Souffrance du corps médical : chiffres et propositions du CNOM

Paris, le lundi 16 avril 2018 – Le conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) a organisé, mardi dernier, un débat « sur la souffrance croissante du corps médical et sur les enjeux de santé publique qu’elle soulève », débat qui s’est appuyé sur la publication de nouvelles données concernant la santé des médecins. 

Six intervenants ont participé à ces discussions, Rachel Bocher, présidente de l'Intersyndicat national des praticiens hospitaliers (INPH), Jean Baptiste Bonnet, président de l’Intersyndicale nationale des internes (ISNI), Patrick Chamboredon, président de l’Ordre national des infirmiers, Eric Galam, responsable du DIU Soigner les soignants à l’université Paris VII, Donata Marra, psychiatre, spécialisée dans les risques psychosociaux chez les étudiants en médecine à Paris VI et Nicolas Revel, directeur général de l’UNCAM.

Le « point de non-retour » ?

Les résultats d’une enquête conduite par le CNOM ont alimenté les réflexions. Les 25 646  participants ont notamment été invités à indiquer s’ils avaient été touchés par un des trois symptômes caractéristiques de l’épuisement professionnel (épuisement émotionnel, dépersonnalisation des relations avec les patients et sentiment de perte d’accomplissement personnel).

Il apparaît que 54% ont répondu affirmativement concernant l’épuisement émotionnel, 43% s’agissant de la perte d’accomplissement personnel et 19 % ont assuré avoir déjà connu une dépersonnalisation des relations avec les patients.

À la question « avez-vous déjà eu des idées suicidaires », 13,2 % de l’ensemble des répondants et 37,5 % de ceux ayant développé les « trois symptômes » ont répondu par l’affirmative.

Concernant les conséquences sur la vie professionnelle, 41% des médecins en épuisement professionnel ont arrêté momentanément leur activité. Parmi ceux qui ne se sont pas arrêtés, 68% y ont renoncé alors que leur état le justifiait, principalement en raison du risque de désorganisation du service ou de l’impossibilité de se faire remplacer.

En outre, une fois encore, une corrélation importante entre nombre d’heures de travail et épuisement professionnel d’une part et burn-out et conduites addictives d’autre part peut être mise en évidence. 

Pour le président de l’Ordre, Patrick Bouet, ces données marquent une souffrance ayant « atteint un point de non-retour ».

« Prendre soin de sa santé est une condition essentielle pour être médecin »

Dans son analyse de l’enquête, le CNOM cite les écrits des docteurs Sandra Roman et Claude Prevosts, auteurs d’un rapport sur le sujet au Québec, qui évoquent une évidence pourtant taboue. « Encore aujourd’hui, la culture médicale encourage les médecins à prioriser leur travail au détriment de leurs besoins. Ceci entretient la fausse croyance que le fait de prendre soin de soi s’oppose à l’altruisme. Pourtant, le bien-être du médecin est nécessaire au maintien de son engagement professionnel, de sa compassion, de sa compétence à long terme. Le dogme du sacrifice de soi est une notion à courte vue et est voué à l’échec. Il faut plutôt reconnaître que prendre soin de sa santé est une condition essentielle pour être médecin. On doit encourager les soignants à entretenir des liens personnels et professionnels pour développer un réseau de soutien efficace pour faire face aux défis de la pratique médicale… Une réorientation du modèle pathologique vers un modèle de bien-être et de résilience pourrait constituer la pierre angulaire d’un projet visant à promouvoir et à maintenir la santé des médecins en tant qu’individus et, ultimement, la vitalité de la profession ».

Les propositions du CNOM

Face à ces résultats et réflexions, l’Ordre des médecins a formulé quelques propositions concrètes en faveur d’une prise en charge globale des difficultés des soignants.

Il a d’abord rappelé la mise en place, début janvier, du numéro vert d’écoute et d’assistance aux médecins et internes et depuis peu aux infirmiers en difficulté (0800 800 854), accessible gratuitement 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24.

Pour l’avenir, est proposée la création d’un réseau d’unités de soins pour les soignants prenant en charge tous les médecins en souffrance dont « le partenariat signé par le CNOM avec la CARMF* et le CNG** pour mettre en œuvre un programme élargi d’entraide médico-psycho-sociale aux médecins en difficulté quel que soit leur mode d’exercice est la première traduction concrète » souligne l’institution ordinale.

L’Ordre insiste également sur la nécessite de favoriser la reconversion professionnelle et les passerelles, pour faciliter les réorientations de carrière « dans les moments difficiles ».

* Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France
**centre national de gestion.

Frédéric Haroche

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Vos réactions (2)

  • C'est la médecine qu'ils pratiquent qui est malade

    Le 16 avril 2018

    Sur cette question récurrente, j'ai écrit mon dernier billet dans le QDM. Il concernait la souffrance des étudiants en médecine. Mais les causes sont assez semblables pour les médecins. Je crois que nos médecins souffrent d'un certain nombre de représentations éminemment pathogènes du médecin vertueux et que c'est plus la médecine qu'ils pratiquent qui est malade. Mon billet s'intitule :
    Mal-être des étudiants en médecine. La leçon du Dr House.
    S'il m'est permis, voici le lien :
    http://blog.laurentvercoustre.lequotidiendumedecin.fr/wp-admin/post.php?post=214&action=edit

    Dr Laurent Vercoustre

  • Questions sur l'etat de santé du corps médical

    Le 17 avril 2018

    Et qu'en est il des suicides lents : addictologie?
    N'y a t-il pas trop de pression chez les étudiants ce qui expliquerait leur peu d'empressement à s'installer?

    Dr Michel Simonot

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