réforme du 3ème cycle avec des arbitrages unilatéraux ne prenant pas en compte les besoins réels de la santé de l’enfant ».

* composantes de l’Anesthésie-Réanimation [CNP (Conseil national professionnel), Collégiale des Enseignants, sous section 48-01 du Conseil national des universités (CNU), CFAR (Collège Français des Anesthésistes-Réanimateurs), SFAR (Société française d’anesthésie réanimation), SNPHARe(Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs-élargi), SNARF (Syndicat national des anesthésistes réanimateurs de France), le SMARNU(Syndicat des médecins anesthésistes réanimateurs non universitaires), SNJAR (Syndicat national des jeunes anesthésistes-réanimateurs)], l’ISNI (InterSyndicat National des Internes), et l'INSCCA(Inter-syndicat national des chefs de clinique et assistants).
**SRLF (Société de réanimation de langue française), Cner (Collège national des enseignants de réanimation), Creuf (Collège de réanimation et médecine d'urgence des hôpitaux extra-universitaires de France), SNMRHP (Syndicat National des Médecins Réanimateurs des Hôpitaux), ARDSP (Association des réanimateurs du secteur privé), GFRUP (Groupe francophone de réanimation et urgences pédiatriques), sous section 48-02 du Conseil national des universités (CNU).
***Article de D. Annane et coll. Démographie et structures des services de réanimation français (hors réanimation chirurgicale) : état des lieux. Réanimation (2012) 21 : 5540-5561.

Dominique Monnier

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article