Souffrance des soignants : après le diagnostic et la recherche du traitement, place à l’action

Paris, le mardi 29 novembre 2016 – Quand l’association SPS (Soins aux professionnels de santé) tint l’année dernière son premier colloque sur la vulnérabilité des soignants, cette question n’était pas encore le sujet phare qu’il est devenu cette année. Certes, la question de la prise en charge du burn out des professionnels de santé, de la nécessité d’éviter la minimisation et l’auto prise en charge potentiellement dangereuses, de l’augmentation du risque dans une société marquée par une diminution de la considération accordée aux praticiens, est récurrente. Cependant, c’est l’action de l’association Jean-Louis Megnien (qui a samedi dévoilé une carte de France du harcèlement de professionnels de santé qui repose sur plus de 200 témoignages reçus) et les suicides déplorés dans plusieurs services qui ont conduit à mesurer l’urgence de s’atteler à ce phénomène.

Les praticiens pas toujours à même de savoir vers qui se tourner quand ils souffrent

Parallèlement à cette médiatisation, l’association SPS œuvre depuis plusieurs mois. L’année 2015 avait été le temps du diagnostic. En novembre dernier, une enquête était présentée qui révélait que près de la moitié des soignants avait été au cours de leur vie en situation de burn out. Forte de ces résultats, l’organisation s’est concentrée tout au long de l’année 2016 à la recherche des meilleures réponses à offrir aux professionnels de santé. Dans certains pays étrangers, des dispositifs d’aide spécifiques existent. Ils manquent encore en France à l’exception d’initiatives ponctuelles. Ainsi, SPS a sondé les professionnels de santé afin de déterminer leurs attentes concernant la prise en charge. Il apparaît tout d’abord que près de la moitié des praticiens indiquent qu’ils seraient démunis en cas de souffrance psychologique difficile à surmonter quant au choix de la personne ou de l’institution à consulter. L’enquête, dont les résultats détaillés sont présentés aujourd’hui à l’occasion d’un nouveau colloque, révèle encore qu’une large majorité de soignants (80 %) préféreraient que des associations professionnelles gèrent un numéro vert. Les professionnels paraissent également plébisciter l’idée de consultations dédiées.

Vers des unités dédiées

Ces réponses conduisent aujourd’hui l’association SPS à agir. Après la création récente d’une newsletter (mettant notamment en avant des témoignages de professionnels de santé ayant traversé une période de burn out) et d’un site internet, l’organisation lance aujourd’hui un numéro vert. Ce dernier est accessible depuis hier au 0805 23 23 36. Il est anonyme et gratuit et accessible 24H/24. « La plateforme permet, pour commencer, un accueil de premier niveau d’écoute, débouchant vers une orientation adaptée (pour un cas simple) ou un rappel immédiat par un cadre de la plateforme (pour une demande plus spécifique). Elle vise également à engager une prise en charge psychologique immédiate des soignants soumis à un choc émotionnel, par des psychologues spécialisés et expérimentés » explique l’association SPS dans son dossier de presse. L’étape suivante sera la constitution d’unités dédiées dans des établissements de santé. Aujourd’hui deux services de ce type seulement existent : 160 lits répartis à Avignon et à Caillac. En 2017, en vertu d’un cahier des charges élaboré par SPS, « le maillage territorial retenu est d’une unité par région au minimum, avec une capacité de 20 à 30 lits en moyenne. Les pathologies prises en charge ciblent tout particulièrement le burn out, la dépression, les addictions, les troubles liés à des conflits interpersonnels au sein d’établissements de soins (harcèlement…). Ces pathologies bénéficient, pour leur traitement, de toutes les approches utilisées en milieu psychiatrique : approches médicamenteuses, psychologiques et somatiques, activités physiques adaptées, accompagnement ergonomique, éducation thérapeutique, etc. Les programmes de soins sont individualisés, d’une durée adaptée aux possibilités d’arrêt de travail du professionnel. Ils sont dispensés par des équipes expérimentées et formées, avec à leur tête un médecin coordonnateur (pour chaque unité) » détaille l’association.

