Scolarisation des enfants autistes : la France tancée à nouveau par le Conseil de l’Europe

Strasbourg, le mercredi 5 février 2014 - « La France n'a pas, en dépit d'un débat national vieux de plus de vingt ans (...) marqué des avancées suffisantes (...) dans la prise en charge des personnes autistes ». La sentence figurait dans un avis adopté le 4 novembre 2003 par le Conseil de l’Europe. Dix ans plus tard, en dépit de la succession de plusieurs « plans autisme », la même phrase pourrait figurer, au mot près, dans la décision rendue le 11 septembre par le même Conseil et rendue publique aujourd’hui. Une fois encore une association française de défense des enfants autistes (Autisme France en 2003, Vaincre l’autisme aujourd’hui) a été représentée par une ONG européenne (Autisme Europe hier, Action européenne des handicapés l’an dernier) pour dénoncer devant le Conseil de l’Europe la non application de la Charte sociale européenne qui définit « les droits de l’Homme collectifs ». Et une fois encore, le Conseil de l’Europe n’a pu que déplorer l’insuffisance criante des moyens mis en œuvre par la France pour assurer la scolarisation en milieu ordinaire des enfants autistes ou les intégrer dans des structures présentant un véritable projet éducatif si l’intégration à l’école ne paraît pas possible.

Autant d’enfants non scolarisés en France que de jeunes autistes accueillis à l’école dans les autres pays

En dix ans, la proportion d’enfants présentant un trouble autistique dûment scolarisés a doublé en France, mais étant passée de 10 à 20 %, elle demeure très inférieure à celle que l’on constate dans de nombreux pays Européens où elle atteint 90 à 100 %. « Il y a violation de la Charte sociale européenne révisée en ce qui concerne le droit des enfants et adolescents autistes à la scolarisation en priorité dans les établissements de droit commun et l’absence de prédominance d’un caractère éducatif au sein des institutions spécialisées » écrivent de façon unanime les treize experts réunis pour rendre cet avis. Certes, ils notent que des progrès ont été réalisés, mais leur mise en œuvre est trop lente et à cet égard le Conseil de l’Europe tance le retard pris dans le lancement du dernier plan autisme « après une période d’inaction programmatique de trois ans qui repousse la réalisation des objectifs nouvellement assignés jusqu’en 2017 », un report tout bonnement « déraisonnable » aux yeux du Conseil. Ce dernier se montre également sévère à l’égard de la politique de recrutement des auxiliaires de vie scolaire (AVS). La précarité de ces dernières, leur « insuffisance quantitative » et « la non continuité du service tout au long de la scolarité des enfants concernés, sont de nature à élever des barrières au parcours des enfants et adolescents autistes (…) et représentent une dynamique de rejet de ces élèves en dehors de l’école ordinaire » écrit le Conseil de l’Europe dans un avis dont des extraits sont révélés par l’Express.

Belgique/France : le Conseil de l’Europe semble avoir choisi son camp

Enfin, on retiendra que l’instance européenne (qui n’a pas de pouvoir contraignant vis-à-vis des Etats mais qui peut néanmoins exercer une veille active sur nombre de sujets) critique le fait que la France semble préférer financer l’accueil de « ses » enfants autistes et handicapés en Belgique plutôt que de soutenir l’établissement en France de structures d’accueil. Même si le rapport a été adopté avant que le ministre délégué aux personnes handicapées fasse sur ce sujet des déclarations controversées, cette évocation de la Belgique par le Conseil de l’Europe confirme que l’appréciation de la situation n’est sans doute pas celle proposée par Marie-Arlette Carlotti. On se souvient en effet que cette dernière s’était indignée début janvier : « du développement d’établissements créés par des associations privés à but lucratif pour accueillir des personnes handicapées mentales françaises, parce que les prix de journée français (…) sont supérieurs aux prix payés par la Wallonie pour les handicapés belges ». Comme nous l’avions remarqué dans ces colonnes, une telle présentation n’avait guère été du goût des responsables belges.

Autismophobie

Cette nouvelle condamnation du Conseil de l’Europe, dont le président de Vaincre l’autisme, M'Hammed Sajidi veut croire qu’elle aura un véritable impact sur l’action de la France grâce à un suivi annuel de la situation par l’instance, intervient alors qu’est lancée une « campagne » contre « l’autismophobie ». C’est la mère d’un jeune garçon autiste de huit ans et l’association SOS autisme qui sont à l’origine de cette action : il s’agit de la mise en place d’une plateforme téléphonique auprès de laquelle les parents concernés sont invités à signaler toute discrimination émanant des institutions, notamment scolaires. A partir de ces témoignages, SOS autisme souhaite établir un recensement des cas mais également multiplier les actions en justice.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (3)

  • L'Ayatollah

    Le 05 février 2014

    Le sectarisme anti psychiatrie anti psychanalyse de certaines associations est une plaie.

    Isabelle Gautier

  • Réponse à L'Ayatollah

    Le 06 février 2014

    Je ne vois ce que vient faire votre remarque pour le moins déplacée... que les associations de parents d'enfants autistes villlipendent la psychanalyse semble un peu normal dans la mesure où la psychanalyse n'a rien à dire sur l'autisme et que ses résultats en termes de prises en charges sont quelque peu inconsistants. Alors que les pychanalystes restent dans leurs domaines de compétences autrement dit le traitement de petites névroses de la vie quotidienne et cela évitera bien des querelles inutiles ! Chacun a sa place à partir du moment ou chacun reste à sa place. Les psychiatres psychanalystes ont, hélas, eu une attitude plus que sectariste (d'où en miroir le sectarisme anti-psychanalyse) vis à vis de tout de ce qui n'était pas "psychanalyse" pendant de nombreuses décennies le résultat est là : 40 ans de retard ! Ce qui laisse le champ ouvert à des commerciaux de méthodes markettées telles ABA, TEACCH qui viennent profiter du vide créé par la fureur dogmatique de la psychanalyse française qui est la plus bête du monde... La plus bête car restreinte à Freud, Klein, Winnicott, Lacan... Quant à ce dernier on se demande toujours ce que ses écrits ont à voir avec Freud... La plus bête car il suffit d'entendre les discours des psychanalystes interviewés par Sophie Robert... Dans d'autres disciplines médicales, ce genre de propos auraient entrainés des sanctions de la part de l'Ordre des médecins.

    Bernard Botturi

  • Etre autiste n'empêche pas d'avoir un inconscient

    Le 09 février 2014

    Avoir une maladie du spectre autistique n'empêche pas de recevoir des soins. La psychanalyse - le sens est dans le mot - tend à comprendre les discordances-miroir et les clivages engendrés par l’autre monde, celui des pensées éclatées. Chacun sa place? Je suis d'accord, chacun sa place et les autistes seront bien traités. Quant à l'Ordre, quelques khalifes aimeraient bien être à sa place, d’autres qu’il coule, corps et âme. Comme quoi, sur le strapontin de la vie, bien malin qui saura ce qui est bon pour l’Autre, avec un petit ou un grand A accroché sur son siège éjectable.

    Dr Isabelle Gautier, Paris

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