Sectes : un cancer inguérissable

Paris, le mercredi 15 juin 2011 – Ca marche à tous les coups. Il suffit juste de plonger dans le regard du patient et le diagnostic tombe : le nom du cancer, son extension et les traitements à mettre en œuvre (un clignement d’œil sans doute ?). Ca s’appelle l’iridologie et il s’agit de l’une des multiples thérapies, fantaisistes et extrêmement dangereuses, prétendant soigner le cancer qu’épingle dans son rapport publié aujourd’hui la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).

Après s’être attaqué aux dérives sectaires de la psychothérapie, après avoir dénoncé l’année dernière les excès d’une recherche à tout prix du bien être laissant libre champ à des idées dangereuses (telle la promotion du jeun), la Miviludes consacre une grande partie de son rapport annuel à ces « charlatans »  du cancer selon l’expression de son président Georges Fenech. Ces adeptes de différentes théories fumeuses qui, souvent contre fortes rémunérations, promettent des solutions miraculeuses… qui peuvent parfois conduire à la mort des patients.

3000 « praticiens » convaincus de l’origine « émotionnelle » du cancer

Au total, soixante quatre méthodes plus que discutables proposées par près de 10 000 pseudo thérapeutes ont été répertoriées par la Miviludes. Il y a les plus célèbres et qui connaissent une audience inquiétante telle la Médecine nouvelle germanique, « théorie » portée par le docteur Ryke Geerd Hamer. Ce dernier et ses très nombreux « disciples » qui prêchent la bonne parole sur le net affirme que le cancer n’est que le résultat d’un conflit émotionnel qu’il suffit de résoudre pour être guéri. En France, la « méthode » a été reprise par le docteur Claude Sabbah qui s’il « n’exerce » plus depuis 2008 compte encore un grand nombre d’adeptes. Selon Georges Fenech, ses idées seraient en effet aujourd’hui diffusées par « à peu près 3 000 praticiens en France » ! « Il y a même des formations, désormais, dans des facultés libre de médecine où l'on enseigne que le cancer n'est pas physiologique mais d'ordre psychologique et qu'il faut donc régler le problème interne pour pouvoir guérir », alerte encore Georges Fenech interrogé par le site Tf1.fr.

Jus de citron, jus de légumes ou urine… les nouvelles chimiothérapies

Le danger représenté par ses méthodes, suivies par des patients particulièrement vulnérables et affaiblis, est illustré à plusieurs reprises dans le rapport de la Miviludes. Georges Fenech cite par exemple le cas de « plusieurs femmes qui sont décédées d'un cancer du sein alors qu'elles auraient pu être traitées. Mais sous l'emprise d'un charlatan elles se sont contentées de jus de citron, de jus de légumes pendant 42 jours ou encore de boire leur urine ». Les explications pseudo psychologiques ou les recherches de la cause du cancer au fond de l’iris sont en effet aujourd’hui concurrencées par des adeptes des potions magiques qui voient dans différents breuvages des méthodes bien plus efficaces que les chimiothérapies. La cure de Breuss à base de légumes (mise au point par un certain Rudolf Breuss et qui prétend guérir la leucémie) est ainsi fréquemment rencontrée dans cette petite promenade parmi les charlatans, de même que le régime à base de bicarbonate de soude proné par le docteur Alain Scohy. Autre tendance liée à l’air du temps, les annonces offrant de « décoder » le cancer biologiquement, tandis que le magnétisme garde encore ses fidèles. Face à la multiplicité des menaces, la Miviludes en association avec l’Institut national de cancer (INCA) lance d’ailleurs à partir d’aujourd’hui une campagne d’affichage au sein des services d’oncologie destinée à mettre en garde les patients.

C’est (encore) la fin du monde

Parallèlement à ces dénonciations des charlatans du cancer, la Miviludes évoque la menace représentée par la nouvelle apocalypse qui sur la base du calendrier Maya devrait avoir lieu le 21 décembre 2012. Enième annonce du genre, cette sombre prophétie, relayée sur internet, (grand facilitateur du développement des idées sectaires) suscite cependant une écoute attentive de certains et pourrait être à l’origine d’une vague de suicide « Il ne faut pas tomber dans la psychose, mais des passages à l’acte sont possibles » juge ainsi Georges Fenech cité par la Croix.

Aurélie Haroche

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