Soins palliatifs : le gouvernement veut faire mieux et plus… et surtout pas moins

Paris, le jeudi 23 septembre 2021 – Un signe du manque d’intérêt suscité par l’activité de soins palliatifs en France est l’absence d’indicateurs précis. On sait, certes, comme le répète régulièrement la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) que seuls « un tiers des patients qui en auraient besoin ont accès aux soins palliatifs ». En outre, les disparités locales majeures sont également connues avec notamment 26 départements privés de toutes unités de soins palliatifs. Dans le même temps, l’offre complète qui existe en matière de soins palliatifs est mal connue, en raison de la diversité des structures existant, notamment en ce qui concerne les soins ambulatoires. Difficile donc de mesurer dans quelle proportion « on meurt mal » en France.

Devenir des réseaux de soins pluridisciplinaires

Ce qui est certain c’est que la « culture du soins palliatifs » fait encore défaut en France et que la filière est particulièrement vulnérable aux contingences. La disparition programmée des réseaux de soins palliatifs est un exemple de cette fragilité, car leur remplacement systématique par des équipes mobiles rattachées à un hôpital est loin d’être totalement assuré. Bien conscient de cet écueil, à l’occasion du congrès de la SFAP qui se tient actuellement à Lille, le ministre de la Santé, Olivier Véran a insisté « il ne devra y avoir aucune rupture de financement ni déstabilisation des organisations performantes existantes. (…) Il ne doit pas y avoir de rupture ni de perte d’expertise de l’offre palliative de proximité, quelles que soient les restructurations engagées ». Alors que l’objectif du gouvernement est en effet de « faire plus et mieux » en ce qui concerne les soins palliatifs, il convient d’abord de ne pas « faire moins ».

Neuf unités supplémentaires par an jusqu’à en 2024

Déjà annoncé au printemps, un cinquième plan dédié aux soins palliatifs a donc été dévoilé hier par le ministre de la Santé. Il reposera sur 171 millions d’euros alloués à ce secteur entre 2021 et 2024, dont 59 millions destinés à mettre en place de nouvelles mesures, directement inspirées du rapport établi par les docteurs Olivier Mermet et Bruno Richard, dont les conclusions sont très proches des préconisations de la SFAP. Le plan s’articule autour de quatre axes. D’abord, ouvrir le dialogue sur la fin de vie, en permettant aux personnes de mieux connaître leurs droits en la matière, alors qu’aujourd’hui seuls 18 % des Français déclarent avoir rédigé des directives anticipées et que la méconnaissance des lois qui existent est encore majeure, aux yeux des spécialistes. Second objectif : « conforter l'expertise en soins palliatifs en développant la formation et en soutenant la recherche ».

Aujourd’hui, la formation primaire en soins palliatifs se résume en effet en quelques heures de cours, qui sont totalement insuffisantes pour permettre aux futurs médecins ou infirmiers d’être armés pour prendre en charge la fin de vie. Le troisième axe vise à « Définir des parcours de soins gradués et de proximité en développant l’offre hospitalière de soins palliatifs, en renforçant la coordination avec la médecine de ville et en garantissant l’accès à l’expertise : concrètement, des unités de soins palliatifs seront créées dans les départements non pourvus et les équipes mobiles de soins palliatifs, renforcées » précise un communiqué du ministère. L’objectif est d’ouvrir neuf unités de soins palliatifs par an jusqu’à en 2024. Par ailleurs, pour fluidifier les « parcours » et permettre une meilleure visibilité tant pour les professionnels que pour les patients, des cellules d’animation vont être créées dans toutes les agences régionales de Santé.

Midazolam en ville, l’arlésienne du quinquennat

Enfin, la présentation de ce plan par Olivier Véran a été l’occasion pour lui de revenir sur un sujet à propos duquel Agnès Buzyn avait déjà été sollicitée : la facilitation de la prescription de midazolam en ville, alors qu’aujourd’hui le médicament n’est encore accessible que via les pharmacies hospitalières. Olivier Véran a promis une loi avant la fin de l’année pour permettre son accès dans les officines, mais demeure extrêmement prudent tant le sujet est sensible en insistant sur le fait que cette évolution « passe nécessairement par l’accompagnement des professionnels de premier recours notamment des médecins traitants et des infirmiers qui ne doivent pas rester sans appui quand ils accompagnent leurs patients ».

Aurélie Haroche

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