L’action des pouvoirs publics attendue

Pour que ces unités remplissent leur rôle et permettent de diminuer le nombre de burn out (et à terme celui des suicides), différents critères devront être remplis. Une visibilité sera indispensable (l’enquête met bien en évidence l’ignorance des professionnels quant aux solutions existantes) ainsi qu’un respect de l’anonymat. Après l’inquiétude quant aux répercussions économiques d’un arrêt prolongé, ce sont les craintes concernant le respect du secret qui dissuadent les professionnels de chercher de l’aide. Des éléments qui rappellent combien l’action des pouvoirs publics afin d’améliorer la couverture sociale des professionnels est indispensable pour leur permettre de se soigner plus sereinement. La réponse du ministère sur ce point ne sera cependant pas connue aujourd’hui : comme l’année dernière, il n’est pas partenaire du colloque organisé ce 29 novembre.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (10)

  • Définition ?

    Le 29 novembre 2016

    Je comprends mal ce terme de "Burn out". Caractérise t-il une souffrance inconnue ou mal connue jusqu'à maintenant ? Fait il émerger une cause sociale en place de causes plus profopndes et plus personnelles ? Je reste intéressé aux diagnostics portés par mes confrères de l'étiologie de ce syndrome. Par exemple,le diagnostic de sortie des hospitalisations secondaires au Burn out sur plusieurs années et sur la France entière. Merci de m'informer.

    Dr Lucien Duclaud

  • Une experience personnelle

    Le 29 novembre 2016

    Le burn out ou épuisement professionnel est l'expression clinique d'une grave dépression plus ou moins manifeste selon les individus. J'ai souffert de ce syndrome dans le cadre d'une dépression sévère qui a nécessité une longue prise en charge. Ce qui nous épuise, ce n'est pas tant le travail en soi que la façon dont nous le vivons. Cette manière d'appréhender les difficultés de la vie est bien sûr conditionnée par notre vécu et la façon dont nous avons été élevés. C'est pourquoi, une psychothérapie en profondeur est incontournable. Si mon cas vous intéresse, j'ai écrit un article sur ce sujet.

    Dr Marie-Sandra Diamant-Berger (marie-sandra.db@wanadoo.fr)

  • C'est toute notre société qui est malade

    Le 29 novembre 2016

    C'est très joli tout cela et pétri de bonnes intentions, mais pour les soignants comme tous les travailleurs confrontés à la souffrance au travail, nous ne progresserons pas tant que nous ne reconnaîtrons pas la cause sociétale et structurelle à ces maux. Encore et toujours, on renvoie l'individu à lui-même et on lui propose de se soigner lui.

    Or, c'est toute notre société qui est malade, dans cette fuite éperdue en avant du toujours plus et plus vite avec toujours moins de moyens et de reconnaissance du travail fourni.
    Je sais que cela dérange, mais au cœur du problème, c'est l'évolution inéluctable du capitalisme financier qui est à la base de ces aberrations dont nous subissons tous les conséquences.

    Il serait temps que les médecins en prennent conscience ; nous sommes victimes du phénomène comme des "ouvriers super-spécialisés" de la santé.

    Mieux qu'un numéro vert, lisez Marie Pezé ("Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés"), allez sur le site internet qu'elle a créé avec d'autres sur la souffrance au travail (des réseaux de psychologues formés à la souffrance au travail existent déjà !), lisez ou relisez des sociologues comme Vincent de Gaulejac (par exemple "Travail : les raisons de la colère") : cela apprend à comprendre le monde du travail et les forces qui le sous-tendent, ainsi que les mécanismes à l'œuvre. Essentiel pour prendre du recul... et, au lieu de se soigner, finalement se rendre compte que l'on n'est pas, soi, malade. Il n'y a pas plus belle guérison !
    Amicalement à tous ceux qui souffrent ou ont souffert.

    Dr Anaïs Pipet,Pneumologue, allergologue. 44

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